« Vous vous êtes inscrite ? » Maeva, 20 ans, sort de la mission locale de Quimper et est à cent lieues d’imaginer qu’on l’interroge sur son inscription sur les listes électorales. « Oui, je suis inscrit dans plusieurs boîtes d’intérim » dit-elle, très sérieusement. Confusion pleine de sens. Petits contrats,
petits boulots, elle achève un contrat d’accompagnement comme femme de ménage. Moins de 500 euros pour 20 heures par semaine. « C’est la première fois que je m’intéresse à la politique. Malheureusement, je n’ai pas pu m’inscrire ». Et si ? Ce serait Ségolène. « Elle est pour l’égalité des droits, pour l’augmentation des salaires ». Elle n’aime pas Sarkozy, contrairement à son petit ami. Sa maman vote Le Pen, « à cause des immigrés ». Elle vient de s’inscrire à une formation de trois mois sur la réorientation. Aide-soignante, voilà un métier qui l’intéresse.
Pas très clair
Une année de psycho à la fac de Brest, un enfant de trois ans, pas de travail : Stéphanie ira voter. Pour la première fois. « J’ai un peu de mal avec la politique et çà part dans tous les sens. Je ne choisis pas par déduction mais plus par élimination. Sarkozy me fait peur. La démocratie participative de Ségolène, c’est pas très clair. Je voterai quand même pour elle. » Sur le mur du couloir, une seule annonce concrète : le groupement du BTP de Cornouaille recrute des demandeurs d’emploi pour une formation par alternance. Ce n’est pas pour Thomas, 19 ans. Il était apprenti mécanicien. Un accident du travail, qui lui a écrasé la main, a mis fin à ses rêves de mécanique. Depuis trois mois, il recherche une autre orientation. « J’irai voter mais je ne sais pas encore pour qui ». Cette jeune femme avoue son âge, 23 ans, mais préfère ne pas livrer son prénom. En contrat d’insertion, elle gagne 450 euros par mois. Vient de dénicher un appartement, craint qu’on ne remette en cause le RMI. « Je voterai Ségolène. Elle a envie de faire évoluer les choses. Les jeunes comme moi, on n’a pas beaucoup le choix. Si M. Sarkozy passe, que va devenir le pays ? »
Et l’emploi ?
Lorraine, 22 ans, se dit prête à grimper dans le TGV voisin si un emploi se présente au loin. Avec son BTS action commerciale, elle sait qu’elle aurait ses chances dans la banque-assurances. Elle vise l’immobilier, ou un job où l’on bouge. Lorraine votera. Pour Ségolène, elle aussi. « Elle est rassurante, Bayrou n’a pas d’idées et je n’ai pas du tout envie de voir passer Sarkozy. On ne parle pas assez de l’emploi dans cette campagne. Ils sont tous assez loin de la réalité ». Même ambiance, même public à la mission locale de Lorient. Sur le mur, une affiche invite les jeunes à un atelier « découverte des métiers ». Juste ce qu’il faut pour Angélina, 21 ans. Une année de psycho à la fac. Des CDD et de l’intérim pour faire bouillir la marmite. En usine, au port de pêche. Elle a tenté un concours d’aide soignante. Elle est sur liste d’attente. Son copain, d’origine sénégalaise, est étudiant. Elle prête une attention particulière aux débats sur l’immigration, à la discrimination. « J’ai un peu peur de ce que dit Sarkozy. Je vais voter Bayrou, ses positions me plaisent. Au second tour, ce sera Ségolène par défaut ». Nicolas, 23 ans, regarde les sondages. Pour le reste... « C’est de la poudre aux yeux et je ne me suis pas inscrit sur les listes ». Il a déjà trois enfants, sait ce qu’est le travail. Depuis ses 18 ans, il a accumulé quantité d’expériences. Il vient d’être licencié par sa boîte de travaux publics. Par lassitude des missions de trois semaines dans toute la France qui l’éloignaient trop de sa famille. Il cherche une formation dans le gardiennage. Et un job pas très éloigné.
Si Nicolas Hulot...
Ichem, 24 ans, n’a pas encore reçu sa carte d’électeur. Son papa algérien, installé en France depuis 30 ans, travaille dans le bâtiment. Les siens votent socialiste. LLui, pas sûr, « parce qu’il faut faire marcher l’économie ». Ce sera peut-être Bayrou. Il n’arrive pas à décrocher de job avec son BEP vente. Il s’intéresse au développement durable, n’évoque pas la discrimination, en ce qui le concerne. Ces deux jeunes sœurs font des photocopies près de la machine à café. Souriantes, décontractées. Leur vote ? A gauche et Ségolène à 200 %. Karin, 18 ans depuis janvier, passe son bac ES en juin. Elle va s’inscrire dans un IUT. Ce sera son premier vote. Sa sœur, Gwénola, 20 ans, a vécu le CPE, démarre en septembre une formation de deux ans en horlogerie à Fougères. Et est certaine d’avoir un travail à la sortie... en Suisse ! Elle estime avoir perdu son temps avec deux années de fac AES à Brest. Elle cherche un travail saisonnier dans l’hôtellerie-restauration de 4-5 mois. « Si Nicolas Hulot s’était présenté, je votais pour lui » dit, Gwénola. Elle est allée écouter Dominique Voynet, lundi, à Lorient. Pour s’informer. Les deux sœurs n’excluent pas de se rendre au meeting de Sarkozy, mardi, au parc des expos de Lanester.