Royal - Sarkozy. Coup pour coup
Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont croisé le fer, hier soir, lors du débat d’ entre-deux tours présidentiel, la candidate socialiste se plaçant en position d’ attaque et son adversaire UMP s’ attachant à afficher calme et pondération. A quatre jours du scrutin décisif qui ouvrira à l' un d’ eux les portes de l ’ Elysée, les deux candidats se sont d' emblée accrochés sur le thème de la sécurité, du nombre de fonctionnaires, des 35 heures ou du nucléaire, bouleversant l’ ordre d’ un débat préparé avec grand soin.
L’ordre du débat, préparé avec soin et qui aurait dû commencer par les institutions, a volé en éclats. En près de deux heures, cette joute avait privilégié les sujets économiques et sociaux, le nucléaire et l’éducation, sans un mot encore sur l’international. Jeter le doute Tirage au sort oblige, le président de l’UMP avait ouvert ce face-à-face organisé par TF1 et France 2, qui devait être suivi par des millions de personnes. Sourire aux lèvres, il est allé jusqu’à prôner des consensus gauche-droite sur la dette ou la fiscalité écologique, comme pour démentir ceux qui l’accusent de nervosité, voire, à l’image de certains socialistes, de « brutalité ». Jouant la carte du didactisme, comme sur le financement des retraites, Nicolas Sarkozy s’est efforcé de jeter le doute sur la compétence de son adversaire, supposée être son talon d’Achille. « Il faut avoir de l’ambition, Mme Royal ! », exhortait le candidat. « Vous avez une capacité de ne pas répondre aux questions qui est tout à fait remarquable ! », lui reprochait-il. « Vous n’avez pas besoin d’être méprisante pour être brillante », lui a-t-il lancé. Au bout d’un moment, il se tournait très souvent vers les deux animateurs, restés discrets, Arlette Chabot (France 2) et Patrick Poivre d’Arvor (TF1). D’abord tendue, puis batailleuse, parfois mordante, la candidate socialiste a occupé le terrain, interrompant à de nombreuses reprises son vis-à-vis, le renvoyant au bilan du gouvernement depuis 2002, et particulièrement à celui de l’Intérieur. Plantant des banderilles (« mais vous mélangez tout ! », « vous avez une approche très approximative ! »), elle semblait vouloir faire sortir le candidat UMP de ses gonds. Par exemple, en mettant en cause sa « conception péremptoire et unilatérale » du pouvoir. Elle veut, a-t-elle lancé, « sortir la France de la situation dans laquelle elle se trouve », citant dette, travailleurs pauvres, baisse du pouvoir d’achat, déficit de la Sécu, chômage, agressions, dont le viol récent d’une policière en Seine-Saint-Denis. Vifs échanges sur les 35 h « Je ne veux pas polémiquer avec Mme Royal, mais elle trouve qu'il n'y a pas assez de policiers, c'est dommage que le groupe socialiste n'ait pas voté les créations d'emplois de policiers sur les quatre dernières années », a affirmé Nicolas Sarkozy. « La solution », « ce n'est pas de mettre un garde du corps à chaque fonctionnaire qui rentre chez elle » mais « de réprimer les délinquants », a-t-il lancé. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se sont aussi longuement opposés sur la question des 35 heures. « Est-ce que vous allez, comme c’est prévu dans le programme des socialistes, généraliser les 35 heures à tout le monde ? », a demandé le candidat UMP. Pour relancer la croissance, il faut, selon lui, « libérer la force de travail », en exonérant les heures supplémentaires. Car « le travail des uns crée le travail des autres ». « Sur la question des heures supplémentaires, moi je crois que votre proposition est non seulement dangereuse mais inefficace », a rétorqué la candidate socialiste. En fin d’émission, Nicolas Sarkozy, invité à évoquer la personnalité de Ségolène Royal, a dit son « respect » de la candidate PS, celle-ci d éclarant en retour « s ’ abstenir de jugement personnalisé » .
Vifs accrochages sur le thème de la moralité en politique
Dans la deuxième partie du débat, on a assisté à une soudaine montée de température dans le duel télévisé de l’entre-deux tours.
« On atteint le summum de l ’ immoralité politique », a ainsi lancé Ségolène Royal, alors que Nicolas Sarkozy promettait de trouver une place à l ’ école à chaque enfant handicapé. La candidate socialiste a accus é Nicolas Sarkozy de « jouer avec le handicap ». « Jouer avec le handicap est scandaleux », a déclaré Ségolène Royal. « Je suis très en colère », a dit Ségolène Royal. « Quand il y a des injustices, il y a des colères justes. » La candidate socialiste a accusé la droite d ’ avoir remis en cause l’accueil des enfants handicapés à l ’ école.
