Sept candidats de gauche en course, n’est-ce pas un handicap ? C’est plutôt un risque... Cela me donne l’obligation de mobiliser sur mon nom dès le premier tour, si l’on veut que la gauche soit au second tour. Je ne veux pas que le 22 avril 2007 ressemble au 21 avril
2002 ! J’aurais préféré les soutiens des écologistes dès le premier tour, d’autant qu’on ne peut avoir de doutes sur mon engagement écologiste. D’ailleurs, ils le reconnaissent eux-mêmes... Je comprends qu’ils aient envie de se compter mais cela n’aurait pas été indigne pour eux de me soutenir au premier tour. C’est un risque pour moi bien sûr avec la dispersion des voix à gauche.
Que penser du clivage droite-gauche ? J’ai affirmé ma liberté pas par rapport à tel ou tel parti mais globalement parce que c’est l’essence même de l’élection présidentielle. Je veux maintenant dans cette nouvelle phase de campagne me tourner vers les Français. Je ne veux pas que leur vote soit instrumentalisé. Le pouvoir d’achat, ce n’est pas un problème de droite ou de gauche direz-vous. En revanche, il a une façon de droite ou de gauche de résoudre les problèmes. Ecole, logement : là, les Français vont pouvoir choisir et je veux qu’ils puissent choisir en toute conscience le modèle de société qu’ils pensent le plus efficace.
ll y a eu cette annonce surprise de la VI e République. Peut-on en attendre d’autres ? Je ne m’interdis rien ! Je reprends ma liberté totale, parce que dans cette dernière ligne droite, je suis maintenant en dialogue direct avec les Français. C’est l’aboutissement d’un long cheminement, d’une maturation lente, de tout ce que j’ai dit, de tout ce que j’ai compris des priorités qui sont les miennes. J’ai compris aussi ce que les Français ne voulaient plus. Ils sentent que le système politique français est à bout de souffle et qu’il a besoin d’un changement profond. C’est pour cela que j’ai entamé un travail en profondeur... J’avais confié à des élus des rapports sur la démocratie parlementaire, participative, sociale et territoriale et la nouvelle vague de décentralisation à laquelle je tiens beaucoup. J’ai entre les mains la totalité des analyses. Le contenu de la réforme institutionnelle est là. Il est prêt. J’avais dit que si nous arrivions à maîtriser les mutations à accomplir, la façon dont on peut projeter la France dans le siècle qui vient et en particulier en la sortant de l’archaïsme des relations sociales, un élément de déblocage de la machine économique, à ce moment-là, ce serait la VI e République.
Les règles du jeu ? Il y a un changement important dans la réforme institutionnelle que je propose. Il faut diminuer le côté un peu monarchique du système et surtout réaliser l’impartialité de l’Etat. Il est temps de faire une vraie séparation des pouvoirs. Le président de la République ne sera plus ainsi le président du Conseil supérieur de la magistrature. Il sera tenu de rendre des comptes tous les ans devant l’Assemblée nationale. Et dès lors qu’il y aura référendum, il n’y aura pas d’Assemblée constituante. Il y aura bien sûr un débat à l’Assemblée sur le contenu du texte qui sera soumis à référendum...
Les axes du changement ? Il y aura un meilleur équilibre au profit du Parlement mais avec aussi des contre-pouvoirs grâce à la démocratie participative et ce sera la même chose sur la décentralisation. Là aussi, on est dans un système du gagnant-gagnant, du donnant-donnant notamment dans le pouvoir de contrôle de l’application des lois. Il y aura la liberté de débattre jusqu’au bout puisque le 49-3 sera supprimé, et enfin, les parlementaires feront leur travail à plein-temps, puisque le cumul des mandats sera supprimé. Il y aura de la démocratie participative à tous les échelons puisque parallèlement, il y a le référendum d’initiative populaire, qui permet aussi au citoyen de se faire entendre...
Vous parlez d’une logique de compromis ? Je suis dans des logiquess positives, de cercle vertueux. Je pense que la France doit sortir de cette culture de l’affrontement, qui la mine, qui la ralentit. Dans les entreprises par exemple, il faut entrer dans des logiques de compromis, de dialogue social positif. Cela ne sert à rien de nier les confrontations d’intérêt. Il y en a. Mais je puis vous dire que le travail que j’ai eu en tête à tête avec les grandes organisations syndicales m’a laissée très optimiste parce que les choses peuvent bouger assez rapidement et que l’on peut se moderniser, à l’instar de ce qu’ont fait d’autres pays qui s’en sont bien sortis, comme la Finlande ou la Suède.
Et la régionalisation ? Il y aura une nouvelle vague. Il faut éviter les doublons, ce sont des pertes de temps, d’argent. Je veux ainsi rapprocher tous les services de l’Etat dans les régions qui auront des moyens. Elles seront responsables de la remise à niveau des universités, qui auront beaucoup plus d’autonomie. Elles devront régler les problèmes de logement pour les jeunes, qu’ils soient travailleurs ou étudiants. Il faut aussi que les régions coopèrent.
Vous supprimez le département ? C’est irréalisable. Et démagogique. Cela mettrait une belle pagaille. Qui d’autre saurait, comme le font les départements, régler toutes les aides sociales, le RMI, le problème des personnes âgées, des collèges. Ceux qui proposent la suppression, c’est de la démagogie... En revanche, il faut là aussi éviter les doublons. Beaucoup d’argent est gaspillé. Mais cela ne sera pas facile.
Votre sentiment sur la colère des enseignants. Ce qu’ils demandent d’abord, c’est la reconnaissance ! Ils se sentent petit à petit dévalorisés, concurrencés par des médias multiples. Plus il y a d’émetteurs d’information et plus l’école doit revenir au centre du système pour transmettre les savoirs fondamentaux et l’esprit critique... Les enseignants sont aussi mécontents parce que la droite a supprimé énormément de moyens à l’Education nationale : 50.000 aides éducateurs ont disparu, cela fait beaucoup de dégâts là où il y avait des problèmes de violence. La suppression des emplois non-enseignants a aussi aggravé les conditions de travail des enseignants... Je rétablirai, cet été, tous les moyens qui ont été supprimés sur l’ensemble du territoire, y compris les postes d’aides éducateurs par le biais des emplois tremplins. Les enseignants pourront préparer tranquillement leur rentrée et les parents d’élèves aussi... J’arrêterai d’accabler les enseignants avec une énième réforme de l’Education nationale. Cela suffit... Je veux tout faire pour faire reculer l’échec scolaire.
Vos chances de victoire ? Je les évalue « bonnes » ! Maintenant, à moi de convaincre, sur le terrain. Je sens une forte mobilisation sur le territoire. Les militants m’ont demandé de reprendre ma liberté. J’ai reçu des millions de messages disant « Ségolène, reprends ta liberté. Retrouvons notre Ségolène d’avant ! »... J’ai la chance d’être appuyée sur un parti. J’ai la chance d’en faire partie. Mais, dans une élection présidentielle, il faut à un moment s’affranchir de cela. Les citoyens qui voteront pour moi ne seront pas seulement socialistes. Je veux dire encore ceci : mon élection ne sera pas un vote de revanche de la gauche contre la droite, ce sera un vote de dépassement, un vote pour aller en avant !
Propos recueillis par Catherine Magueur. 21/03/2007