En 2002, le candidat CPNT parlait surtout de chasse. Aujourd’hui, vous mettez l’accent sur la défense de la ruralité. Pourquoi ? Nous avons en effet décidé de nous ouvrir sur le registre plus large de la ruralité. Mais la chasse demeure partie intégrante de ce concept. Je revendique la défense de la chasse, je l’assume, et je rappelle aussi que je suis le seul des douze candidats à être chasseur. Il n’y a pas photo sur ce sujet-là. Cela dit, nous ne parlons pas que de chasse. Nous parlons de la ruralité en général, qu’il s’agisse de développement économique, de décentralisation, d’écologie, d’agriculture ou du maintien des services publics en milieu rural. Tous ces sujets qui touchent à la ruralité concernent quinze millions de Français.
D’autres candidats (José Bové, Gérard Schivardi et François Bayrou) revendiquent, eux aussi, leur appartenance à la ruralité. En quoi votre candidature est-elle différente de la leur ? La différence entre ma candidature et la leur est celle qu’il y a entre conviction et opportunisme politique. Notre combat pour la ruralité est un combat au quotidien que nous menons en permanence, y compris, et surtout, hors période électorale. Mes concurrents ont compris qu’il y avait plus d’un million de voix à récupérer. C’est pourquoi plusieurs d’entre eux parlent aujourd’hui de ruralité. Tant mieux ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais cela ressemble quand même sacrément à de l’opportunisme électoral.
Voilà des années que chasseurs et écologistes ne s’entendent pas franchement. À l’occasion de cette campagne présidentielle, les Verts sont-ils toujours votre bête noire ? Oui, bien sûr. Il est évident que les Verts sont nos ennemis intimes au cours de cette campagne. Nous opposons clairement notre projet au leur. Je suis porteur d’un autre projet d’aménagement du territoire ou de gestion des espaces et porteur d’un autre projet en matière d’écologie et de politique énergétique.
En 2002, Jean Saint-Josse a obtenu 4,23 % des suffrages. Depuis lors, votre formation a subi deux échecs électoraux aux régionales et aux européennes. Pensez-vous faire aussi bien, voire mieux que lui en 2007 ? Nous verrons bien le 22 avril au soir. En ce qui concerne nos déconvenues électorales de 2004, elles ont été dues à une réforme totalement injuste des modes de scrutin. Celle-ci a été voulue et votée tant par l’UMP que par le PS. Pour prendre un exemple, en 1998, avec l’ancien mode de scrutin, nous avions fait élire une quarantaine de conseillers régionaux. Nous les avons tous perdus en 2004 alors même que nous avons obtenu plus de voix qu’en 1998. C’est quand même hallucinant ! Cela prouve le bidouillage qu’a été cette réforme des modes de scrutin qui n’avait en réalité pour objectif que d’éliminer les élus de la différence, comme nous. Concernant mon ambition dans cette campagne, il est clair qu’elle consiste à réaliser le meilleur score possible, pour être en mesure de peser et de faire bouger les lignes. Si je ne suis pas au deuxième tour, il est clair que les deux finalistes auront à se positionner par rapport à nos revendications. En fonction de ce qu’ils diront ou ne diront pas, les instances de CPNT, qui se réuniront entre les deux tours, décideront s’il y a lieu de donner des consignes de vote ou de ne pas en donner.
Où faut-il placer votre formation politique sur l’échiquier droite-gauche ? Nous en avons un peu marre des clivages. Ce clivage entre droite et gauche, ces étiquettes, tout le monde peut voir dans quel état cela a mis le pays. Il faut dépasser tout cela. Nous avons une conception plus pragmatique de la politique. La ruralité n’est ni de droite ni de gauche. Pour nous, il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas. Nous soutiendrons ce qui nous paraît bon et nous combattrons ce qui nous paraît mauvais, quelle que soit l’étiquette collée sur chaque dossier.
En disant cela, n’utilisez-vous pas lle même langage que celui de François Bayrou ? C’est lui qui utilise le nôtre, parce que nous, c’est ce que nous disons depuis des années. François Bayrou commence seulement à le dire depuis trois ou quatre mois, depuis qu’il est entré en campagne. C’est lui qui s’est inspiré du positionnement et des idées de CPNT.
De quels moyens disposez-vous pour faire campagne ? Nous avons très peu de moyens. Notre budget est à des années-lumière de ceux de Bayrou, Royal ou Sarkozy. Eux vont dépenser des millions et des millions d’euros au cours de leur campagne. Pour ce qui nous concerne, nous nous sommes fixé un budget de 800.000 euros. C’est le plancher minimum de remboursement des frais de campagne. C’est la raison pour laquelle nous menons une vraie campagne militante, une campagne de proximité, une campagne de terrain. On souhaiterait évidemment toujours faire plus, mais nous n’en avons pas les moyens. Malheureusement, il n’y a pas d’égalité entre les candidats, comme on s’en est aperçu au niveau du traitement médiatique. Mais dès lors que, désormais, la fameuse règle de l’égalité médiatique s’applique, cela va nous aider en termes de visibilité et de notoriété politiques. Reste néanmoins qu’il n’y a pas d’égalité en matière financière. Au plan budgétaire, nous ne boxons pas dans la même catégorie. Ce n’est pas normal. Il faudrait placer tout le monde sur un pied d’égalité et jouer la partie à la loyale. Ce n’est malheureusement pas le cas.