« Je n ’ ai pas perdu mes nerfs » « Je ne sais pas pourquoi Madame Royal, d ’ habitude calme, a perdu ses nerfs », s ’ est interrogé Nicolas Sarkozy. « Je n ’ ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère », a-t-elle répondu, « j ’ ai beaucoup de sang-froid ». « Ecoutez, vous venez de le perdre », a rétorqué Nicolas Sarkozy, « vous sortez de vos gonds avec beaucoup de facilité, madame ». Le candidat de l’UMP a aussi accusé sa rivale socialiste d’être « méprisante », elle de se poser en « victime » quand il est « gêné », tandis que tous deux débattaient des places en crèche et de la petite enfance. Alors que le candidat UMP défendait sa proposition de « droit opposable » à la garde d’enfants, la candidate socialiste l’a interrompu. « Je veux dire aux femmes qu’elles n’auront pas besoin d’aller devant les tribunaux, quelle drôle de société ! », a-t-elle estimé, « soyez sérieux », « ce n’est pas ma conception de la société ». Friction dès le départ « Vous n’avez pas besoin d’être méprisante », s’est-il indigné. « Je ne suis pas méprisante. Je connais vos techniques, dès que vous êtes gêné, vous vous posez en victime », a accusé Ségolène Royal. « Avec vous, ce serait une victime consentante », a achevé Nicolas Sarkozy. « J’ai trop de respect pour vous pour vous laisser aller dans le mépris », lui a-t-il lancé. Déjà au début de la confrontation, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont eu un moment de friction, quand le candidat UMP avait ainsi critiqué le manque de précision, à ses yeux, des déclarations de son adversaire socialiste.
Roland Cayrol. « Un vrai choc de personnalités »
Roland Cayrol, directeur de l’Institut CSA et observateur réputé du monde politique, a assisté, hier soir, comme des millions de Français au débat télévisé opposant Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. « Un vrai choc de personnalités », selon lui, « qui incarnent des propositions et des valeurs différentes ».
Une certitude : le duel Ségolène Royal - Nicolas Sarkozy va faire exploser l’audimat. Pour le reste, est-ce que cela peut changer la donne pour le vote de dimanche ? « J’ai le sentiment que cela ne va pas bouleverser les lignes. Dans ce type de débat, chacun renforce avant tout ses supporters. Le plus probable, c’est qu’un tel débat n’entraîne pas de bouleversement ».
Nous n’avons pas assisté à ce type de débat, selon d’aucuns, depuis 1981. Quel est votre sentiment sur ce point ? « C’est vrai. C’est un vrai choc de personnalités qui incarnent des propositions et des valeurs différentes. C’est pour cela que ce débat était tant attendu. Ce n’est pas seulement un affrontement droite-gauche. Dans cette sorte de débat, on sait bien qu’à chaque fois, c’est une sorte de match nul, pas un chaos. Il ne faut pas avoir l’air méchant ou agressif. Un constat : Nicolas Sarkozy est en tête dans les sondages. Si Ségolène Royal arrive à un match nul, cela peut être un avantage pour elle, car cela peut être bon pour le challenger ».
C’est la première fois qu’un homme et une femme se retrouvent en finale. Est-ce que cela a changé quelque chose hier ? « C’est évident. Nicolas Sarkozy a voulu montrer au début du débat le respect qu’il avait pour cette femme. Pas question qu’il puisse y avoir un soupçon de machisme. À noter aussi : Ségolène Royal a décidé au départ de ne pas respecter le découpage proposé, et de rester dans sa propre logique. Elle a pu ainsi s’approprier, au départ, les règles du débat. Elle a ainsi parlé d’économie, par exemple, même si cela ne correspondait pas exactement à la question posée. Nicolas Sarkozy n’a pas essayé de la contrer, parce que c’est une femme qui était en face de lui ».
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Le débat a démarré à 21 h. Ségolène Royal a attaqué d’emblée Nicolas Sarkozy sur son bilan en matière de sécurité, dans le débat de l’entre-deux tours, lui demandant de « rendre des comptes », tandis que son rival affirmait que la délinquance avait reculé sous l’actuelle majorité. (Photos AFP)
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