Royal. Le tout pour le tout
Ségolène Royal avait choisi la Bretagne (Lorient, Rosporden, Quimper, Brest) pour livrer son ultime bataille avant le second tour. Pas décidée à rendre les armes , la candidate socialiste a joué le tout pour le tout en attaquant comme jamais Nicolas Sarkozy, « candidat du M edef et du CAC 40 », soutenu « par Bush » et qui « menace » la démocratie.
Ségolène Royal a mis le point final, hier soir à Brest, à sa campagne présidentielle avec un grand « rassemblement de la victoire » devant ses sympathisants réunis au pied de l’Hôtel de ville. À partir de 17 h 30, les plus impatients étaient déjà sur place afin d’être sûrs d’avoir la finaliste de la présidentielle dans leur champ de vision. En l’attendant, plusieurs artistes brestois, dont Matmatah, se sont succédé sur scène. Miossec s’est, lui, exprimé par téléphone, tandis que Yann Tiersen était en direct depuis Gaza. Moment le plus fort : Erik Marchand interprétant en breton le « Jaurès » de Brel. Lorsque la politique a repris ses droits, vers 19 h 45, la place de la Liberté et ses abords étaient noirs, ou plutôt roses, de monde : la police a estimé l’assistance à 15.000 personnes, les organisateurs, le maire PS de la ville, François Cuillandre en tête, a grimpé jusqu’à « plus de 20.000 ». Dans cette foule de gauche, des drapeaux par dizaines, du PS, du MJS, des Verts ou de l’UDB, sans oublier des « gwen-ha-du », brandis avec conviction. Invitée surprise de la soirée, la candidate des Verts, Dominique Voynet, arrivée en avion à 17 h, affirmait sa confiance dans la gauche et sa conviction, appuyée par le public, que « dimanche, nous allons gagner ». Elle en profitait pour lancer un message à François Bayrou et à Nicolas Hulot, les invitant à « ne pas rester au bord de la route ». « Tant de tendresse ! » C’est finalement à 20 h 10 que la candidate de la gauche est apparue tout en haut des marches de l’Hôtel de ville, visiblement ravie de conclure sa campagne devant une foule aussi nombreuse et aussi enthousiaste. De rouge et de blanc vêtue, Ségolène Royal a salué le « peuple de Bretagne, insoumis et libre ». Pour son ultime rendez-vous avant le choix des Français, la candidate s’est voulue rassembleuse et positive, n’évoquant que rarement son adversaire. « Dans vos regards, a-t-elle affirmé, je vois tant de tendresse ! Je vous sens comme une vague debout. Merci pour votre présence chaleureuse. Vous me nourrissez de vos attentes, de vos espoirs. Ne relâchez pas vos efforts avant dimanche et ensemble, construisons la France de la réconciliation. Dimanche, nous pouvons gagner ! Nous allons gagner ! » Après ce meeting, la socialiste était annoncée à Roscoff où elle devait passer la nuit. Ce matin, elle devrait prendre l’avion à l’aéroport de Ploujean, à Morlaix.
