Les statistiques le disent : la route nord est très rarement la bonne sur une transat. Seuls Gautier et Pahun y avaient trouvé fortune en 1996. Et, plus récemment, l’Anglais Phil Sharp lors de la Route du Rhum 2006. « Il a gagné en Class 40 en faisant le tour de la paroisse par le nord ». Erwan Le Roux sait qu’on ne navigue pas d’après des stats mais en fonction de données météo. Lui aussi a été tenté par le sud.
De l’épicerie fine
« Quand on a vu Mouren et Pellecuer piquer au sud, on s’est dit qu’ils allaient peut-être gagner la Transat. Sur "Lenze" (8 e ), on a fait de l’épicerie fine. Mais pour gagner, il faut prendre plus de risques ». Quatrième, la place du c... : pourtant, Jean Le Cam n’est pas amer. Avec Gildas Morvan (« Cercle Vert »), il estime avoir navigué proprement. Et intelligemment : « On est premier des intermédiaires ». De ceux qui sont partis à fond au nord après Madère, « afin de prendre ce qu’il y avait à prendre », avant de se replacer au milieu, pour finir au sud. - Alors Jean, cette route du sud ? « Le choix du désespoir. Les Sudistes n’étaient pas en tête à Madère. Ils étaient déjà loin. Ceci dit, leur choix est logique car ils savaient qu’en restant derrière nous, ils n’avaient aucune chance de revenir ».
« Il n’y a rien à regretter »
Dans son analyse, Le Cam épargne les vainqueurs : « C’est un choix par culture : ils sont Méditerranéens, aiment le vent chaud ». Donc les alizés du sud. Ce que Le Cam n’avait pas prévu, c’est cette situation météo compliquée en Atlantique. « C’est ce qui fait le charme de cette transat-là. Heureusement que ce n’est pas toujours simple. Moi, je ne suis pas abattu car on ne pouvait rien faire. Il n’y a rien à regretter ». Rien à regretter ? A Gustavia, juste derrière la marina, il y a un bar qui ne désemplit pas. Son nom ? Le bar de l’Oubli. On y croise presque tous les skippers, visages cramés par le soleil, yeux rougis par le sel. A chaque coin de table, on refait la régate. « Ah si j’avais fait ça ? T’as vu comment ils sont passés ceux-là, dans un trou de souris. Ils filaient à plus de 10 nœuds quand on était posé à 4-5 nœuds. Injuste ».
« C’était passionnant »
- Qui veut un ti’punch ? Un Rhum vieux et ça va mieux. Les mauvais moments commencent à s’effacer. Les Mousquetaires viennent d’arrivée en 12 e position, juste devant « Financo ». Bertrand de Broc et Gwen Riou ont la banane : pourtant, ça fait déjà plus d’une semaine qu’ils ont rendu les armes. « Tous les jours, on regardait les fichiers au nord et il n’y avait rien. C’était dur », avoue Bertrand. Gwen, lui, a apprécié la traversée : « C’était passionnant avec des coups à jouer, des trucs à faire sur le plan d’eau. On n’a pas eu le temps de s’ennuyer. Après, quand on a vu que c’était mort au nord... Ceci dit, on s’en tire pas trop mal au final ».
Rendez-vous pour la 10 e édition
Au final, certains pros ont morflé : on pense à Tripon et Vittet, Tabarly et Biarnès. A l’inverse, un amateur s’est régalé : Erik Nigon, 10 e avec Cédric Pouligny (« Axa Atout Cœur pour Aides »). Il ne s’attendait pas à devancer certains ténors de la série. Nigon et Pouligny ont fini la course en match-racing avec « Sablières Palvadeau » (Belloir-Dombre) : « C’est la course la plus dure que j’ai faite mais finir dans le top 10 et réussir quatre « meilleures perf’ sur 24 heures » en 23 jours, c’est un peu comme une consécration pour un amateur du grand large ». Hier à 21 h 30 (heure française), il restait cinq Figaro en mer. Vendredi, les monotypes seront chargés sur un cargo. Le retour en France est prévu dimanche. La 9 e Transat ag2r va s’achever en douceur. D’aucuns ont déjà juré de revenir en 2010 pour la 10 e édition. Ne serait-ce que pour vérifier que le sud, c’est mieux que le nord...
Philippe Eliès. 15/05/2008