Les récentes élections aux chambres d'agriculture l'ont démontré. L'urbanisation galopante constitue une préoccupation majeure du monde agricole. « Certains élus ont la volonté de défendre le développement agricole, d'autres beaucoup moins, s'inquiète Philippe Prigent, chargé du dossier des structures et du foncier à la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor. Il faut rationaliser tout cela, fixer de nouvelles règles du jeu, peut-être en légiférant. »
Demande de concertationLes grandes villes saturent. Les couronnes se développent autour des grandes agglomérations. Mais les responsables de l'agriculture bretonne le disent haut et fort : ils ne sont pas opposés au développement des constructions de maisons et d'infrastructures dans les communes. Ils revendiquent seulement la concertation avec l'administration et les collectivités en amont des schémas d'urbanisation.
Délocalisation d'exploitations« Après, c'est trop tard, on se retrouve au pied du mur, impuissants », commentent Raymond Marrec et son épouse Françoise, éleveurs laitiers à Landerneau (29). Le tracé de la rocade sud a amputé leur exploitation du tiers des surfaces de pâturage des troupeaux en 1989. Aujourd'hui, c'est une prairie en location, où paissent les charolaises, qui vient de passer en zone constructible. Avec l'appui de la chambre d'agriculture, ils viennent de trouver difficilement un accord avec la communauté de communes pour délocaliser leur exploitation à 4 km de là, sur la commune de Dirinon.
Intenable pression foncièreÀ Lannion-Servel (22), Jean-Yves Damany ne décolère pas. Depuis 20 ans, son exploitation laitière a été réduite de 15 hectares. Aujourd'hui, avec l'allongement de la piste de l'aéroport et l'extension de la proche zone d'activité, quelques hectares vont encore sauter. « J'aurais pu acheter un terrain voisin de deux hectares au prix des terres agricoles, entre 4.000 et 5.000 euros l'hectare, lâche-t-il. Un promoteur l'a acquis au prix de 300.000 euros, on ne peut pas lutter. » À Plouharnel (56), sur la zone côtière entre Carnac et Saint-Pierre Quiberon, un autre producteur laitier, Yannick Dréan, loue 80 parcelles à une cinquantaine de propriétaires. Impossible d'acheter avec une pression foncière qui ne cesse d'enfler.
Économiser le foncierÀ Lannion, Jean-Jacques Montfort, le directeur de la communauté d'agglomération Trégor-Goëlo, travaille avec la chambre d'agriculture sur l'élaboration d'un programme local d'habitat. Dans les temps à venir, les lotissements verront les parcelles de 1.000 m² descendre plutôt à 600 m². « On économisera le foncier avec le contingentement du logement social, et on créera moins de zones pavillonnaires, avec davantage de collectif et de semi-collectif avec le vieillissement de la population. »
Quel terrain d'entente ?Dans le Finistère, la chambre d'agriculture a signé fin 2006 avec le préfet, le conseil général et les collectivités locales une charte pour une reconnaissance partagée de l'agriculture dans l'aménagement du territoire. « L'objectif est d'anticiper et d'aider la délocalisation des exploitations, en conservant leur potentiel économique », précise Marie-Hélène Philippe, ingénieur au bureau d'études de la chambre d'agriculture du Finistère. Pas toujours facile de trouver un terrain d'entente.
Les agriculteurs sont devenus minoritaires, même dans le monde rural. Le sociologue costarmoricain Rémy Le Duigou en explique les raisons et les conséquences.