Quel regard portez-vous sur les sondages à onze jours du premier tour ? Comment expliquez-vous les contradictions que l’on observe entre les différents instituts ? Il n’y a qu’un sondage qui m’intéresse, c’est celui du 22 avril. Pour le reste, de multiples articles expliquent que, bien qu’obtenant 20 % et davantage d’intentions de vote dans toutes les enquêtes, les instituts m’enlèvent des points. Tout cela est donc le résultat d’une cuisine compliquée qui n’inspire pas confiance aux gens. Je trouve qu’on devrait publier les résultats en indiquant le pourcentage réel obtenu par chaque candidat avant ce que les instituts appellent le « redressement ». De cette manière, le public pourrait constater les manipulations dont les résultats sont l’objet.
Vos adversaires vous accusent de vouloir revenir à la IV e République, en voulant gouverner demain avec des gens de droite et des gens de gauche. Que leur répondez-vous ? Je leur réponds qu’ils regardent trop dans le rétroviseur. Sous la IV e République, il n’y avait pas de président élu au suffrage universel. Ce dont la France a besoin aujourd’hui, c’est que les responsables politiques puissent parler entre eux et travailler ensemble pour redresser le pays. La guerre perpétuelle entre le PS et l’UMP nous a conduits dans le mur. Il faut désormais que les politiques puissent parler, réfléchir et travailler ensemble pour sortir le pays de la crise plutôt que de se focaliser sur leurs sempiternelles guerres claniques.
Vous espérez être rejoint dans votre démarche par des personnalités issues des rangs de la gauche. Pour le moment, votre quête est infructueuse. Pourquoi ? Je n’ai jamais demandé de soutien à personne. Tout simplement parce que je sais très bien que tout est bloqué jusqu’au 22 avril à 20 heures. À ce moment-là, j’ai la certitude qu’un très grand nombre de responsables de ce bord changeront d’attitude. Je n’ai aucun doute sur le fait que la situation se débloquera alors.
Vous avez dressé le portrait-robot de votre éventuel futur Premier ministre en le décrivant comme un « Delors jeune ». L’avez-vous trouvé ? J’ai mon idée sur cette question, mais je ne souhaite pas évoquer de nom à ce stade.
Vous faites partie de ceux qui pensent que, sous un quinquennat, le président élu au suffrage universel est en charge du gouvernement du pays. À quoi sert alors le Premier ministre ? Je crois en effet que les Français choisissent leur président au suffrage universel pour qu’il gouverne lui-même. C’est pourquoi je souhaite que l’on modifie l’article 20 de la Constitution qui dit : « Le Premier ministre détermine et conduit la politique de la Nation », pour le remplacer par une nouvelle rédaction qui pourrait être : « Le président détermine la politique de la Nation, le Premier ministre la conduit ».
Vous envisagez la création d’un grand parti démocrate. En quoi cette démarche diffère-t-elle de celle qui a conduit Jacques Chirac à créer l’UMP il y a cinq ans ? Cela n’aura rien à voir. L’UMP a été constituée dans le but d’accaparer tous les pouvoirs et tous les postes. Le parti démocrate que je créerai aura vocation à faire travailler ensemble tous les partis politiques. Contrairement à l’UMP, le parti démocrate n’aura pas vocation à verrouiller le pays.
L’UDF aura-t-elle des candidats aux élections législatives dans les 577 circonscriptions ? Oui. Et, puisque nous sommes en Bretagne, je puis vous annoncer qu’il y aura des candidats UDF dans chacune des circonscriptions des quatre départements bretons.
Vous avez préconisé la suppression de l’Ena. N’est-ce pas du populisme ou de la démagogie ? En proposant la suppression de l’Ena, je m’attaque en réalité à la réparation de l’ascenseur social. Est-il normal que tous les postes importants d’un pays soient détenus par unne minorité qui a eu la chance d’être choisie par cooptation à l’âge de vingt ans. Il n’est pas équitable qu’une caste réduite concentre de la sorte les plus importantes responsabilités dans le service public, la politique et souvent même dans le secteur privé, sous prétexte que ses membres ont eu la chance d’obtenir un diplôme à vingt ans. Je veux ouvrir ces postes de responsabilité à des femmes et des hommes qui ont traversé les épreuves de la vie et ne se sont pas seulement contentés d’obtenir leur diplôme. Observez ce qui se passe en Allemagne. Au côté de la chancelière, Angela Merkel, qui est une scientifique, on trouve en numéros deux et trois du gouvernement des personnalités qui n’ont pas leur bac et qui ont débuté dans la vie professionnelle en travaillant de leurs mains. L’un a été meunier, et l’autre menuisier. Voilà ce que je souhaite pour mon pays. Et ce sera possible une fois que nous aurons réparé l’ascenseur social, ce qui implique qu’il faut supprimer l’Ena, cette filière de recrutement ultra élitiste des principaux responsables de la nation.
Vous avez indiqué, à plusieurs reprises, que vous préfèreriez affronter Nicolas Sarkozy au cas où vous seriez sélectionné pour le second tour. Que reprochez-vous au candidat UMP ? En vérité, tout nous oppose. Nous sommes porteurs de deux visions radicalement différentes de la société française. Le candidat de l’UMP « antagonise », il oppose les Français les uns aux autres, alors que je veux faire travailler tous nos compatriotes ensemble. J’ajoute que ses récentes déclarations au sujet de la génétique et du caractère inné de la pédophilie et des tendances suicidaires des adolescents sont profondément choquantes, ainsi que l’a dit l’archevêque de Paris. Ces déclarations sont en contradiction fondamentale avec toutes les valeurs qui fondent la société française. Si je suis opposé à Nicolas Sarkozy au second tour, alors les Français auront un choix de société parfaitement clair.
Vous semblez ménager Ségolène Royal. Pourquoi ne vous en prenez-vous pas à la candidate socialiste avec davantage de virulence ? Ségolène Royal n’est pas facile à cerner. Elle avance une proposition un jour pour la retirer le lendemain, comme on vient de le voir avec ce contrat malheureux qu’aurait été le CPE socialiste qu’elle avait concocté. Elle a par ailleurs tendance à infantiliser les Français en prétendant que l’Etat est en mesure de s’occuper de tout. Ce n’est pas comme cela que l’on responsabilisera nos compatriotes.
Les Français choisiront leur président de la République en fonction de l’idée qu’ils se font de la capacité des uns et des autres d’exercer la fonction. Quels sont vos atouts ? Ce qui me différencie de mes concurrents c’est que je suis plus rassembleur qu’ils ne le sont. Je suis en outre plus novateur. Eux entendent poursuivre la guerre qui les oppose depuis plus d’un quart de siècle. Moi, au contraire, je veux que tous les grands courants du pays se mettent autour de la table pour redresser la France. Je suis la figure rassurante de cette élection présidentielle alors que mes adversaires multiplient les dérapages et les surenchères.
L’Europe aura été la grande absente de cette élection présidentielle. Est-ce dû à la peur de réactiver le rejet de l’Europe par les Français lors du référendum ? Pour moi, l’Europe n’a pas été absente. Il suffit de lire mon livre « Projet d’espoir ». L’un des grands objectifs de mon quinquennat sera de réconcilier les Français avec l’Europe et l’Europe avec la France.
Propos recueillis par Philippe Reinhard. 11/04/2007.