Concarneau. Souvenirs d'ouragan
Cette nuit, peu de ceux qui l’ont vécue l’ont oublié. Un peu plus qu’ailleurs, Concarneau et sa région ont payé un lourd tribut à cet ouragan. Humain tout d’abord, puisque deux personnes y ont perdu la vie. Matériel ensuite : toits arrachés à Kérandon, port de plaisance détruit, clocher de la chapelle de la Croix abattu, exploitations agricoles ravagées... Rien que pour Concarneau, les dégâts étaient estimés entre 30 et 40 MF.
« Cela faisait huit ans déjà que j'étais le directeur du port de plaisance, se remémore Didier Picard. Autant que je me souvienne, rien ne laissait présager cela durant la journée. La douceur était surprenante pour la saison et le vent calme. J'étais chez moi lorsque les pompiers m'ont alerté vers 22 heures. Je suis retourné au port, il faisait très noir. Les quelques personnes qui restaient sur les bateaux ont été mises en sécurité. Très rapidement, la passerelle d'accès aux pontons est tombée à l'eau. Nous restions dans la maison du port, toute sortie était très dangereuse avec des vents à plus de 200 km/h, j'en suis persuadé. Des gens venaient pourtant par curiosité. À ce stade-là, j'imaginais qu'il y avait beaucoup de dégâts, mais il n'y avait pas que les pontons qui étaient partis. » « Au Cabellou, c'était incroyable » « Quand tout est redevenu calme, je voulais voir les mouillages de l'arrière-port, en passant par la porte aux vins. Mais une fois en Ville Close, j'ai entendu des bruits de drisse sur ma droite. En montant sur les remparts, j'ai vu les mâts qui dépassaient, cette image choc reprise partout le lendemain, plus d'une centaine de bateaux drossés contre la muraille. Certains avaient coulé, je me souviens d'ailleurs d'un petit bateau dont on n'a retrouvé que le safran, d'autres ont été retrouvés au fond du port, sur un batardeau ou encore sur le slipway. Au Cabellou, c'était incroyable. Cela a été dévasté et ce n'est toujours pas comme en 1987. Il y a eu comme un couloir parmi les 300 mouillages. J'ai passé la nuit au port, sans dormir, il y avait tant de choses à faire. Avec la fatigue et la tension extrême que cela implique. Une cellule de crise avait été mise en place sur le port avec un standard téléphonique pour informer les plaisanciers. Dans l'ensemble, ils comprenaient que le port n'y était pour rien, l'événement était hors du commun. Il a fallu plusieurs jours pour dégager tous les bateaux. Pour les plus difficiles d'accès, un chemin avait même été construit. Tout cela a été fait avec l'appui des bolincheurs qui sont venus donner un coup de main. Au final, les pontons ont été détruits à 80 % ».
Le bâtiment tremblait
« Je m'en souviens tellement bien, ma fille de onze ans avait eu si peur » relate Andrée Martin, locataire depuis 29 ans d'un appartement au deuxième étage de l'immeuble Le Douglas, à Kérandon. « Ça soufflait si fort, d'un coup il y a eu un bruit inimaginable. La fenêtre de notre salle s'est ouverte. Avec ma fille, on l'a repoussée. Mon mari a tout de suite craint pour sa mère qui se trouvait dans la grande tour, il est parti la voir. » Réfugiés dans la cuisine « Nous avons placé la table contre la fenêtre, puis un canapé, mais ce dernier bougeait quand même. Les portes claquaient, deux vitres ont éclaté. Il n'y avait pas de portable à l'époque, c'était la grosse trouille. On s'est d'abord réfugiés dans la cuisine puis dans la chambre de ma fille. Cela paraissait tellement long. J'avais l'impression que cela bougeait quelque part, le bâtiment tremblait. Les pompiers ne voulaient pas que l'on sorte, mon mari a eu du mal à revenir. Sa mère n'avait finalement rien entendu. Dehors, je me rappelle d'un locataire sorti pour voir si la capote de sa 2 CV était bien attachée. Le lendemain, il n'en restait plus rien. Notre véhicule a aussi été touché. Les fenêtres volaient, des bouts de toit se détachaient. Une voisine a reçu une poutre dans sa salle à manger. Et on entendait des cris, des hurlements d'enfants, tout le monde avait peur. Ensuite, même si cela s'est calmé, on ne pouvait pas dormir. J'ai passé une nuit blanche. Le lendemain, en partant travailler à la crèche, il y avait tous ces arbres par terre, c'était affolant. L'immeuble en face n'avait plus de toit, tout était arraché. Je n'imaginais pas autant de dégâts. Le toit de l'école de Kérandon s'était effondré, on retrouvait partout au sol des bouts de toitures, de cheminées. Les gens étaient dehors et ne parlaient que de ça. Par contre, à la télévision, rien. À part aux informations régionales. Je me dis que cela aurait pu être pire. En cas de vent même faible, le vent s'engouffre et fait comme un tourbillon dans la cour. Alors là... »
G. Le Bris : « Sentiment d'Apocalypse »
« J'étais maire de Concarneau depuis quatre ans, mon premier mandat. Ce sont des événements qui marquent. Je me trouvais en réunion rue Alain-Le-Lay lorsque nous avons tous senti cette vague de chaleur brutale, vers 22 h 30. Le vent a commencé à gagner en intensité, les poubelles volaient. J'ai passé une partie de la nuit avec les pompiers. À Kérandon, il fallait se protéger derrière un camion placé en travers. Cela soufflait tellement fort que nous avions l'impression que c'est nous qui tenions ce camion. Il n'y avait pas moyen d'aller en ville. J'avais l'impression que c'était l'Apocalypse. La radio des pompiers crachait tout ce qui se déroulait ici et là, les secours étaient impuissants. Quand je suis rentré chez moi, la cheminée était tombée dans l'axe de la porte d'entrée. Mon souvenir le plus marquant reste Le Cabellou. Une dame était bloquée chez elle par un arbre et me demandait si c'était comme ça partout dans le monde. » « Personne ne nous prenait au sérieux » « Mais je me rappelle surtout du déficit d'émotion au niveau national. C'est tombé en même temps que la crise boursière. C'est comme s'il y avait eu un coup de vent de plus en Bretagne, pas plus. Cela se ressentait dans les demandes d'aides, personne ne nous prenait au sérieux. Pourtant, cela a beaucoup coûté au budget de la ville. Il fallait se débrouiller par nous-même. Après, lorsque sont survenues des catastrophes naturelles dans d'autres régions, la solidarité nationale était là. Nous avions été en première ligne ».
Yves Madec le 12/10/2007
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LA photo choc de l'ouragan de 1987. Une centaine de voiliers drossés contre les remparts de la ville close. Au Cabellou, les mouillages n'avaient pas non plus été épargnés. « Il y avait tant de choses à faire » se souvient Didier Picard, directeur du port.
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