Yvette Quéré, agent de comptoir en 1961, a accueilli le premier DC 3 venant de Paris. « J’avais 21 ans à l’époque, j’étais un peu intimidée, il n’y avait que des personnalités à bord. Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu un passager payant ». C’était aussi le temps où le trajet durait 2 h 30 avec un repas servi à bord.
Robert Le Page est arrivé, lui, en 1966, comme agent de trafic. Tous deux se souviennent d’un premier local, avec des grosses portes battantes, sans fermeture, pas l’idéal en cas de tempête.
Un seul passager
« On avait le vent d’ouest pile dans le dos. On s’allongeait pour que les billets ne s’envolent pas ». La liste des passagers était transmise par téléphone, les billets étaient édités à la main. C’était aussi le temps où le mécanicien faisait chauffer sa boîte de cassoulet sur un petit brûleur à gaz. Un chef d’escale, qui avait des douleurs aux pieds, venait quand même au travail, en chaussons. « Ca m’est arrivé de faire un départ avec un seul passager », se souvient Yvette Quéré, partie à la retraite en 1994, comme chef de section. Une autre fois, un passager arrive à Brest, se croyant à Strasbourg. Il repaiera pour revenir à Paris.
Barcelone en car
En mai 1968, les avions ne volaient plus. « On passait le temps en jouant à la pétanque », se souvient Robert Le Page. En 1973, lors des grèves de l’Aviation civile, les passagers d’un charter seront acheminés en car jusqu’à... Barcelone, où ils prendront l’avion pour Djerba, leur destination initiale. Deux Bigoudènes, avec leur coiffe, embarqueront à Brest pour le Maroc, en inclinant la tête. Yvette Quéré et Robert Le Page ont vu aussi monter à bord les fraises de Plougastel pour l’Angleterre. « Les gars de Plougastel avaient oublié de laisser le passage pour le pilote. Il a dû passer par le hublot du DC3 pour monter. Les Plougastels ne donnaient jamais de fraises, en revanche, ils vous invitaient au restaurant ».
Lamas, choux, naissins
Des lamas, pattes pliées par en dessous, ont transité par Brest, des vaches en sont parties, avec un coup d’électricité à l’arrière pour les faire monter plus vite. Des naissins d’huîtres sont venus de Thessalonique. « Tout dégoulinait de l’avion ». Des choux sont partis pour l’Amérique du Nord, de l’aide humanitaire pour la Russie. « le réacteur d’appoint d’un Antonov 124 faisait fondre le tarmac », se souvient Robert Le Page, parti à la retraite en 1998 comme chef d’escale. La surface de la nouvelle aérogare, qui ouvre ce matin à 5 h, est de 20.000 m². Tous deux ont débuté dans 50 m², tout au plus « On a survécu à tout cela », s’amusent les deux retraités