Bretagne. Royal d’une courte tête
En Bretagne, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal étaient, hier soir, au coude à coude. Finalement, la candidate du PS l’emporte in extremis de quelques dixièmes. En troisième position, François Bayrou dépasse, dans les quatre départements bretons, les 20 %. Partout, la participation a été historique en ce dimanche 22 avril 2007. Du jamais vu.
Ségolène Royal l’emporte dans trois départements, les Côtes-d’Armor, le Finistère et l’Ille-et-Vilaine tandis que Nicolas Sarkozy arrive en tête dans le Morbihan. Trois à un si l’on peut dire, mais au décompte final la candidate du PS gagne d’une très courte tête : 28,14 %, contre 27,81 % à son rival de l’UMP. Plus de 10 points au-dessus de Jospin Ségolène Royal réalise en Bretagne un score supérieur de près de trois points à son résultat national. Bénéficiant à plein du vote utile elle est à plus de dix points au-dessus du résultat de Lionel Jospin de 2002. Elle est en tête dans la plupart des grandes et moyennes villes : Brest, Saint-Brieuc, Lorient, Quimper, Rennes... C’est dans les Côtes-d’Armor que la candidate du PS obtient son meilleur résultat en dépassant la barre des 30 %. Dans le Finistère, Ségolène Royal flirte également avec les 30 %. Un score là aussi supérieur de plus de dix points à celui obtenu par Lionel Jospin en 2002. Sarkozy meilleur score en Ille-et-Vilaine À droite, Nicolas Sarkozy enregistre, lui aussi, des résultats nettement plus élevés que ceux obtenus par Jacques Chirac il y a cinq ans (21,5 %). C’est notamment le cas dans le Morbihan où il arrive assez largement en tête, devançant la candidate socialiste de quatre points. Le candidat de l’UMP même s’il n’arrive pas en tête en Ille-et-Vilaine est très proche de son score national. C’est dans ce département qu’il réalise en Bretagne son meilleur score (28,9 %). François Bayrou a, lui aussi, toutes les raisons de se féliciter de son score en Bretagne, trois fois supérieur à celui réalisé il y a cinq ans et assez largement au-dessus de son résultat national. Le candidat de l’UDF obtient son meilleur résultat en Ille-et-Vilaine, avec plus de 24 % des voix. Dans les quatre départements bretons les suffrages qui se sont portés sur lui, hier, seront déterminants dans 15 jours. Comme sur l’ensemble du territoire, Jean-Marie Le Pen ne confirme pas ses résultats de 2005. Il est partout en net recul au bénéfice du candidat de l’UMP qui, tout comme Ségolène Royal, profite à plein du vote utile. L’homme de la Trinité-sur-Mer perd dans le Morbihan la moitié de ses voix. Conséquence du vote utile : les petits candidats ressortent encore plus petits. Tous ou presque font moins bien qu’en 2002. C’est notamment le cas d’Arlette Laguiller qui dépasse à peine les 1 % contre plus de 6 % il y a cinq ans et de Marie-George Buffet qui fait encore moins bien que Robert Hue. Seul Olivier Besancenot limite les dégâts, sans toutefois franchir la barre des 5 %. À noter, l’exceptionnelle participation de 100 % à Tréhorenteuc (56).
Côtes-d’Armor. Ségolène Royal replace le PS en tête
Au soir du 21 avril 2002, le Parti socialiste avait touché le fond dans un département jusqu’alors acquis à sa cause. Lionel Jospin avait été devancé par Jacques Chirac, tandis que l’extrême gauche mordait sur son terrain. Lors de ce premier tour de l’élection présidentielle 2007, Ségolène Royal a redressé la barre.
