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Présidentielle 2007 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

S. Royal. « Construire le socialisme du réel »

Ségolène Royal va se battre avec « ses convictions ». Devant la presse quotidienne régionale, la « femme libre » a réitéré, hier, son « désir de gagner ». Celle qui tend la main au centre se dit maintenant « au-dessus des partis ». Construire le socialisme du réel, c’est tout le pari qu’elle fait pour gagner le 6 mai.

Que pensez-vous du débat sur le débat avec François Bayrou ? Ce qui se passe aujourd’hui est assez étrange tout de même ! Je ne veux pas dramatiser, parce que je pense que la liberté d’expression finira par reprendre ses droits sur un certain nombre de pressions, de tentatives d’empêcher le débat.
J’avais proposé qu’il ait lieu devant la presse quotidienne régionale, ça me semblait intéressant de changer les critères traditionnels des grands débats politiques, qui se font tout le temps sur les plateaux de télévision. Cela n’a pas été possible. Je crois, c’est vrai, qu’une certaine forme de pression a été faite par l’équipe de Nicolas Sarkozy. Certains de ses proches ont prétendu que ce débat ne pouvait avoir lieu, compte tenu des règles en vigueur au CSA. Ils n’ont pas dit la vérité ! Ces millions de Français qui ont voté pour nous ont le droit d’avoir ce débat ! J’avais accepté ce débat que Nicolas Sarkozy avait déjà refusé avant le premier tour. Je pense que c’est un problème pour un candidat à l’élection présidentielle, non seulement de refuser les débats, mais d’essayer d’empêcher les débats des autres ! Ces méthodes sont d’un autre âge. Elles en disent long sur un certain nombre de connivences avec un système médiatico-financier puissant auquel il est lié... Mais cela ne nous fera pas taire pour autant !
Votre sentiment sur l’élection présidentielle ? C’est un moment majeur, un moment historique. Exceptionnel. On sent bien qu’il y a un besoin de rénovation de la vie politique. J’étais la première à faire le constat de la crise démocratique, en particulier au moment de la montée des abstentions, puis de la montée des votes de colère et de protestation, notamment dans les catégories populaires qui avaient le sentiment de ne plus compter pour rien. Un certain nombre de Français aussi trouvent que la confrontation, bloc contre bloc, mérite d’être dépassée. Et ce qui s’est passé d’extraordinaire au cours de ce premier tour, c’est la très forte mobilisation, la très forte participation. Un élan civique qui vient de se passer dans le pays ! Les Français, qui m’ont fait l’honneur de me placer au second tour - ce qui n’était pas évident - m’ont donné la lourde charge de porter ce renouveau démocratique.
Pour ce faire, il faut tendre la main ? J’ai fait cet effort, ce qui n’était pas évident, compte tenu des traditions politiques de chacun des camps. J’en ai pris la responsabilité politique. C’est pour cela que j’ai tendu la main, appelé à un débat, mais un débat transparent, devant tout le monde, pour qu’on ne puisse pas penser - parce que n’est pas le cas - qu’il y a des tractations ou des arrangements entre appareils politiques. Je ne dépends d’aucun parti. Je suis maintenant au-dessus des partis politiques. Je pense que, s’il y a l’occasion de dépasser les clivages traditionnels, pour prendre les bonnes idées là où elles sont, pour rassembler les Républicains de progrès, pour faire en sorte que la France se relève et se relève vite, je crois qu’il est de mon devoir d’avoir pris cette initiative.
C’est parce que vous êtes une « femme libre », comme vous le dites, que vous avez joué l’ouverture avec le centre ? La liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ! En effet, c’est parce que j’ai non seulement cette liberté, mais aussi cette responsabilité. Je suis consciente de la gravité de l’enjeu et de ma volonté d’aller de l’avant, de rassembler plus d’un Français sur deux, puisque c’est le sens d’une majorité présidentielle, de regarder les idées neuves. C’est surtout aux Français que je pense en faisant cela et à l’avenir du pays.
Quels sont vos axes d’action ? Je veux moderniser la politique, et je crois que la capacité d’écoute est l’une des vertus les plus importantes qui puisse permettre aux Français de croire à nouveau dans la politique et aux responsables politiques. Il faut, dans un monde complexe, trouver les solutiions adaptées. Je ne crois pas du tout qu’il y ait des solutions toutes faites et toutes simples. C’est cela qui déçoit souvent les gens, lorsque l’on prend, par exemple, des solutions uniformes pour l’ensemble du territoire. Je crois que la mutation de l’action politique, c’est aujourd’hui de faire du cas par cas, du sur-mesure. C’est ce qui permet aussi de lutter contre le gaspillage des fonds publics. Je cite souvent l’exemple des aides aux entreprises. Il faut aider celles qui en ont besoin. Pour la réussite scolaire des élèves, c’est pareil. Il faut aussi du sur-mesure, un soutien scolaire individualisé gratuit aux élèves qui en ont besoin et au bon moment.
