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VENDEE GLOBE 2008
 
Présidentielle 2007 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Elysée. Voyage au coeur d'une maison hantée

Dans « Le Roman de l'Elysée », François d'Orcival retrace l'histoire méconnue d'une maison vouée au secret du pouvoir depuis l'Empire jusqu'à Jacques Chirac. Passionnant.

Le palais de l'Elysée : sa cour d'honneur, ses salons, ses gardes républicains, son parc si convoité le 14 juillet où se hâtent les centaines d'élus qui vont pouvoir se dire qu'ils ont vu ou été vus par le président de la République. Qui, passant à proximité des murs d'enceinte de la rue du Faubourg-Saint-Honoré,
n'y est entré en rêvant ? Si on l'appelle « le château » comme dans les contes, ce n'est pas pour rien. N'est-ce pas ici, à l'abord de ces jardins qui semblent hors du temps et comme protégés de la rumeur de la rue, que se font et se défont les destins nationaux ? Du coup, rien n'y est insignifiant et l'anecdote y acquiert un statut d'exception.
Deux histoires une seule réalité
Comme tous les lieux mythiques, l'Elysée a une histoire officielle qui recouvre celle, officieuse, que ne connaissent que les conviés des Dieux, deux pans d'une même réalité que François d'Orcival réunit dans un très bon livre : « Le roman de l'Elysée » (1). On soupçonnait qu'il s'en était passé des choses dans ce palais qu'investira dans quelques jours un nouvel occupant, ou peut-être, pour la première fois, une nouvelle occupante... Mais à ce point !
Veillées de guerre et secrets d'alcôve
Pour la plupart, l'Elysée s'identifie à la Ve République puisque c'est De Gaulle qui va lui donner un rôle central dans le dispositif du pouvoir en y habitant à plein temps. Pourtant, quand il s'y installe, le palais a déjà une longue carrière tramée par des occupants illustres qui y ont rajouté leur touche. Ses murs ont tout vu et tout entendu : des préparations de coups d'Etat, des veillées de guerres et même des secrets d'alcôve. Si Louis XV et Louis XVI ne feront qu'y passer, Napoléon viendra s'y reposer, sa soeur Caroline y recevra ses amants, Napoléon III y complotera et y imprimera sa marque en rénovant le palais pour lui donner son aspect actuel. Poincaré et Clemenceau s'y rencontreront durant la Première Guerre mondiale, quand les Allemands seront à quelques tirs d'obus de Paris.
La Pompadour Murat, Louis XVI...
Hantée par l'Histoire, si souvent tragique, la maison était pourtant plus vouée à la légèreté qu'au drame. Edifié entre 1718 et 1722 pour Henri Louis de la Tour d'Auvergne, comte d'Evreux, ce palais sera d'abord l'hôtel particulier de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, avant de devenir la propriété de Louis XVI. C'est à cette époque qu'il prend le nom d'Elysée. Le maréchal d'Empire Joachim Murat y habitera, d'où le nom du célèbre salon où se tient aujourd'hui encore le Conseil des ministres. Et c'est aussi à l'Elysée, dans le fameux « salon d'argent », où De Gaulle ne voudra pas installer son bureau, que Napoléon abdiquera en 1814.
A la merci des « enragés »
D'Orcival raconte comment celui-ci vécut les dernières heures de son règne dans ce château qui sera toujours épargné par la violence de l'Histoire, aussi bien en 1793 que lorsque les Tatars du tsar Alexandre défilent sur les Champs-Elysées. Aussi bien sous la Commune de Paris qu'en Mai 68. « Ce 13 mai-là, écrit d'Orcival, l'Elysée était à la merci des "enragés". Il aurait suffi qu'ils poussent un peu. Ils arrivaient par le boulevard des Invalides et le Champ de Mars (...). Quinze jours après, les communistes auraient pu être tentés de s'emparer de l'Elysée à leur profit. S'il