Avec plus de 30 % des voix, Ségolène Royal replace son parti à sa place traditionnelle sur l’échiquier politique départemental. Elle bénéficie à plein d’une participation exceptionnelle (88,34 %, presque 12 points de mieux qu’en 2002) et aussi d’un phénomène de vote utile qui a totalement laminé l’autre gauche. Ségolène Royal s’impose ainsi dans 36 des 52 cantons du département. Sarkozy prend chez Le Pen À droite, Nicolas Sarkozy profite aussi de ce vote de raison, qui lui permet de dépasser, de plus de cinq points, le score de Jacques Chirac en 2002. C’est Jean-Marie Le Pen, qui en fait les frais en perdant plus de quatre points. Alors qu’il était le troisième homme il y a cinq ans, Le Pen est, cette fois, nettement remplacé sur le podium par François Bayrou, qui triple son score de 2002. Bayrou dépasse Sarkozy à Lannion Le candidat de l’UDF réalise d’excellents résultats dans la plupart des villes importantes. Il dépasse même Nicolas Sarkozy à Ploufragan. À Lannion, également, le candidat du centre devance celui de l’UMP de près d’un point et demi. Ces bons résultats de l’UDF confirment la tendance enregistrée lors des dernières élections régionales, puis européennes dans le département. L’effondrement du PC Autre conséquence des votes utiles, l’effondrement des petits candidats et surtout les larges déroutes du Parti communiste et des Verts. Même à Callac, fief historique du PCF, Marie-George Buffet n’atteint pas les 10 %. À Saint-Brieuc et à Guingamp, le PC passe même sous la barre des 3 % ! ... et des Verts Du côté des Verts, Dominique Voynet est aussi très loin du résultat qu’avait obtenu Noël Mamère voici cinq ans. À Trémargat, commune qui a toujours affiché sa fibre écologique, la candidate est même dépassée de plus de... 20 points par José Bové qui obtient un surprenant score de 26,45 %.
Finistère. Royal frôle les 30 %
Ségolène Royal arrive en tête dans le Finistère avec 29,19 % des voix devant Nicolas Sarkozy (27,27 %). François Bayrou (22,74 %) réalise un meilleur score qu’au plan national alors qu’à l’inverse, Jean-Marie Le Pen (6,52 %) se retrouve sur le sable, en raison notamment de la grande marée électorale (87,40 % de participation).
Il a parfois fallu faire la queue pendant une bonne heure pour pouvoir voter hier, dans certaines communes du Finistère. Cette très forte mobilisation a, de toute évidence, profité au trio de tête qui a très largement devancé tous les autres candidats, un groupe dans lequel Olivier Besancenot est le seul à pouvoir se flatter de son score, alors que les Verts (1,85 %) se retrouvent à un niveau d’étiage où on ne les avait pas vus depuis plus de deux décennies. Royal : en tête dans 37 cantons sur 56 Au plan départemental, l’avance de Ségolène Royal est incontestable puisqu’elle est arrivée également en tête dans les villes de Brest (33,2 %) et de Quimper (32,9 %), ainsi que dans 37 des 56 cantons et dans six des huit circonscriptions du département, celles dans lesquelles seront élus les nouveaux députés au mois de juin. Cette avance de la candidate PS ne préjuge cependant en rien le résultat des législatives car, dans la plupart des circonscriptions, le total des voix de la gauche n’apporte aucune garantie. La députée sortante de Brest, Patricia Adam, peut nourrir quelque espoir pour sa réélection puisque c’est dans cette circonscription que le PS réalise son meilleur score (32,8 %) devant celles de Morlaix (30,9 %) et de Quimper (30 %) où les socialistes peuvent menacer la députée sortante Marcelle Ramonet. Ailleurs, ce sera plus compliqué, y compris la circonscription de Brest-rural qui proposera la plus belle affiche avec la députée sortante UMP, le maire PS de Brest et l’ex-préfet maritime pour l’UDF, les trois formations ayant respectivement obtenu, dans cette circonscription, 29,5 %, 27,6 % et 23,2 %. Sarkozy : Sein bien sûr C’est à Botmeur, dans ces monts d’Arrée toujours très à gauche que Ségolène Royal réalise son meilleur score (45 %), alors que pour Nicolas Sarkozy, il s’agit, bien sûr, de l’île de Sein. À ce détail près que son score (44,7 %) est de dix points inférieur à celui de Chirac en 2002, comme si l’île ne lui avait pas totalement attribué l’onction gaulliste. Quant à François Bayrou, il arrive en tête dans quelques communes du sud, notamment celle de Plonéour-Lanvern (27,3 %), dont le maire est le président départemental de l’UDF. Jean-Marie Le Pen, quant à lui, ne réalise plus son meilleur score à Brennilis, commune au comportement électoral souvent singulier. Cette fois, il n’obtient que 10,20 % des voix (six points de moins qu’en 2002), Brennilis se singularisant à nouveau en étant celle qui a donné le plus petit score du département à Nicolas Sarkozy (12,59 %).
