20 h 20. Ségolène peut entrer en scène. Partout, des hurlements « Ségolène, Présidente ! », « Ségolène, Présidente ! ». Elle sourit. Elle apprécie. Ça lui fait visiblement plaisir de voir devant elle la famille de « la gauche rassemblée ». « Merci d’être là si nombreux, dit-elle, et si déterminés. Et comme disent les rappeurs : " Paris est dans la place ! ", eh bien, moi aussi, je suis là ! ».
« Un souffle, une vague »
Elle n’a pas fait de cadeau à « ceux d’en face » qui l’avaient déjà congédiée. Elle est là et bien là, et elle a bien l’intention d’y rester. Hier soir, elle sentait, dit-elle, « un souffle, une vague ». On lui a reproché d’avoir donné la parole au peuple et de l’avoir écouté longtemps dans cette campagne. « C’est aussi pour cela que, contre vents et marées, j’ai tenu bon pour que ma campagne soit participative ». « Et puisque vous avez pris la parole, a-t-elle ajouté, dans tous ces débats, je vous demande de la garder ! ». Applaudissements. Ce qu’elle a aussi expliqué avec beaucoup d’ardeur, c’est que ces débats ont permis de « construire les fondations de notre maison commune ». Selon elle, c’est pour cela qu’elle est solide, c’est pour cela qu’elle va tenir. Et, prévient-elle, « aucune tempête ne l’abattra ! ». Ce qu’elle veut ? C’est bien construire la maison France. Et donc rendez-vous dimanche à Montreuil pour prendre les plans de la maison France que « nous allons bâtir ensemble ».
Pas de « trou d’air »
Tout avait commencé dans un Paris gris en fin d’après-midi. Mais le gymnase Georges Carpentier avait rapidement pris de la couleur. 18 h 30. Du violet, du rose, celui des jeunes de « la Ségosphère.fr », du blanc, du rouge, celui des drapeaux des MJS qui exhibent sur leurs tee-shirts « Nous sommes fiers d’être socialistes ». Les militants sont de tous âges. Ils sont tous venus voir et soutenir leur candidate. Ils sont venus dire qu’ils n’étaient pas d’accord, qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on parlait de « trou d’air » dans la campagne de Ségolène. Hier soir, de trou d’air, il n’y en avait pas. 19 h. Les éléphants sont arrivés à la queue leu leu. Jean-Marc Ayrault, Bernard Kouchner, qui papotait doucement avec un proche de Ségolène, Jean-Louis Bianco. DSK s’est fait remarquer. Emmanuelli souriait presque. Elles n’étaient pas ses copines, elles le sont devenues. Hier, Elisabeth Guigou, Catherine Trautmann s’affichaient au premier rang, devant la tribune. Marylise Lebranchu, quant à elle, n’avait pas d’état d’âme non plus : elle a choisi franchement Ségolène. Dans le gymnase, Jack Lang fait quelques acrobaties pour expliquer que « la phase d’écoute, c’est terminé. Désormais, dit-il avec ardeur et entrain, nous entrons dans une nouvelle période d’offensive et de rassemblement ».
Un absent et des stars
Elle est finalement jolie la photo du Parti socialiste, des chevènementistes aussi réunis. Il est vrai qu’il était temps de passer au combat, de passer à l’attaque, il était temps de serrer les rangs. Il n’y avait qu’un absent, un absent de poids : Lionel Jospin. 19 h 30. Des cris et l’hystérie. C’est elle, c’est lui. Ségolène avance, Bertrand Delanoë et l’artiste Philippe Torreton à ses côtés. Bertrand Delanoë n’aura aucune difficulté à faire siffler Sarkozy par un public tout à fait conquis, un Sarkozy qui, selon le maire de Paris, « se voit déjà en haut de l’affiche ». Philippe Torreton, quant à lui, s’est adressé à Ségolène en la tutoyant. S’il était là, hier soir, a-t-il précisé, « c’est que j’ai l’espoir d’une autre politique, une politique qui ne nous insulte pas, qui ne joue pas avec la peur ». « Cette politique que j’espère, tu l’incarnes, chère Ségolène, en allant à l’écoute des Français (...) Continue telle que tu es ! », a-t-il conclu. Torreton a fait un tabac. Une autre star en allait faire aussi. Il est 20 h 20. Ségolène peut entrer en scène.
Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy d’emprunter ses slogans « à la droite américaine de l’époque du Vietnam ou à la dictature brésilienne », et de n’être que le candidat d’une droite « qui se bushise ». A l’avant-veille de la journée nationale de grève des fonctionnaires (lire en page 5), la candidate du PS a également montré du doigt la proposition de son rival UMP de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, dénonçant un « dénigrement permanent » de la fonction publique par la droite. Demain, « à l’appel de tous leurs syndicats, les fonctionnaires se feront entendre dans le pays. Leurs inquiétudes sont fondées », a souligné Ségolène Royal.
Face à la promesse du candidat UMP à la présidentielle , Nicolas Sarkozy , de réduire nettement le taux de prélèvements obligatoires, des voix s ’ élèvent pour défendre l ’ impôt et son rôle de levier économique autant que son aspect redistributif.
Une pétition intitulée « Pourquoi nous consentons à l ’ impôt » , à l ’ initiative du mensuel Alternatives économiques, a été lancée , hier, sur internet (*) . Selon le journal, e lle a été signée par des personnalités, dont beaucoup sont classées plutôt à gauche ou au centre . Parmi c es signataires, des économistes comme Philippe Askenazy (E cole Normale Supérieure) ou le directeur des études de Dexia , Anton Brender, quelques chefs d ’ entreprises, beaucoup d ’ universitaires et encore Jacques Delors , ancien président de la Commission européenne .
Un « gage de justice et de dynamisme »
« Nous consentons à l ’ impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l ’ insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l ’ éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l ’ environnement » , assurent -ils. Les « dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme » , ajoute le texte soutenu en une par le quotidien Libération. L’ un de ses initiateurs, le directeur de la rédaction d ’ Alternatives économiques , Philippe Frémeaux , a expliqué que l’ idée était « née de la polémique autour des propos de François Hollande » d ’ augmenter les impôts de ceux qui gagnent plus de 4.000 euros nets par mois , et des propositions de Nicolas Sarkozy de réduire de quatre points les prélèvements obligatoires et l ’ impôt sur les successions pour les plus aisés .
L’intérêt public
Ces déclarations politiques ont relancé un débat gauche-droite sur la fiscalité, qui s ’ était cristallisé autour de l ’ exil en Suisse de Johnny Hallyday pour échapper à l ’ impôt. « Il nous a semblé nécessaire de remettre un peu de sens de l ’ intérêt public dans cette affaire » , souligne Philippe Frémeaux. Il rappelle que les impôts financent « des dépenses publiques qui, de toute évidence, profitent à tous » .
« Vive l ’ impôt ! »
Si, à 44 % du produit intérieur brut, le taux de prélèvements obligatoire s est supérieur en France à la moyenne européenne, « on en a globalement pour notre argent » , juge-t-il . Le principe de l' « impôt citoyen » défendu par la pétition est aussi au centre d ’ un essai que vient de publier sous le titre « Vive l ’ impôt ! » , l ’ économiste Liêm Hoang-Ngoc, professeur à la Sorbonne et proche du Parti socialiste. Il y récuse le postulat selon lequel baisse des impôts rimerait avec efficacité économique et défend le projet socialiste d ’ une fusion entre la contribution sociale généralisée et l ’ impôt sur le revenu. La défense de l ’ impôt a rencontré un écho dans l ’ opinion. Selon un récent sondage, la proposition du premier secrétaire du P S d ’ augmenter les impôts des plus aisés est soutenue par 57 % des Français.
(*) Hier en fin d’après-midi, plus de 5.000 personnes avaient signé la pétition