« On ne peut exclure que l’exposition liée aux lieux de travail ait été effectivement importante et que ces cinq cas aient été induits par une exposition passive due aux flocages d’amiante. » Cette note provient du très officiel Institut de veille sanitaire. Elle fait référence aux victimes d’un cancer lié à l’amiante, quatre hommes et une femme, trois enseignants chercheurs et deux ingénieurs, qui « n’exerçaient pas d’emplois susceptibles d’entraîner une exposition à l’amiante, décrits dans le décret du 7 février 1996 ».
Des centaines de milliers de personnes concernées
Et c’est bien là une première. « Que la source principale d’exposition ait été l’exposition de voisinage pendant le flocage initial du site ou le fait de travailler dans des locaux floqués à l’amiante en cours de dégradation, n’est pas clairement déterminé », précise encore le bulletin épidémiologique. L’observation de ces cas souligne néanmoins « l’importance de l’impact sanitaire de la pollution des locaux de travail où les personnes passent une partie importante de leur temps ». Car si le lien entre l’exposition à l’amiante et le cancer de la plèvre, le mésothéliome pleural, est bien connu, il n’en est pas de même des effets d’une exposition passive due à des bâtiments professionnels floqués à l’amiante. Or « la presque totalité des bâtiments construits entre 60 et 70 étaient floqués à l’amiante », rappelle Marcel Goldberg, par ailleurs chercheur à l’Inserm, citant la Tour Montparnasse. « Le risque concerne des centaines de milliers de gens », estime-t-il. Beaucoup reste à faire face au problème de santé publique majeur qu ’ est l ’ amiante, qualifiée de « fléau mondial » , sans qu ’ on sache quand sera atteint le pic annuel de décès dus à ce cancérogène avéré, selon des études publiées hier . Comme ce cancer peut apparaître de 20 à 45 ans après une exposition à l ’ amiante, « l ’ épidémie de mésothéliome (qui provoque les maladies de la plèvre, du poumon et « très vraisemblablement » du larynx) devrait continuer de se développer pendant au moins deux ou trois décennies dans notre pays » , estiment Marcel Goldberg, Ellen Imbernon et leurs collègues de l’Institut de veille sanitaire .
Un médecin du travail a été mis en examen pour la première fois hier concernant son inaction présumée face aux risques sanitaires encourus par des salariés exposés à l ’ amiante , dans une usine de Condé-sur-Noireau (Calvados). Six anciens directeurs de cette usine entre 1971 et 1996 ont déjà été mis en examen en septembre et octobre 2006 pour « blessures et homicides involontaires » et « non - assistance à personne en danger » , faute d ’ avoir mis en œ uvre les moyens nécessaires à la protection des salariés, malgré des réglementations de plus en plus restrictives depuis 1977.