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Transat AG2R Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Transat ag2r. Le sacre des Sudistes

Les Méditerranéens Jean-Paul Mouren et Laurent Pellecuer ont remporté, hier à Saint-Barth', la 9 e édition de la Transat ag2r. Le duo de « Snef - Cliptol Sport » a devancé Poupon-Guérin et les petits jeunes Péron-Danet. Un podium de « Sudistes ».



Trois heures du matin dans le port de Gustavia. D’habitude, tout Saint-Barth' dort à cette heure-là. Mais là, y’a de l’agitation dans le bourg. Zouk de rigueur et sono à fond. Un à un, les bateaux-spectateurs ultra motorisés (2 x 250 CV) quittent le ponton, cap sur Colombier. Après 3.000 milles sous spi, le Figaro « Snef - Cliptol Sport » apparaît. Il se retrouve au près dans un vent chaud de 10 nœuds. Un énorme projecteur vient éblouir les futurs vainqueurs. Mouren, barbe grise, est à la barre. Pellecuer, rasé de près, s’agite dans tous les sens sur le pont, caméscope à la main, les yeux hagards.
Fameux n°13
Plus que quelques mètres, la ligne d’arrivée si désirée est là, mouillée en plein cœur du port de Gustavia. Radio Saint-Barth' a rameuté les troupes. Des voitures arrivent de partout, les Saint-Barths se ruent sur le quai d’honneur, le bien nommé. Ici, tous espéraient une victoire du duo Péron-Danet mais c’est le Figaro n°13 qui a eu le dernier mot. Un mardi 13. Tant pis pour les superstitieux ! Trois heures et treize minutes, les Méditerranéens viennent d’en finir dans un brouhaha indescriptible. Après 22 jours, 19 h 13’56’’ de course. On a connu des éditions plus rapides : 19 jours et 22 heures en 2006. D’autres plus lentes aussi : 27 jours et 9 heures en 2000. Ils ont parcouru 4.363 milles à 7,97 nœuds de moyenne, soit 600 milles de plus que la route directe. Le sud, ça paye, mais c’est long. Yvon Breton, directeur général d’Ag2r, monte à bord du bateau, bouteilles de champagne à la main. Arrosage gratuit.
« Pas sûr d’être dans la réalité »
Premières bulles, premières impressions lâchées à chaud. « Enorme ! Un grand bonheur. Je ne suis pas sûr d’être encore dans la réalité ». Pellecuer ne sait plus où il est. Trop d’émotions à gérer en même temps. Même Mouren avoue être au septième ciel : « J’ai l’impression d’être sur un petit nuage ». Il y a dix ans, les deux compères étaient déjà là : troisième en 1998 et deuxième en 2002 (ndlr : avec Alexandre Toulorge), voilà Mouren vainqueur. Pas trop rouillé le Marseillais à 55 ans : « On peut dire que nous avons bien vieilli ». Certes mais, à bord, son équipier concède aussi quelques belles prises de bec : « Comme un vieux couple qui s’engueule pour un coup d’éponge et se retrouve dans des grosses glissades sous spi ». Il est quatre heures du matin. Le soleil va bientôt se lever. Les Saint-Barths sont toujours là et réclament les deux vainqueurs sur la grande scène. Re-champagne.
Maman pleure sur internet
Miracle de la technologie, la conférence de presse se déroule en direct sur internet. Un message tombe sur le site : la maman de Laurent Pellecuer est sur le net. Elle écoute son fils et pleure comme une madeleine. Six heures : Poupon et Guérin sont annoncés sur la ligne dans moins de deux heures. Puis ce sera au tour des deux minots, Péron et Danet. Franchement, personne n’a misé un kopek sur ce podium-là. Les trois premiers ont choisi le sud par défaut. Et ça a payé au-delà de leurs espérances. « Oui mais ce n’est pas un hold-up ! On ne l’a pas volée cette victoire ». Pendant des heures, Mouren a parlé. De la course, de la mer, de l’avenir. De ses combats aussi. Sur son polo vert, on peut lire ceci : « Homme libre, toujours tu chériras la mer. La mer est ton miroir, tu contemples ton âme dans le déroulement infini de sa lame ». C’est signé Beaudelaire. Du Mouren tout craché.


Mouren le musher, Pellecuer le husky
Marin la nuit, poète le jour, écolo toujours : Jean-Paul Mouren aime autant jouer avec la mer qu’avec les mots...


Un n°13 dans la grand-voile, une arrivée le mardi 13 : 13 est-il votre chiffre porte-bonheur ? « Dès ma première sortie avec le bateau, j’ai talonné (rires). Plus sérieusement, j’assume ce numéro qui est celui de mon département, les Bouches-du-Rhône. 13, c’est un numéro de winner, pas de looser ».

