Joseph Thomin a raccroché le vélo depuis bien longtemps. Mais le grand sportif qu'il fut s'astreint encore aujourd'hui, à 75 ans, à trois fois deux heures de marche - « d'un pas rapide », dit son épouse - par semaine, du côté de Daoulas où il passe une retraite paisible. Les organisateurs des grandes
épreuves du calendrier breton ne l'ont pas oublié. Pas un départ du Tro Bro Leon, du cyclo-cross de Lanarvily ne se passe sans sa présence. Alors le Tour, vous pensez ! Dès qu'il foule la terre bretonne, Jo Thomin est de la fête, invité par ASO. Un départ d'étape à Brest ! « Depuis le temps qu'on attendait ça ! Vous savez, on est toujours dans cette ambiance vélo à la maison ».
Se frotter à l'élite
Comment est-il devenu champion ? « A l'époque, on ne se déplaçait qu'à bicyclette. Je faisais 20 km tous les jours pour rejoindre mon collège à Lesneven ». Repéré très vite par les dirigeants du Vélo-club local, le jeune homme a aussitôt brillé, remportant haut la main ses premiers bouquets. Classé « indépendant «, il devient champion de Bretagne toutes catégories à 19 ans, champion de France militaire en 1952 puis champion de France indépendant deux ans plus tard. « On se frottait tout le temps aux pros. C'est au contact de l'élite qu'on progresse ». En 1956, Jo Thomin va se retrouver dans le peloton du Tour de France, sous le maillot blanc et rouge de l'Equipe de l'Ouest. Un coup d'essai qu'il transformera en coup d'éclat en emportant la 15 e étape entre Montpellier et Aix-en-Provence, au nez et à la barbe du Belge Forestier, récent vainqueur du Tour des Flandres. Un an plus tôt, il s'était octroyé deux étapes du Tour de l'Ouest, dont celle de Brest.
Belle constance
1957. A Caen, terme de la deuxième étape, le sprinter de Ploudaniel allait endosser un maillot vert qu'il allait garder deux semaines, jusqu'à une mauvaise chute dans la descente de Puy-Morens. Cette saison, et les suivantes, le champion portait les couleurs de l'équipe espagnole Margnat-Paloma, dont le leader n'était autre que le grand Bahamontes. Dix-huitième du Tour cette année-là, Jo Thomin allait garder le même rang l'année suivante, finissant 24 e en 1959 (année où son patron gagnait le Tour), 22 e en 1960, 25 e en 1962, preuve d'une belle constance. Le coureur aurait dû disputer son septième Tour en 1962. Un chauffard, circulant rue Jean-Jaurès, en a décidé autrement, un mois avant le grand départ. Aujourd'hui, c'est sans nostalgie que Jo Thomin se retourne sur une carrière pro terminée en 1968. De ses exploits, il n'a pas gardé beaucoup de traces écrites ou photographiques mais la mémoire est toujours là. Des 200 victoires à son palmarès, ce ne sont d'ailleurs pas forcément les plus prestigieuses (Tour de l'Oise, étape au Dauphiné) qui le rendent le plus fier. « J'ai gagné deux fois à Callac. Et j'ai battu Darrigade au circuit du Trégor, à Plougasnou ».
Alain Coquil. 26/01/2007