Jeudi soir à Dunkerque (Nord), Ségolène Royal a semblé renoncer à ce programme, en annonçant qu’elle « n’engagerait pas la construction d’un deuxième porte-avions ». Mais elle a aussitôt précisé que « cet équipement doit se faire dans le cadre de l’émergence d’une défense européenne et doit devenir un chantier européen ». Propos qu’elle a réitérés, hier, lors d’un déplacement à Strasbourg.
Une « coopération européenne »
Hier, la candidate socialiste a reçu le soutien de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense, qui a , lui aussi, estimé , que la construction d ’ un deuxième porte-avions était « loin d ’ être la priorité en matière de défense ». Face aux réactions suscitées par ces propos, le premier secrétaire du PS, François Hollande, a précisé, hier, à Limoges qu'« un deuxième porte-avions doit entrer dans le cadre d’une coopération européenne ». « Cela ne peut pas être une opération franco-française », a-t-il insisté. Une réplique au candidat UMP Nicolas Sarkozy qui, en déplacement à la Réunion, avait qualifié plus tôt d'« idée curieuse » le refus d’un deuxième porte-avions. Le candidat de l’UMP, qui s’était montré réservé sur la nécessité d’un tel programme, dont le coût global devrait atteindre 2 à 3 milliards d’euros, s’y était rallié le 7 février dernier à Toulon. Le candidat UDF François Bayrou soutient également l’idée d’un deuxième bâtiment, tout en soulignant qu'« il faut le faire avec les Anglais ». L’unique porte-avions français, le Charles-de-Gaulle, sera immobilisé pendant 18 mois à partir de l’été prochain pour des opérations d’entretien et de réparations.
« On construit un bateau militaire pour des raisons de politique de Défense et non pas pour donner du travail aux gens », a déclaré, hier soir, le maire PS de Brest, François Cuillandre. « Compte tenu des longues périodes d’indisponibilité d’un tel bâtiment, la logique militaire aurait voulu qu’on construise ce second porte-avions dans la foulée du premier. Aucun gouvernement ne l’a fait, c’est ainsi, mais le fait que l’actuel ait renoncé à la propulsion nucléaire pour ce second porte-avions n’a pas simplifié les choses... Quand Ségolène dit que ce porte-avions ne pourrait être construit qu’au niveau de l’Europe, elle ne dit pas autre chose que Michèle Alliot-Marie depuis quatre ans... Ceci dit, j’aurais préféré qu’elle s’exprime sur ces questions-là, non pas au détour de propos sur l’éducation mais dans le cadre d’un véritable discours sur la défense. »
Ségolène Royal a voulu faire plaisir aux profs. Certains marins ont, quant à eux, peut-être mangé leurs casquettes ou leurs pompons. En attendant, il a fallu ramer, hier, chez les socialistes pour rectifier le tir, pour faire comprendre que la candidate, certes, préférerait mettre de l’argent dans l’éducation plutôt que dans un porte-avions... ce qui ne voulait pas dire qu’elle disait « non » au porte-avions... mais que, s’il y en avait un, il ne pourrait qu’être européen... C’est clair ? « Le porte-avions de Sarko n’est pas plus crédible que le non-porte-avions de Ségo ! Vous savez, nous sommes en période d’élections alors !!! », commentait, hier, un homme qui connaît bien le dossier.
Les équipes continuent à travailler
Chez les industriels, cela ne change rien à la donne : les équipes continuent à travailler sur le projet, comme si de rien n’était... Un malin marin soulignait, hier, que dans le fond, tout cela n’était pas mauvais pour la Marine. « Pas besoin de faire de pub. Tout le monde parle du porte-avions ! » Et de la nécessité d’en avoir un second...