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Ouragan. 20 ans après ! Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Quimperlé. Terrible nuit de 1987

Prononcez le mot « ouragan » devant un habitant de Moëlan, Scaër ou Quimperlé : c’est aussitôt une série d’images fortes qui traversent son esprit. Ces milliers d’arbres à terre à Toulfoën, Kerfany ou Coat-Loc’h, ces bâtiments ravagés, ces visages marqués par la fatigue et la tristesse, ce satané courant absent pendant des jours… Cette nuit n’est pas près de disparaître de la mémoire collective. Les vents, soufflant jusqu’à 180km/h sur le pays de Quimperlé, occasionnèrent des dégâts tels que la reconstruction prit des mois.

Depuis quelques jours, les bulletins météo évoquaient un fort coup de vent à venir, sur la façade ouest du pays. Mais ersonne ne pouvait imaginer le déchaînement qui allait s’abattre, en cette nuit du jeudi15 au vendredi 16 octobre 1987.
Dans le pays de Quimperlé comme ailleurs, l’ouragan a surpris par son intensité, avec des vents soufflants jusqu’à 180 km/h, et sa durée, interminable. La nuit de cauchemar débute vers 22 h. Les branches qui, jusque-là, pliaient commencent à rompre ; les antennes s’envolent, comme les éléments de toiture. Les premiers coups de téléphone résonnent au centre de secours de Quimperlé : il y en aura plus de 400 au cours de la nuit. À minuit, la tempête devient violente. Des hangars
sont détruits, des arbres, des poteaux EDF et PTT (le téléphone, pour les plus jeunes…) se cassent, les toits décollent, l’électricité est coupée en de nombreux endroits.
Comme leurs collègues des communes

voisines, la quarantaine de pompiers mobilisés ne savent plus
où donner de la tête. Plus de cinquante habitations doivent être bâchées : ils n’en disposent que de deux. L’inquiétude grandit quant à la station de pompage des eaux : les turbines ne tournant plus, faute de courant, la pénurie menace… À deux heures du matin, l’ouragan atteint son apogée : le lieutenant de la caserne demande à ses hommes de rentrer au centre. Ils ressortiront à la première accalmie, notamment pour intervenir sur un grave accident à Tréméven, où une
conductrice a heurté un arbre jonchant la chaussée. Les foyers passent une nuit blanche : il faut mettre à l’abri ce qui peut l’être, calfeutrer les ouvertures. Seuls quelques enfants parviendront à dormir…
Désolation et traumatisme

Au matin, c’est un spectacle de désolation. Dans la forêt de Toulfoën, c’est le désastre : 120 hectares sont détruits. Ces milliers d’arbres couchés resteront gravés dans les mémoires. À Moëlan, le traumatisme est énorme : la quasi-totalité des pins de Kerfany est à terre. Le site magnifique n’est plus. Comme d’autres, la forêt de Coat-Loc’h, à Scaër, est aussi frappée. La liste des dégâts est interminable. Des dizaines d’exploitations agricoles, de Querrien à Riec, sont anéanties. À Saint-Thurien, c’est le cas pour trois quarts d’entre elles.
À Kerzellec, en Mellac, une porcherie abritant des centaines de truies est totalement ravagée, comme un poulailler hébergeant plus de 20.000 volatiles, à Rédéné. Les pépinières, route de Lorient ou à Judicarré (2 millions de francs de dégâts), payent un lourd tribut.
À Quimperlé, au Coat-Kaër, ce qui devait être la première foire-exposition s’est littéralement envolée, à plus de 100 mètres, après avoir été bombardée par le verre de la toiture des anciennes conserveries. Les 25 employés de la fonderie Rivière se retrouvent au chômage technique.
Une longue reconstruction

Entreprises, habitations, monuments religieux, champs, routes, réseaux divers… Le travail de reconstruction est immense. Des factures présentées aux assureurs dépassent les 500.000 francs.
19.500 abonnés du secteur quimperlois sont privés d’électricité. Ils seront encore 6.000 trois jours plus tard. Une équipe de la Sécurité civile de Brignoles (Var) arrivera sur place quelques jours plus tard, un PC Tempête étant créé au centre de secours. 154 hommes vont se répartir dans les alentours, à raison de douze à quinze heures par jour de travail. Ils dégageront les arbres tombés sur plus de 40km de cours d’eau, afin d’éviter toute accumulation dangereuse.
Le départ de la Sécurité civile, à la mi-novembre, ne signifiera pas la fin du chantier. La reconstruction prendra des mois, des années dans certains cas. Peu à peu, les traces de l’ouragan s’estomperont du paysage. Dans les esprits, certainement pas.
La lente renaissance de la forêt de Toulfoën
La vision de la forêt de Toulfoën dans les jours suivant la nuit du 15 octobre, avec des milliers d'arbres à terre, a marqué plus d'un habitant. Sur une superficie de 750 ha environ, il a fallu en replanter 122 dans les années suivantes, avec principalement du chêne, du hêtre et du châtaignier, ces grands arbres ayant le plus souffert. Avant cela, il a fallu défricher le terrain et régler le problème du bois au sol. En deux ans, pas moins de 70.000 m³ ont été débités, par des particuliers pour leur chauffage dans un premier temps, ou vendus un peu partout en France et en Europe de l'Est, voire expédiés par voie ferrée vers des usines papetières ensuite. Il a aussi fallu refaire 28 km de routes et sentiers. Reste qu'il faudra encore plusieurs générations pour que Toulfoën ne retrouve son lustre d'antan. « Dans la vie d'une forêt, vingt ans, c'était hier », rappelle François Douguet, de l'Office national des forêts. Il faut compter de 140 à 160 ans pour voir le peuplement de hêtres et de chênes arriver à maturité. Les parcelles de châtaigniers sont, elles, déjà reconstituées. « Ce qui a été réalisé après l'ouragan a posé les bases nécessaires à une renaissance de la forêt domaniale : elle est aujourd'hui en bonne santé, surtout avec la météo de cette année ; reste à être patient... »

Rodolphe Pochet le 11/10/2007


Des arbres décapités par milliers : c'est l'une des images choc que les habitants du pays de Quimperlé retiendront de cette terrible nuit du 15 au 16 octobre 1987.
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