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Présidentielle 2007 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Agriculture. La ville dévore la campagne

Des routes qui déroulent leur bitume, des lotissements qui fleurissent, des zones d'activité qui se développent... La ville avance et grignote la campagne. 5.000 hectares de terres agricoles sont avalés chaque année en Bretagne, et les agriculteurs eux-mêmes, de moins en moins nombreux, pèsent de moins en moins lourd sur le plan politique. Difficile pour eux, désormais, de se faire entendre.

Les récentes élections aux chambres d'agriculture l'ont démontré. L'urbanisation galopante constitue une préoccupation majeure du monde agricole. « Certains élus ont la volonté de défendre le développement agricole, d'autres beaucoup moins, s'inquiète Philippe Prigent, chargé du dossier des structures et du foncier à la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor. Il faut rationaliser tout cela, fixer de nouvelles règles du jeu, peut-être en légiférant. »

Demande de concertation
Les grandes villes saturent. Les couronnes se développent autour des grandes agglomérations. Mais les responsables de l'agriculture bretonne le disent haut et fort : ils ne sont pas opposés au développement des constructions de maisons et d'infrastructures dans les communes. Ils revendiquent seulement la concertation avec l'administration et les collectivités en amont des schémas d'urbanisation.

Délocalisation d'exploitations
« Après, c'est trop tard, on se retrouve au pied du mur, impuissants », commentent Raymond Marrec et son épouse Françoise, éleveurs laitiers à Landerneau (29). Le tracé de la rocade sud a amputé leur exploitation du tiers des surfaces de pâturage des troupeaux en 1989. Aujourd'hui, c'est une prairie en location, où paissent les charolaises, qui vient de passer en zone constructible. Avec l'appui de la chambre d'agriculture, ils viennent de trouver difficilement un accord avec la communauté de communes pour délocaliser leur exploitation à 4 km de là, sur la commune de Dirinon.

Intenable pression foncière
À Lannion-Servel (22), Jean-Yves Damany ne décolère pas. Depuis 20 ans, son exploitation laitière a été réduite de 15 hectares. Aujourd'hui, avec l'allongement de la piste de l'aéroport et l'extension de la proche zone d'activité, quelques hectares vont encore sauter. « J'aurais pu acheter un terrain voisin de deux hectares au prix des terres agricoles, entre 4.000 et 5.000 euros l'hectare, lâche-t-il. Un promoteur l'a acquis au prix de 300.000 euros, on ne peut pas lutter. » À Plouharnel (56), sur la zone côtière entre Carnac et Saint-Pierre Quiberon, un autre producteur laitier, Yannick Dréan, loue 80 parcelles à une cinquantaine de propriétaires. Impossible d'acheter avec une pression foncière qui ne cesse d'enfler.

Économiser le foncier
À Lannion, Jean-Jacques Montfort, le directeur de la communauté d'agglomération Trégor-Goëlo, travaille avec la chambre d'agriculture sur l'élaboration d'un programme local d'habitat. Dans les temps à venir, les lotissements verront les parcelles de 1.000 m² descendre plutôt à 600 m². « On économisera le foncier avec le contingentement du logement social, et on créera moins de zones pavillonnaires, avec davantage de collectif et de semi-collectif avec le vieillissement de la population. »

Quel terrain d'entente ?
Dans le Finistère, la chambre d'agriculture a signé fin 2006 avec le préfet, le conseil général et les collectivités locales une charte pour une reconnaissance partagée de l'agriculture dans l'aménagement du territoire. « L'objectif est d'anticiper et d'aider la délocalisation des exploitations, en conservant leur potentiel économique », précise Marie-Hélène Philippe, ingénieur au bureau d'études de la chambre d'agriculture du Finistère. Pas toujours facile de trouver un terrain d'entente.
Un sociologue. « Le monde rural s'est entièrement recomposé »
Les agriculteurs sont devenus minoritaires, même dans le monde rural. Le sociologue costarmoricain Rémy Le Duigou en explique les raisons et les conséquences.
Quel est le poids des agriculteurs au sein de la population française ?
Ils représentaient 33 % des actifs en 1946, ils ne pèsent plus qu'autour de 3 % aujourd'hui, 8 % si l'on ajoute les retraités de l'agriculture. Au sein du monde rural lui-même, ils ne représentent plus que 21 % de la population. Au fil des années, nous avons assisté à une considérable recomposition sociologique et démographique du monde rural. Le coût élevé du logement dans les villes a fait que beaucoup de gens sont venus habiter la campagne. Certains d'entre eux ont fait un choix de vie, mais pas tous, et ces néoruraux peuvent avoir une vision différente, parfois passéiste et nostalgique, du monde rural.

Et politiquement, que représentent-ils aujourd'hui ?
C'est la même chose. Notamment dans les conseils municipaux et autres assemblées politiques, où la présence des agriculteurs a baissé de façon spectaculaire. En 1970, dans le monde rural, trois maires sur quatre étaient des agriculteurs ; il n'y en a plus qu'un sur quatre aujourd'hui, soit 7.000 à 8.000 pour quelque 32.000 communes rurales. Les autres maires ruraux peuvent être des retraités de l'agriculture, dont le point de vue sur l'activité agricole a parfois évolué, mais on va retrouver surtout des employés, des enseignants, des professions intermédiaires, qui veulent apporter des idées nouvelles et qui ont une conception différente de la gestion de l'espace rural. En modernisant leurs exploitations, les agriculteurs ont privilégié un engagement dans les organisations professionnelles, alors que pendant ce temps-là, la décentralisation a accordé plus de pouvoir aux conseils municipaux, par exemple sur les extensions d'élevage.

Les agriculteurs ont souvent l'impression d'être lâchés par les politiques, qu'en pensez-vous ?
Devenus minoritaires, les agriculteurs pensent que les politiques s'occupent moins d'eux. Que pèse aujourd'hui le petit million d'agriculteurs face aux chômeurs, aux enseignants, aux fonctionnaires, et autres catégories sociales ? Ils se sentent délaissés, incompris, mal-aimés.

Yves Drévillon, le 17/02


Portée par la hausse des prix dans les centres urbains, la ville avance et grignote chaque jour de nouvelles terres agricoles. Comme ici à Landerneau (29), où les vaches seront bientôt remplacées par de nouvelles constructions. (Photo Y.D.)
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