Et la réforme des institutions ? C’est très important. L’Etat doit se réformer en profondeur et, en particulier, par une nouvelle étape de régionalisation, de départementalisation. Il est urgent de mettre fin à la confusion des compétences ! Cela entraîne des pertes d’énergie, des gaspillages. On ne sait plus qui fait quoi, qui est responsable de quoi ! La réforme des institutions permettra de dire clairement : voilà quelles sont les responsabilités de l’Etat, des régions, des départements, des communautés de communes, des communes, pour qu’il n’y ait plus de gaspillages administratifs et de superpositions qui ralentissent les prises de décision.
En parlant d’ouverture, Kouchner et Rocard ont-ils parlé trop tôt ? Ce qu’ils ont fait n’était pas judicieux. D’abord par respect des électeurs. Il y avait un certain nombre de candidats qui se présentaient au cours de ce premier tour de l’élection présidentielle... Il était impensable d’obtenir des désistements de l’un ou l’autre candidat, avant ce premier tour. C’est très choquant vis-à-vis de la dynamique d’une campagne électorale. C’était, pour moi aussi, une forme d’affaiblissement, parce que cela laissait sous-entendre que je pouvais ne pas être au second tour et qu’il fallait que je négocie avant même le premier... Ce n’est pas ma conception de la politique. Je pense qu’il faut aller jusqu’au bout de ses convictions, de son travail. C’est ce qui a été fait avec le Pacte présidentiel. Je voulais être au second tour, pour que les Français ne soient pas privés d’un vrai choix de société.
Et le rassemblement que vous appelez de vos vœux ? ll ne se fait pas contre quelque chose, mais pour un projet. On converge sur des idées, sur des valeurs, par exemple, la volonté de réformer un pays sans le brutaliser, le fait de remettre du lien social et en particulier dans les quartiers, où rien n’est réglé. Il faut cesser d’opposer le progrès social et le progrès économique : l’un ne va pas sans l’autre.
Avec une ouverture au centre, vous n’avez pas peur d’effrayer les électeurs de la gauche de la gauche ? Je pense à la France. Je pense qu’il y a là un moment historique pour faire bouger les lignes. Je me suis moi-même suffisamment affranchie d’un certain nombre de dogmes, et je l’ai fait en étant farouchement attachée aux valeurs de la gauche, comme la solidarité, la défense des services publics. Mais je pense, en même temps, qu’il faut regarder le monde tel qu’il est, construire le socialisme du réel et rassembler les Républicains de progrès, en particulier sur la question des libertés publiques et de l’Etat impartial. Il est important que nous puissions dépasser les blocages, bloc contre bloc. Et lorsque l’on fait les choses avec sincérité et conviction, on entraîne ! C’est vrai que cela peut surprendre. Je ne recule sur aucune de mes convictions, et en même temps, je m’ouvre à d’autres façons de voir les choses, à l’idée de me dire : s’il y a de bonnes idées ailleurs, pourquoi ne pas les intégrer au Pacte présidentiel, dès lors qu’elles sont conformes aux valeurs de ce Pacte.
Votre chance de réunir des électeurs pour le second tour, c’est le « Tout sauf Sarkozy » ? Non. C’est la volonté de changement. Il faut un candidat crédible. Normalement, un candidat sortant doit reendre des comptes de ce qu’il a fait pendant cinq ans. Ce qui est significatif, c’est que jamais Nicolas Sarkozy n’a valorisé le bilan du gouvernement auquel il a appartenu et au sein duquel il a joué un rôle important ! J’observe avec beaucoup d’amusement que celui qui porte les coups les plus rudes se pose en victime devant les Français ! Cela ne trompe personne ! Les Français veulent le changement. Ils ont le choix entre deux tempéraments, deux personnalités, deux projets, deux types de valeurs ! Le principe du tout libéral a échoué. Les Français savent que je ne défends aucune puissance d’argent, que je n’ai aucune revanche à prendre ! C’est sur moi que repose la possibilité d’alternance...

Propos recueillis par Catherine Magueur


« Je crois que la mutation de l’action politique, c’est aujourd’hui de faire du cas par cas, du sur-mesure », explique la candidate socialiste, qui cite notamment l’exemple des aides aux entreprises. (Photos MaxPPP
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