Morbihan. Bayrou en arbitre
Le Morbihan a voté hier comme la France, oubliant Le Pen et désignant Bayrou arbitre du duel Sarkozy-Royal. Tour d’horizon dans les principales villes du département. À l’image du pays, le Morbihan s’est mobilisé massivement hier.
Plus de 86,60 % de participation, record absolu sous la V e république. Onze points de mieux qu’en 2002. Dans ce département aussi, on mesure clairement l’impact de la déferlante des électeurs, des appels musclés au vote utile, de l’effet Bayrou (21,98 %) qui réactualise le vote centriste et d’un Sarkozy (en tête à 29,8 %) qui neutralise le vote Le Pen. Ségolène Royal ramène le PS à un score honorable (25,13 %). En 2002, le Morbihan enregistrait des pics de vote Le Pen. Trois communes (Trédion, Sainte-Hélène, Croixanvec) avaient placé le leader frontiste en tête. Aujourd’hui, seule Croixanvec confirme ce choix (27,03 %). Goulard pas suivi Les Vannetais - surprise - n’ont pas suivi leur ministre-maire, l’UMP François Goulard, qui a préféré soutenir Bayrou plutôt que de feindre de faire bonne figure, en improbable supporter de Sarkozy. Le ralliement de Goulard au centriste béarnais n’a pas fait mouche à Vannes, pourtant longtemps administrée par l’UDF. Sarkozy y culmine à 32,2 %, suivi par Royal à plus de 26 %. La socialiste fait mieux que Bayrou (24,2 %). C’est un avertissement pour François Goulard dont la stratégie à géométrie variable semble désorienter son électorat. Lorient-Lanester : Royal à plus de 30 % Lorient demeure fief de gauche et place la candidate socialiste en tête : 30,62 % pour Royal, que Jean-Yves Le Drian avait très tôt soutenue. Sarkozy suit à 27,09 %, Bayrou flirte avec les 20 % (19,88 %). Le candidat centriste triple son score, une aubaine pour l’UDF Fabrice Loher, challenger des socialistes lorientais. Le Pen redescend à 8,07 % (contre 14,60 % en 2002). Le PC est exsangue à 2,23 %. La très forte mobilisation des électeurs (82,05 %) a plutôt bénéficié à Bayrou. Sarkozy a très largement siphonné le vote Le Pen d’il y a cinq ans. Troisième ville du département, Lanester a royalement servi Ségolène Royal : 31,83 %. Sarkozy et Bayrou suivent dans un mouchoir de poche. L’ancien fief communiste a nettement préféré Besancenot (6,13 %) à Buffet (4,71 %). Le paradoxe alréen Auray s’affichait, hier, plus que jamais, en ville de droite, paradoxalement dirigée par un communiste. Sarkozy caracole en tête à 30,62 %. Le maire, Michel Le Scouarnec, assiste, impuissant, à l’effondrement du vote PC dans sa commune. Buffet n’y récolte que 1,72 %. Royal est toutefois brillante seconde à 26,27 %. Bayrou arbitre, très haut, à 21,38 %. Pontivy : Royal-Sarkozy dans un mouchoir À Pontivy, Royal est devant (29,54 %), talonnée par Sarkozy (28,29 %). Le PS repasse en tête, alors qu’en 2002, Chirac était devant Jospin. François Bayrou n’est pas très loin à 20,85 %. Le total du vote de gauche s’élève à plus de 3.200 voix, contre 3.050 à droite (hors Front national). À Pontivy, comme ailleurs, le vote Bayrou (1.668 voix) fera la différence.
Yvon Corre. 23/04/2007
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