Ils ont entre 16 et 19 ans et sont élèves au lycée Jean-Macé de Lanester (Morbihan). Dimanche, ceux qui sont majeurs iront voter, les autres seront des spectateurs frustrés de cette élection qui les passionne et les inquiète en même temps. Rencontre dans la K’Fête.
« Ça ressemblait davantage à la Star Ac’ »
En 2002, ils n’étaient encore que des ados. Ils avaient 11 ans et demi pour les plus jeunes, 13 et 14 ans pour les autres. Et pourtant, ils se souviennent encore de ce 21 avril. « Ça nous a tous marqués », raconte Quentin, 17 ans, lycéen en première L. « Nous étions devant notre télé lorsque les deux visages sont apparus. Certains ont vu leurs parents pleurer... On ne peut pas oublier... ». Cinq ans plus tard, l’élection présidentielle est au cœur de la plupart de leurs discussions de lycéens. « On en parle énormément entre nous et aussi avec nos parents. De toute façon, difficile de passer à côté », résume Judicaëlle, en première année de bac pro secrétariat qui, à 19 ans, ira voter dimanche. « Dès que l’on allume la télé, qu’on ouvre un journal, on ne voit plus que ça ». Si certains parlent même de « bourrage de crâne », ils ont tout de même suivi cette campagne avec assiduité, « en espérant qu’à un moment, enfin, on parle du fond. Mais ça n’a jamais été le cas », résume Raphaël, 18 ans, en seconde année BEP Composites. « Ça ressemblait à la Star Ac’ », explique Audrey, 16 ans et demi. « C’est exactement ça », poursuit Alexis, 17 ans, en première ES, « ils ont davantage raconté leur vie qu’expliqué leur programme. Sans parler des attaques qui n’avaient rien à voir avec le débat ». « On aurait aimé », continue Samia, « qu’ils nous disent ce qu’ils veulent faire, en vrai... Et comment... »
« Rien pour nous sécuriser »
A un an ou deux de la sortie du lycée, l’équipe trouve dans l’ensemble qu’on ne leur a pas beaucoup parlé des perspectives qui s’offrent à eux. « On a 17, 18 ans, on est à quelques années de choix cruciaux pour nos avenirs professionnels et personnels, c’est déjà naturellement angoissant », explique Margaux. « Pendant cette campagne, je n’ai rien entendu pour nous sécuriser... Au contraire ». Lorsqu’on leur demande ce que leur inspire l’élection de dimanche, la réponse fuse, immédiate et unanime : « De la peur ». « Peur de subir les choix des autres sans rien pouvoir faire. A un an près, c’est frustrant, j’aurais pu être acteur de cette élection. Là, je dois me contenter de regarder », raconte Quentin, qui est aussi le rédacteur en chef du journal interne du lycée, « et de me dire que je vais en subir les conséquences pendant cinq ans ». Comme lui, s’ils avaient l’âge de se rendre aux urnes dimanche, ils se seraient tous déplacés. « Certains ne savent pas encore pour qui ils auraient voté, mais on y serait allé, c’est certain », explique Emmanuelle, 16 ans et demi. Jérémy, 19 ans, a, lui, le précieux sésame en poche. La carte d’électeur. Et il compte s’en servir dimanche. « Je vais voter ... pour le moins pire des candidats. » « C’est pour cela qu’il faut que le vote blanc soit reconnu », demande la troupe avec insistance. « C’est une vraie expression ! ». A quelques jours du scrutin, ces lycéens, parfois amers, voire blasés, trouvent surtout que ces hommes et ces femmes politiques semblent « bien loin des réalités de la vie ». Des réalités de leur vie.
19/04/2007.