L’option sud a encore payé mais cela n’avait rien d’évident après Madère : avez-vous douté ? « Oui, mais le nord me semblait suicidaire, la route était incertaine, dure. Le sud était plus fondé. Ceci dit, on a frisé la correctionnelle mais le Petit Jésus nous a aidés. A Madère, on était septième et on est parti seul au Sud : on a serré les fesses, on se disait que l’alizé arriverait bien un jour ou l’autre. Car prendre l’Atlantique à rebrousse-poil, aller à contre-courant sur la route retour de Christophe Colomb, c’est voué à l’échec. Les carènes de nos bateaux sont faites pour aller dans le sens du vent, pas contre les éléments ».

Y’a-t-il eu des coups de gueule entre vous ? « Laurent est une boule d’énergie à la limite de la fusion nucléaire. Il est bourré de talent, mais il faut le canaliser. Alors, j’ai joué au vieux sage. J’étais le musher, lui le husky. J’étais l’expérience, lui la fougue : le duo a bien fonctionné. Maintenant, passer 23 jours en mer dans un espace aussi confiné avec quelqu’un qui ne range pas ses affaires, c’est parfois agaçant. Néanmoins, on a souvent discuté à voix haute pour évacuer les tensions ».

A 55 ans, à quoi rêve-t-on après une victoire dans la Transat ag2r ? « Ce n’est pas très physique le Figaro, il suffit de tirer sur des ficelles. Je suis placide, j’ai toujours gardé une antenne dans la poésie de l’instantanée : les odeurs, les couleurs, la nature, les animaux. En navigant dans cet univers, j’ai la sensation d’exister car je joue ma propre partition. Maintenant, j’aimerais bien aller vérifier que la terre est bien ronde. Et autant y aller sur un bateau plus grand, style monocoque de 60 pieds ».
Laurent Pellecuer. « Il m’a appris à aller plus vite »
« J’avais une partie du budget pour cette course-là. Je suis allé voir Jean-Paul en lui disant ceci : "J’ai une partie de l’argent, apporte-moi l’autre et on y va". Je voulais partir avec lui. Il m’a appris à aller plus vite sous spi et moi, je lui ai apporté en matière d’informatique et sur les questions techniques. Là, on savoure pleinement notre victoire. Elle démontre aussi que nous les Méditerranéens, on peut obtenir de bons résultats : on s’est entraîné à la Grande-Motte. Maintenant, en solitaire, il va falloir confirmer tout ça, continuer à aller vers le haut. Prendre des bons risques. Et essayer de gagner des étapes comme ce fut le cas en Irlande en 2005 ».
Et Saint-Barth' chavira de bonheur...
Sportivement parlant, si Mouren et Pellecuer ont gagné la transat, Péron et Danet ont facilement triomphé dans les cœurs des Saint-Barths...


