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Amiante : 30 ans de retard Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Amiante. Les documents qui accusent

Amiante : 100.000 morts d’ici 2025. Qui est responsable ? Alors que la justice pénale n’a pas encore répondu à cette question, et que les premières plaintes pénales bretonnes (contre DCN) ont été déposées en avril 2005 à Paris, l’évidence s’impose : Oui, industriels de l’amiante et pouvoirs publics connaissaient depuis longtemps les dangers de cette fibre naturelle, utilisée dans l’isolation des bâtiments. Oui, ils n’ont pas pris les mesures qui auraient permis de prévoir l’ampleur de la catastrophe, et de l’enrayer.

100.000 morts d’ici 2025. Toutes victimes du « magic mineral ». De l’« or blanc » pour les industriels. Un poison pour ceux qui l’inhalent. Et cela, les responsables d’entreprises, d’administrations et même syndicaux ne pouvaient pas l’ignorer.

Le courrier surréaliste de la CGT chantiers navals
Pour le prouver, les documents ne manquent pas.
Le premier est extrait des archives de la CGT. Il date de 1950. La section Marine de Cherbourg l’adresse au directeur des Constructions et armes navales (DCAN, ex DCN). « Nous attirons votre attention sur l’emploi de l’amiante... dont un rapport présenté par deux médecins inspecteurs souligne les effets dangereux (*)... L’amiante est même considéré comme plus nocif que la soie de verre ». « Nous pensons qu’il vous serait possible de faire quelque chose », poursuit le syndicat. Quoi ? Fournir des protections ? Non ! Le syndicat demande « une prime horaire qui soit en rapport avec les dangers résultant de son utilisation »... Aujourd’hui, les deux camps s’opposent cette missive. « Elle prouve que la direction des chantiers navals était informée, dès cette époque », martèlent les victimes. En face, l’on répond au contraire que « cela illustre parfaitement la mentalité de l’époque : personne n’avait conscience qu’une catastrophe s’annonçait. Même la CGT n’a pas demandé de mesures sanitaires... » Bretagne : un ancien médecin inspecteur parle Deuxième document : un témoignage exclusif. Celui d’une inspectrice du travail des Chantiers de l’Atlantique, qui clame : « J’ai demandé l’interdiction de l’amiante en 1972 (lire par ailleurs). » Son supérieur, médecin inspecteur, superviseur des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire, aujourd’hui âgé de 82 ans, avait attiré son attention sur ce matériau, dès la fin des années 60. Il avait lui-même été alerté par un collègue qui avait constaté des traces suspectes sur les radios des poumons d’ouvriers de l’amiante. A cette époque, Pierre Rouger hésitait. « Valait-il mieux empêcher les risques liés aux incendies (Ndlr, l’amiante est un excellent isolant thermique, qui résiste également au feu) ou les risques liés à l’amiante ? Moi, je n’avais pas de solution technique. La chambre syndicale de l’amiante ne cessait de nous répéter qu’il n’y avait pas de soucis. L’Etat permettait l’importation d’amiante. Je me suis dit qu’en définitive, l’Etat savait bien ce qu’il faisait. » « On ne m’a pas vraiment cru » Pierre Rouger comprend finalement, « avant 1972 », que l’amiante « va rendre beaucoup de monde malade ». Il avertit son ministère (du Travail). « On m’a répondu qu’on allait regarder le problème. » Les employeurs aussi sont alertés. « Ils ne m’ont pas vraiment cru. Eux recevaient de superbes brochures, rassurantes, du syndicat de l’amiante. Je n’ai pas fait le poids. » (*) Le rapport indique que « l’amiante provoque une maladie plus sévère que la silicose, et qui est plus rapidement mortelle ». Il souligne cependant que « l’évolution est très lente » et qu’aucun diagnostic précoce n’est possible.
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