Le taux de croissance décevant de 2 % enregistré par l’économie française en 2006 pourrait, à lui seul, résumer les handicaps d’un pays qui ne sait pas exploiter ses atouts. Inférieur aux prévisions mais surtout à ceux de pays européens comparables, ce résultat éclaire la principale faiblesse que constituent les exportations et ses conséquences, un chômage atypique, un endettement préoccupant.
Une croissance encore trop faible
Sur le tableau de bord de la conjoncture pré-électorale, deux cadrans affichent des aiguilles dans la zone positive. C’est d’abord celui du chômage dont la baisse statistique a été de 10 % au cours de la seule année 2006 ; à 8,6 % de la population active, le taux officiel retrouve son niveau de juin 2001. L’autre cadran positif est celui du déficit du budget de l’Etat qui est descendu à 2,7 % du PIB, en-deçà du fameux critère de Maastricht à 3 % du PIB. Le mérite en revient au gouvernement Villepin et à son ministre des Finances, Thierry Breton, qui ont su tirer parti d’une conjoncture favorable pour les recettes de l’Etat. Le cadran le plus important - comparable à celui qui indique le régime du moteur d’une automobile - est morne. Etablie à 2 %, la progression des richesses produites en un an par les Français n’est certes pas négligeable. Mais elle est inférieure de 0,5 point à ce que le gouvernement espérait ; elle est surtout inférieure à la moyenne européenne qui est de 2,9 % et notamment à celle des Allemands (+ 2,7 %) et des Espagnols (+ 3,8 %). Un taux de croissance insuffisant a deux conséquences : il interdit un financement spontané des programmes présidentiels de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal ; il ne permet pas la réduction automatique de la dette publique.
Les exportations en déclin
Pourquoi une croissance relativement maussade ? Essentiellement à cause de l’affaissement, très préoccupant, de nos capacités d’exportation. S’il fallait une seule courbe pour illustrer le thème du déclin de la France, ce serait celle qui montre la chute vertigineuse, depuis 1992, de la part des marchandises et services tricolores dans les échanges mondiaux : 6,5 % de « made in France » il y a quatorze ans, moins de 2 % aujourd’hui. Evoquer un déclassement industriel n’est pas exagéré car, si le luxe et l’agroalimentaire sont toujours appréciés à l’étranger, les biens d’équipements, les services et technologies à haute valeur ajoutée consacrent une inadaptation au monde tel qu’il est : globalisé et en demande d’innovation. Soumise aux mêmes contraintes pétrolières que nous, l’Allemagne se réjouit d’une différence positive de 162 milliards entre ses exportations et ses importations tandis que la France s’afflige, elle, d’un solde négatif de 30 milliards. D’où, d’ailleurs, le bond en avant de la croissance allemande.
Pas assez de grosses PME innovantes
Trois raisons expliquent le décrochage de la France dans la compétition mondiale. L’une est structurelle : il n’y a pas suffisamment de grosses PME innovantes employant entre 50 et 500 salariés hautement qualifiés. L’autre est traditionnelle : le secteur privé n’investit pas assez dans la recherche et le développement. La troisième est liée au poids de la dette qui rétrécit les marges de manœuvre : l’Etat n’a pas plus les moyens de développer une recherche publique digne d’une grande puissance. Faute d’innovation, d’exportations, et de croissance, le taux d’emploi des Français est le plus bas d’Europe. Le vrai chômage coûte plus de 75 milliards par an au pays. D’ooù les déficits, l’endettement public et la paralysie progressive de la puissance publique.