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Présidentielle 2007 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Royal aux Antilles. Le moral au beau fixe

Ségolène Royal a achevé hier un voyage de trois jours aux Antilles. Elle s’ est efforcée de reprendre la main face aux attaques de la droite métropolitaine, s ’ affichant en combattante politique avec les valeurs de la gauche en bandoulière.

L’offensive de la droite «m’ a mise à l’épreuve, c’est une étape, il y a encore du temps » d’ ici le vote d’avril-mai, a indiqué Ségolène Royal depuis les Antilles. Elle a répété qu ’ elle est « une femme debout » , que « la victoire est irrésistible » , et même, en créole : « Nou kay cassé çà » (on va tout casser !) A travers la démocratie participative, « j ’ ai posé mes fondations, donc ma maison sera solide. C ’ est comme un arbre qui étend ses racines. Après, la plante peut s ’ élever vers le ciel » , a-t-elle expliqué.
« Le rassemblement qui a commencé »
A presque chaque étape de son voyage, sans fausse note, la candidate à l ’ Elysée s ’ est présentée en championne d ’ une « France métissée » . Le propos, dessinant une conception de la République « qui ouvre les bras à tous ses enfants » , allait bien au-delà des Caraïbes. Multipliant les hommages aux figures locales de la lutte contre l ’ esclavagisme, Ségolène Royal a dénoncé « une lecture révisionniste de l ’ histoire, dont une certaine droite s ’ est fait une spécialité » et « la confusion insupportable des valeurs » consistant à « mettre sur le même plan les croisades et Valmy, le Moyen Age et la Révolution française » . Ces diatribes ont assuré le succès de ses réunions. La candidate socialiste peut se targuer d ’ avoir fédéré presque toute la gauche antillaise derrière elle. Seul le président indépendantiste de la région Martinique, Alfred Marie-Jeanne, qu ’ elle a rencontré comme tous les « grands élus », est resté à l ’ écart de ce mouvement. « Ici, c ’ est le symbole du rassemblement qu ’ elle a commencé dans l ’ Hexagone » , a assuré François Rebsamen , le directeur de campagne de Ségolène Royal .
Beaucoup de promesses
En 2002, la gauche n ’ était pas parvenue à mobiliser l ’ électorat (environ 630.000 inscrits) sur ces terres qui lui sont favorables : la participation avait à peine atteint 40 % et en Guadeloupe, Lionel Jospin n ’ était arrivé que troisième, derrière la députée PRG de Guyane Christiane Taubira et Jacques Chirac. Pour conquérir cet électorat, elle a beaucoup promis : apurement des dettes locales de l ’ Etat, plan de relance des investissements publics et du logement social en particulier, « préférence régionale » réservant aux Antillais une part des postes pourvus par concours administratifs... Quant à l ’ accord de la candidate pour le « congé de solidarité » en Martinique et Guadeloupe (financement de préretraites à 55 ans moyennant l ’ embauche de jeunes), il contredit le discours national du PS sur le maintien dans l ’ emploi des seniors.
Le temps se gâte !
La candidate socialiste s’en rend-elle bien compte ? Alors qu’elle prenait un dernier bain de foule à la Guadeloupe et s’apprêtait à reprendre l’avion vers l’Hexagone, les oreilles encore bourdonnantes des acclamations des Antillais et surtout des mots « confiance » et « espérance » que lui avait murmurés le poète Aimé Cesaire, Paris ne bruissait que de méchantes rumeurs sur sa chute annoncée. Ce qui arrive à Ségolène Royal est apparemment plus grave qu’un mauvais sondage de plus, publié par Le Parisien/Aujourd’hui dimanche et montrant que, si les Français trouvent la candidate socialiste plus « moderne », ils jugent la campagne de son adversaire Nicolas Sarkozy plus « solide », plus « précise » et plus « crédible ». Signe que la puissante campagne UMP est efficace.
Retour de machisme
Malencontreuse coïncidence pour Ségolène Royal : hier, justement, deux écrivains célèbres et prétendument de gauche reprenaient les critiques que lui adressaient il y a quelques semaines ses « chers camarades » et rivaux Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. D’un ton chagrin, Bernard Henri-Lévy confie dans Le Parisien « J’ai été l’un des premiers à saluer son surgissement... Six mois après, avec la meilleure des bonnes volontés, il est difficile de ne pas se poser de questions... ». Philippe Sollers, lui, choisit plutôt la raillerie : dans son « journal du mois » du Journal du Dimanche, il intitule chacun de ses paragraphes par un mot finissant en « tude » : « Ennuitude », « Ségolitude », « fumitude », etc. « Nous assistons, s’inquiète la fondatrice du MLF, Antoinette Fouque, à un retour en force du machisme ou du " virilisme " en politique ! »
Craintes féministes
Du coup, les femmes qui soutenaient et soutiennent encore Ségolène Royal prennent peur : et si la favorite d’hier était en voie de « cressonisation » ? Si nous allions en reprendre, nous les femmes, pour trente ans ? D’autant qu’à gauche, Martine Aubry paraît en sérieuse difficulté tandis qu’à droite, Michèle Alliot-Marie et Françoise de Panafieu n’ont pas réussi à s’imposer. Durant tout le week-end, le téléphone a fonctionné : entre élues, dirigeantes d’associations, ex-ministres, simples militantes... Aucune, hier soir, n’avait réussi à trouver une raison d’espérer un redressement spectaculaire de la candidate socialiste. La plupart confiaient leur consternation devant l’absence d’organisation et de programme, les gaffes, voulues ou pas, de son compagnon François Hollande, et enfin la « légèreté » de la candidate. Ensemble, toutes ces « Ségolistes » pleuraient leurs espérances presque passées : « On y avait tellement cru ! Elle avait un tel rayonnement ! Et elle avait le courage de s’attaquer à des tabous comme la carte scolaire ».