avait fallu, un hélicoptère était prêt à enlever De Gaulle. L'Elysée est si facile à envahir. » Pourtant, rien... Comme si quelque chose, qui tient peut être à la sacralité des lieux, inhibait les violences. Une sacralité que De Gaulle a beaucoup contribué à renforcer avec la Ve République qui a mis un terme à l'impuissance de ses prédécesseurs. Mais qui dit sacré dit aussi relation à la mort. Si l'Elysée est un lieu si « chargé », c'est que le président, qui est aussi le chef des armées, est affublé d'un terrible droit, celui d'utiliser l'arme nucléaire.
Jupiter dans les entrailles d'un palais
« Il n'y a qu'à l'Elysée que l'on rencontre Jupiter dans les entrailles d'un palais, écrit d'Orcival. Le premier jour de son arrivée, le lundi 27 mai 1974, une fois investi de ses pouvoirs, le nouveau président de la République, le jeune VGE, 48 ans, est guidé par le chef d'état-major particulier de la présidence devant un placard métallique situé entre deux salons du rez-de-chaussée. C'est là, dans ce placard, que l'on a enfermé Jupiter. Nul visiteur ne pourrait imaginer que, camouflée derrière des boiseries dorées et des étoffes en camaïeu vert, une armoire contient des écrans et une caméra de télévision, des micros, des boutons de contrôle. Des installations directement reliées à un poste de commandement enfoui dans les galeries de craie de Taverny, dans le Val-d'Oise ; le PC des forces nucléaires. »
Quand la vie cesse d'être un jeu
Cet aspect mystérieux et inquiétant du pouvoir, d'Orcival le fait parfaitement ressortir. Les pages où il décrit Giscard, Mitterrand et Chirac aux prises avec leurs responsabilités militaires depuis l'Elysée où ils se réunissent avec des experts pour décider de l'action des parachutistes à Kolwezi (ex-Zaïre) en 1978, des bombardements de Baalbek au Liban en 1982, ou des actions de représailles engagées par Chirac en Serbie en 1995 et récemment en Afrique, sont parmi les plus interéssantes. Si la politique est devenue la proie du spectacle, elle redevient essentielle quand la vie cesse d'être un jeu et que la guerre « qui fait cesser toute espèce de plaisanterie » (Nietzsche) en redevient l'enjeu.
Le droit au secret
De ce droit au secret, tous les présidents de la Ve République useront et d'Orcival raconte à ce sujet mille anecdotes. De Gaulle en disparaissant de l'Elysée fin mai 68 pour rencontrer Massu en Allemagne, Pompidou pour camoufler sa maladie, Mitterrand pour cacher l'existence de sa fille ou le rôle de son ami François de Grossouvre, que l'on a retrouvé suicidé le jeudi 7 avril 1994 dans le bureau qu'il occupait à l'Elysée. Ou encore Chirac dont les relations avec sa fille Claude, qui dirige la communication de l'Elysée depuis 1995, procèdent d'une imbrication étonnante entre intimité et vie publique (2).
Y a-t-il une vie après l'Elysée ?
Y a-t-il une vie après l'Elysée ? On se souvient de la mise en scène théâtrale de Giscard d'Estaing, dépité d'avoir à quitter les lieux après sa défaite du 10 mai 1981. C'est que l'Elysée n'est pas un lieu que l'on habite, c'est lui qui vous habite et qui vous tient jusqu'au jour de la restitution des lieux. Excepté Mitterrand, qui emportait le pouvoir au bout de ses souliers, tous les présidents de la Ve République y ont vécu à plein temps et aucun d'entre eux, sans doute, ne s'est vraiment remis d'avoir dû y renoncer. Le pouvoir et sa gratification extrême sont sans doute à ce prix. 1. « Le roman de l'Elysée », de François d'Orcival, Editions du Rocher. 2. Lire « Claude Chirac, enquête sur la fille de l'ombre », de Laurent Léger, Flammarion.

Paul François Paoli. 30/04/2007


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