On observe aujourd’hui un certain flottement autour de la candidature de Ségolène Royal. Certains parlent même d’un « trou d’air ». Si la chose devait être confirmée, cela serait-il favorable à votre candidature ? Dans toute campagne électorale, il y a des rythmes. Il y a quelques semaines, on parlait du « flottement » du candidat de l’UMP après la désignation de la candidate socialiste. Aujourd’hui, les choses se renversent un peu après le sacre coûteux de Nicolas Sarkozy à la Porte de Versailles. Concernant Ségolène Royal, il s’agit plus d’un trou d’air que d’un flottement. Ce qui est certain, c’est qu’il y a désormais une vraie faim de débat politique sur le fond. Ce moment est enfin venu. Il permettra de montrer que l’élection présidentielle est l’occasion de procéder à un vrai choix de société. Est-ce que l’on va simplement se battre à coups de slogans, « la rupture » contre « l’ordre juste », ou va-t-on, enfin, se décider à donner un contenu à cette campagne électorale ? Voilà la question qui se pose aujourd’hui.
Votre principal problème s’appelle Nicolas Hulot. N’est-il pas aujourd’hui le mieux placé pour porter le discours écologiste ? Mon principal problème n’est absolument pas Nicolas Hulot. Je ne peux pas être d’accord avec votre façon de formuler votre question. Mon problème est double. Il tient d’abord à l’absence d’appétit des grands médias pour les autres candidats que ceux qui sont d’ores et déjà annoncés comme devant être présents au second tour de la présidentielle. Mon autre problème tient au fait que, si les Français expriment leur intérêt réel pour l’écologie, ils perçoivent aussi la difficulté qu’il y a à avancer des idées courageuses dans un monde où les préoccupations écologistes sont souvent court-circuitées par un certain nombre de grands lobbies. Tous les jours, les choix effectués par les administrations et les ministères sont pris sous la pression des grandes compagnies de distribution de l’eau ou chargées de la propreté, des grandes entreprises de production d’électricité, de travaux publics ou des autoroutes. Aujourd’hui, nous devons prendre conscience du fait que des mesures marginales ne suffiront pas et que l’on ne fera pas une politique écologique sans les écologistes.
Les Verts, et vous-même, sont clairement engagés à gauche. Y a-t-il une écologie de droite et une écologie de gauche ? Ce débat a toujours existé. Il se trouve qu’il a été tranché à peu près partout en Europe. Partout, les partis écologistes ont fait le choix de s’allier à la gauche sur la base d’un contrat de gouvernement. C’est ce qui s’est passé en Allemagne, où Joschka Fischer n’a pas été cantonné au ministère de l’Environnement et où on a pris la décision lourde de sortir du nucléaire. Et cette décision a été confirmée par Angela Merkel, à ma grande satisfaction. Il faut le reconnaître : conduire concrètement une politique écologiste, cela reste difficile avec les partis traditionnels de la gauche parce qu’ils restent très productivistes et considèrent que tous les problèmes trouveront leur solution technique. Mais c’est pratiquement impossible avec les partis de droite qui sont capables de faire des discours vibrants à propos de la défense de l’environnement (on l’a vu avec le discours de Chirac à Johannesburg), mais qui, sur le terrain, satisfont toujours leur clientèle électorale.
Dans presque tous les sondages, les Verts apparaissent comme une formation sympathique. Mais vous donnez le sentiment d’être très indociles et très désorganisés. Que faut-il changer à votre mode de fonctionnement pour que la sympathie se transforme en intentions de vote ? Les Verts sont sympathiques et... compétents. Les électeurs hésitent de moins en moins à voter pour eux aux élections locales. On l’a vu aux élections municipales comme aux élections régionales. D’ailleurs, Nicolas Hulot ne manque jamais une occasion de rendre hommage au travail extrêmement concret et utile des Verts. A la présidentielle, c’est plus difficile, parce que chacun sait qu’il n’y aura que deux candidats présents au second tour. Cela dit, je ne conteste pas notre part de responsabilité. Nous avons parfois donné l’impression de ne pas aller à l’essentiel et de privilégier des débats internes incompréhensibles pour l’extérieur. Pour ma part, je considère qu’on a besoin d’un grand parti écologiste, avec 30.000, 50.000, voire 100.000 militants. Et je crois que beaucoup de gens sont prêts aujourd’hui à sauter le pas et à s’engager non plus seulement dans les associations mais aussi dans un vrai parti écologiste. Il nous appartient de faire en sorte que cette séquence électorale soit prolongée par une dynamique d’adhésions, permettant aux Verts de s’ouvrir et de mieux répondre aux défis qui les attendent.
Propos recueillis par Philippe Reinhard. 19/01/2007