Semaine décisive
Ségolène Royal parle toujours un langage différent. Le problème est qu’elle ne convainc pas. Hier soir, donc, à 18 h, les espoirs reposaient sur les épaules de son directeur de campagne, le sage Jean-Louis Bianco. L’ancien secrétaire général de l’Elysée de Mitterrand était en effet l’invité d’Europe 1. Avec calmme, mais non sans pugnacité, Bianco s’est félicité du succès des débats participatifs, bientôt au nombre de 5.000. Ceux-ci marquent, selon lui, la différence entre Paris et la Province, qui serait, estime-t-il, « de notre côté ». « Sur le terrain, assure le président du Conseil général des Alpes de Haute Provence, les gens sont toujours aussi enthousiastes. » Après avoir balayé d’un mot une soi-disante « gaffe » de sa candidate, qui serait plutôt, d’après lui, une façon de « dire des choses qu’on entend tous les jours, par exemple sur la Corse », Bianco s’est attaché à démontrer la compétence de Ségolène Royal sur le dossier des sous-marins nucléaires ainsi que sur le nucléaire iranien : elle travaille, assure-t-il, entourée de généraux. « Rassurez-vous : elle est au niveau et elle le montrera. » La date clé serait, annonçait-il, le 11 février. Mais Ségolène Royal peut-elle encore faire attendre jusque-là ? C’est dès cette semaine que ses propres supporters espèrent, sinon un miracle, du moins un signe éclatant.
Débat électoral. Les lycéens s’imposent
Les lycéens, un an après avoir terrassé le CPE avec leurs aînés étudiants et syndicalistes, entendent se mêler au débat de la présidentielle, en interpellant les candidats sur leurs intentions face au fléau de la précarité qui affecte prioritairement les jeunes. « Quand on ne nous écoute pas, des mouvements comme la lutte anti-CPE surgissent, donc on attend que les politiques soient à l ’ écoute , prévient un lycéen avec un sourire en coin. Avant, beaucoup de jeunes se disaient que la politique était un autre monde, le CPE nous a rapproché s du syndicalisme et de la politique . » « Les jeunes ont pris conscience d ’ un pouvoir. Il y a eu la lutte contre le Pen en 2002, le CPE en 2006, je me dis maintenant que les jeunes sont experts de leur propre vie, il y a eu une véritable prise de conscience » , renchérit une ex-lycéenne , aujourd ’ hui étudiante dans un IUT de Grenoble. « Avant , on n ’ était pas vraiment consultés, on était les petits, tandis que maintenant on a un poids, sans être obligés de descendre dans la rue » , se félicite une lycéenne.
Défilés.
Une robe à l’effigie de Ségolène Royal. Le styliste italien Guillermo Mariotto a présenté hier à Rome , pour la maison Gattinoni une robe à l ’ effigie de la candidate socialiste à la présidence française lors des défilés de haute couture qui se déroulent du 27 au 30 janvier dans la ville éternelle. Au-dessous d ’ un petit bustier en paillettes bleu roi, la robe s ’ évase jusqu’au sol et offre en gros plan, sur un fond rouge et noir, le visage de Ségolène Royal stylisé à la manière des icônes de l ’ artiste américain Andy Warhol. Mariotto a dédié sa collection printemps-été 2007 à la femme moderne, « pas seulement des icônes du style comme ont pu l ’ être dans le passé Jackie Kennedy, mais de vraies protagonistes toujours sur le devant de la scène » . (Photo AFP)
Arlette Laguiller.
« Je ne pense pas que Jean-Marie Le Pen va être au deuxième tour ». La candidate de Lutte ouvrière à la présidentielle , Arlette Laguiller , a jugé hier que la France n ’ était « pas dans la même situation » qu ’ en 2002, ajoutant qu’ elle ne pensait pas que le président du Front national , Jean-Marie Le Pen, serait présent « au deuxième tour ». Arlette Laguiller a précisé avoir « un petit peu plus de 500 promesses » pour se présenter.
Dupont-Aignan.
Le « seul » candidat du non au référendum du 29 mai. A l’occasion d’un banquet suivi d’un meeting, l e candidat à la présidentielle Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République, a appelé hier « tous les Français qui ont voté non » à la Constitution européenne à se rassembler derrière lui. Dupont-Aignan, qui a claqué la porte de l ’ UMP, a fustigé les candidats Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, auxquels il prête l ’ intention de « bafouer le vote » du 29 mai. (Photo AFP)
Bernard Henri-Lévy.
« Jamais vu de campagne aussi médiocre ». La campagne présidentielle inspire au philosophe Bernard-Henri Lévy « un sentiment d’ abattement » dû au fait que « de toute (sa) vie », il n’ a « jamais vu campagne aussi médiocre » . Pour lui, à l’issue de l’ élection présidentielle, « la France garde sur la scène de l ’ Europe et du monde la place qui a longtemps été la sienne » ou bien « nous devenons une sorte d’autre Suisse ».

29/01/2007.


Ségolène Royal, après trois jours de voyage, estime être « une femme debout » malgré l’offensive de la droite. Elle estime avoir fédéré presque toute la gauche antillaise derrière elle. (Photo AFP)
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