De mémoire de Saint-Barths, on n’avait jamais vu ça. D’ailleurs, on ne le reverra peut-être pas d’aussi tôt. Une arrivée digne de la Route du Rhum. Avec des bateaux partout, une cohue sans nom, des concerts de cornes de brume à faire péter les tympans, des hurlements à qui mieux mieux « bravo Miguel et Eric » : Saint-Barth' est entré en transe pour l’arrivée du Figaro « Concarneau - Saint-Barth' ».
Les maires dans la mer
L’histoire est incroyable : il y a six mois, Péron et Danet ne se connaissaient pratiquement pas. Miguel le Saint-Barth' (22 ans) est venu quatre mois à Port-la-Forêt pour découvrir le mode d’emploi d’un Figaro Bénéteau. Et les voilà sur le podium. Inespéré. Alors, hier, ils ont fait durer le plaisir à Gustavia, dégustant chaque seconde. Charline, 26 ans, est arrivée en maillot de bain pour accueillir Miguel, son chéri. Tous deux ont fini dans le port. Les maires de Concarneau et de Saint-Barth' aussi. « C’était un pari. Le maire nous avait dit : "si vous êtes sur le podium, je me mets à l’eau avec la bouteille de champagne". Il a tenu promesse ».
« Eric m’a tout apporté »
Avant de s’engager dans cette aventure, Miguel avait prévenu Eric : « Tu verras, l’arrivée sera dingue ». Elle le fut. « C’est fou : je ne suis pas sûr de revivre ça un jour ». Au micro, Miguel lui a rendu le plus bel hommage : « Sans Eric, je n’y serais pas arrivé : il m’a tout apporté. Grâce à lui, on termine troisièmes, devant des marins comme Jean Le Cam : vous vous rendez compte, c’est grandiose ». Pour autant, le jeune skipper saint-barth' ne s’enflamme pas. Au contraire, il veut prendre le temps de digérer tout ça : « J’ai appris beaucoup de choses mais je préfère la chaleur et je vais continuer à faire du charter aux Caraïbes. On verra dans un an ou deux ».
Cherche sponsor
Eric, lui, va chercher à capitaliser, à rebondir. La Solitaire du Figaro approche à grands pas et il n’a plus de sponsor. « J’ai pris confiance en moi. J’ai lâché mes coups ». Même lorsqu’il s’est retrouvé avec plus de 600 milles de retard, le Pont-l’Abbiste affirme ne pas avoir douté. « Je ne me voyais pas m’en sortir en allant au nord. On n’a pas le niveau des ténors de la série ». Alors, ils sont partis au sud, là où personne ne voulait aller après Madère. C’était culotté mais à 27 et 22 ans, on peut avoir du culot non ? Dans quelques jours, Eric va rentrer en Bretagne. Miguel reprendra la barre de son catamaran de charter. Dans une île de 21 km² où tout le monde connaît tout le monde, il risque d’avoir du mal à passer inaperçu. Deux heures après son arrivée, il signait encore des autographes. Complètement surréaliste on vous dit !
Poupon - Guérin, deuxièmes. « Pas de regret »
Luc Poupon et Ronan Guérin ont joué les extrêmes au sud et ça a bien failli payer. « On n’a aucun regret car les premiers méritent leur victoire ». Toute l’année, Luc Poupon vit à Saint-Barthélemy. Il est, dit-il, « tropicalisé ». C’est la raison pour laquelle, il a choisi la route sud. « Car je n’avais pas envie d’aller me frotter aux dépressions dans le nord et faire du près dans une mer formée, donc on est parti au sud pour les alizés, pour avoir chaud ».
Jusqu’à 450 milles de retard
Cette boutade est presque un aveu : l’équipage de « Solarinox » a optionné par défaut. « On ne fait pas partie de ceux qui se suivent comme des moutons. Si on reste au contact des mecs qui s’entraînent toute l’année en Bretagne, on est mort. Alors, on va jouer ailleurs ». Ailleurs, c’est au sud. Ronan Guérin, aujourd’hui installé à La Rochelle mais qui a longtemps navigué du côté de Saint-Martin, avoue ne pas avoir été angoissé entre le 2 et le 5 mai : pourtant pendant ces quatre jours-là, ils avaient 450 milles de retard sur les leaders. « On a passé l’âge d’être stressé, avoue Guérin. C’est ma quatrième transat et j’ai toujours terminé dans les dix premiers ». Avec, comme meilleure performance, une troisième place en 2000 avec Ronan Cointo.
« Un peu trop court »
« Nous n’avons pas de regret car Mouren et Pellecuer méritent leur victoire ». Poupon n’a pas de remords mais il y a cru jusqu’au bout : « On a pigé ce matin qu’on était un peu trop court ». Trop court aussi le duo Morvan - Le Cam sur « Cercle Vert » : « Quand il a vu qu’il était trop nord, le père Jean a rectifié le tir. Il va finir quatrième et il ne sera pas content ». Tout faux Lucky : on a vu le père Jean et il n’était pas abattu. Juste un peu déçu. « La situation météo était bien pourrie, analyse Le Cam. Les trois ont joué au sud et ça a marché ».
Classement et pointage
Arrivés : 1. Snef - Cliptol Sport (Laurent-Pellecuer - Jean-Paul Mouren) arrivé hier à 9 h 13’55’ (heure française) après 22 jours, 19 h 13’ 56’’ de course à 7,97 nœuds; 2. Solar Inox (Ronan Guérin - Luc Poupon) en 22 jours, 23 h 45’ 04’’; 3. Concarneau - Saint-Barth (Eric Péron - Miguel Danet) en 23 jours, 0 h 09’26’’; 4. Cercle Vert (Gildas Morvan - Jean Le Cam en 23 jours, 1 h 31’ 45’’; 5. Banque Populaire (J. Grégoire - N. Lunven) 23 jours, 3 h 17’18’’. Toujours en mer, hier à 17 h : ; 6. Sopra Group (A. Koch - G. Gendron) à 31,1 milles de l’arrivée; 7. Sojasun (L. Wardley - N. Black) à 40,5 m; 8. Suzuki Automobiles (T. Chabagny - C. Douguet) à 46,2 m; 9. Sablières Palvadeau (A. Belloir - P. Dombre) à 57,8 m; 10. Financo (N. Troussel - C. Pratt) à 180,4 m; 11. Degremont Suez Source de Talents (J.-C. Monnet - A. Toulorge) à 181,8 m; 12. Tetraktys (P. Desmarets - B. Schandevyl) à 185,5 m; 13. Défi Mousquetaires (T. Rouxel - E. Israel) à 232,3 m; 14. Gedimat (A. Tripon - D. Vittet) à 233,7 m; 15. Athema (E. Tabarly - V. Biarnès) à 266 m; 16. Aquarelle - Le Figaro (F. Amedeo - J.-P. Nicol) à 274,1 m; 17. Groupe Celeos (R. Treussart - A. Marchand) à 312,7 m; 18. kpmg (E. Riou - B. Castelnerac) à 313,3 m; 19. Atlantik Ft (D. Krizek - P. Sharp) à 341,3 m. Non localisés : Axa Atout Cœur pour Aides (E. Nigon - C. Pouligny); Défi Transat (Y. Livory - E. Livory); Lenze (F. Le Gal - E. Le Roux); Les Mousquetaires (B. de Broc - G. Riou).

Philippe Eliès. 14/05/2008


Après 22 jours, 19 h 13’56’’ de mer, Jean-Paul Mouren et Laurent Pellecuer coupent en vainqueurs la ligne d’arrivée de la 9 e Transat ag2r.
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