« Rien n’est joué »
« C’est en Bretagne que j’ai commencé cette campagne, le 20 février, à Rennes. C’est ici que je la termine en beauté avec vous ! » Veste bleu marine et robe estivale blanche rayée, entourée de Jean-Yves Le Drian, Louis Le Pensec ou encore Claudy Lebreton, Ségolène Royal affichait, hier midi, un large sourire devant les 3.000 personnes venues assister à son meeting lorientais. Un large sourire à moins de 48 heures du second tour, malgré les sondages qui la donnent perdante. Les sondages, justement. Elle attaque le sujet d’emblée. « Ne vous laissez pas matraquer et démobiliser par ces sondages. J’entends mon adversaire dire, avec arrogance, que les carottes sont cuites, que ce n’est plus la peine de se déplacer pour voter. Qu’il sache que ce sont les Français qui décideront, dimanche, du visage de la France. » Dans ces dernières heures de campagne, la candidate socialiste entend clairement convaincre les indécis. « Ils sont 30 %, c’est plus qu’en 1981, lorsque ces fameux sondages prédisaient la défaite de François Mitterrand dans la dernière semaine... Faisons les mentir encore ! » Ovation dans la salle. Salle dans laquelle se sont glissés, justement, quelques électeurs de François Bayrou. C’est à eux qu’elle s’adresse lorsqu’elle réaffirme qu’elle prend « ici l’engagement que, demain, je gouvernerai en élargissant ma majorité ». Le coude posé sur le pupitre, la candidate poursuit les arguments qui devront convaincre ceux qui, dimanche, feront pencher la balance. Elle leur parle de sa VI e République « où il n’y aura plus de cumul des mandats, où toute loi nouvelle dans le domaine du social sera issue d’un dialogue avec les partenaires sociaux et les citoyens, et où le 49-3 sera supprimé, car on ne peut pas passer en force dans un Etat moderne. Une VI e République où la régionalisation ira à son terme avec, à ses côtés, un Etat fort qui assumera ses responsabilités avec le maintien des services publics en zone rurale ! » « Dressez-vous pour un Etat impartial ! » Ségolène Royal jette ses dernières forces dans la bataille et promet le renforcement des moyens de l’hôpital public, la revalorisation du travail des infirmières, le rétablissement « dès la rentrée prochaine des postes supprimés par la droite dans l’Éducation nationale »... Elle harangue la foule : « Il nous reste deux jours pour convaincre autour de nous. Ne vous laissez pas faire ! Dressez-vous pour un Etat impartial, pour une France juste, une France forte ! » En réponse, les militants, comme de nombreux élus, montent sur leurs chaises pour acclamer et pousser leur candidate dans cette dernière ligne droite.
En visite à Armor-Lux. « Un modèle économique »
Avant de rejoindre Brest, Ségolène Royal a fait une rapide escale à Quimper, où elle a visité l’entreprise de textile Armor-Lux. L’occasion pour la candidate de saluer l’exemple d’une PME innovante, qui a le souci du dialogue social et s’est engagée dans le commerce équitable.
Armor-Lux n’avait sans doute jamais connu pareille bousculade. Entre les journalistes et les supporters de la candidate, il y avait du monde sur le site de Kerdroniou où est désormais installée l’entreprise, chassée du centre de Quimper par les inondations. Accueillie par Jean-Guy Le Floch, le P-DG, Ségolène Royal a entamé une visite de trois heures ponctuée par des arrêts fréquents dans les ateliers et différents services pour saluer les salariés - des femmes en grande majorité - et se faire expliquer leur travail. Un exemple de compromis social Le choix de Ségolène Royal de visiter Armor-Lux ne doit rien au hasard. Pas seulement parce que son P-DG reconnaît partager un certain nombre de valeurs avec la candidate. Mais aussi parce que cette PME de 300 salariés est pour Ségolène Royal un exemple qui correspond au modèle qu’elle entend promouvoir si elle était élue. « C’est le modèle économique que je veux pour la France. Armor-Lux prouve qu’en innovant, on peut rester performant et lutter contre les délocalisations. Non seulement l’entreprise résiste, mais elle fait des bénéfices et exporte », a souligné la candidate. Des propos qu’elle répétera tout au long de sa visite, en louant également la qualité du dialogue social qui y est pratiqué. « Cette entreprise est un exemple de compromis social avec un patron qui se donne tout entier, qui respecte ses salariés, et de l’autre côté des salariés qui savent qu’il faut se battre et sont très attachés à leur entreprise. » Premier acheteur de coton Une entreprise qui a aussi la particularité de s’être engagée dans le commerce équitable. Premier acheteur de coton équitable en France, Armor-Lux permet avec une centaine d’autres entreprises françaises d’apporter à travers le monde un supplément de revenu à 28.000 familles. Une démarche que la candidate socialiste n’a pas manqué non plus de saluer avant de reprendre la route pour un ultime rassemblement, à Brest.
Le 05/05/2007
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Ségolène Royal a conclu hier sa campagne par un meeting, place de la Liberté, à Brest. (Photo AFP)
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