7. Tous responsables !
La communauté scientifique a lancé hier un avertissement sans précédent sur l’ampleur du changement climatique et les dérèglements qu’ il suscitera. La responsabilité humaine dans le réchauffement de la planète ne fait plus aucun doute. Jacques Chirac a été l’un des premiers chefs d’Etat à réagir à ces conclusions, la France ayant organisé la réunion du Giec. Le président français a appelé « à la révolution des consciences, de l’économie (...) et de l’action politique ».
« Tout converge pour montrer la part essentielle de l’homme dans le réchauffement du climat » , a souligné hier à Paris Susan Solomon, présidente du groupe de travail scientifique du Giec. Jamais cette certitude, acquise à 90 %, n ’ avait été aussi forte depuis la création en 1988 par l ’ Onu de ce vaste réseau d ’ expertise mondiale. Sont ainsi directement mis en cause les gaz à effet de serre envoyés dans l ’ atmosphère par les sociétés énergivores en pétrole, gaz et charbon depuis le début de l ’ ère industrielle. Fruit des études croisées de plusieurs milliers de scientifiques, le pronostic du Giec aboutit à une perspective de +1,8 à +4° C d ’ ici la fin du siècle par rapport à la période 1980-1999 (lire par ailleurs). Le comportement humain en premier lieu La température moyenne de la Terre s ’ établit actuellement autour de 14° C, 14,54° C pour 2007 selon les chiffres de la météo britannique. Outre la hausse du thermomètre, celle du niveau des océans pourrait atteindre près de 60 cm, tandis que les experts jugent « très probable » que chaleurs extrêmes, vagues de chaleur et épisodes de fortes précipitations « continuent de devenir plus fréquents » . Or, « 40 cm en plus à la surface des océans, ce sont 20 millions de personnes obligées de fuir leur lieu de vie, insiste le climatologue français Jean Jouzel. Il rappelle que le changement climatique n ’ affectera pas les seules « générations futures, mais les enfants qui sont en maternelle et même en primaire » . Ces dérèglements sont d ’ autant plus préoccupants, insiste le rapport, qu ’ ils resteront inéluctables « pendant plus d ’ un millénaire » . « Face aux évolutions du climat prévues par les différents scénarios, le facteur premier sera le comportement humain » , prédisait hier le climatologue du CNRS Hervé Le Treut, en appelant les sociétés à « prendre en compte le coût écologique de l ’ énergie » . L’ essentiel est désormais que les conclusions des scientifiques se traduisent en débat politique réel. R elayés par les ONG, ils espèrent être entendus rapidement par la communauté internationale qui doit décider, à la fin de l ’ année à Bali, de l’ avenir du protocole de Kyoto de lutte contre l ’ effet de serre.
Six scénarios
***Scénario 1 ( + 1,8 º C) : le moins polluant. Il décrit un monde où la population culmine au milieu du siècle et décline ensuite, où l ’ accent est mis sur des solutions mondiales orientées vers une viabilité économique et environnementale, y compris une meilleure équité, mais sans initiatives supplémentaires pour gérer le climat.
***Scénario 2 ( + 2,4 º C) : la croissance est très rapide. L’ économie s ’ appuie sur des sources d ’ énergie autres que fossiles et intègre rapidement les technologies plus efficaces.
***Scénario 3 ( + 2,4 º C) : il décrit un monde où l ’ accent est placé sur des solutions locales, dans un sens de viabilité économique, sociale et environnementale.
***Scénario 4 ( + 2,8 º C) : la croissance , très rapide , s ’ appuie sur des sources d ’ énergie équilibrées entre fossiles et autres (nucléaire, renouvelables). De nouvelles technologies plus efficaces sont introduites rapidement. C’ est le scénario qui « colle » le plus aux prévisions actuelles de l’ Agence internationale de l ’ énergie (AIE) pour 2050.
***Scénario 5 ( + 3,4 º C) : le monde est très hétérogène (autosuffisance, préservation des identités locales). La population continue de croître. Le développement économique a une orientation principalement régionale.
***Scénario 6 (+ 4 º C ) : le plus polluant . Il montre un monde à croissance très rapide qui recourt fortement aux énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole).
L'urgence internationale
Les conclusions des scientifiques sur l'emballement du climat devraient pousser à renégocier des engagements internationaux plus ambitieux de lutte contre l ’ effet de serre, incluant cette fois Etats-Unis, Chine et Inde, estiment les experts.
Pour Paul Watkinson, responsable des négociations internationales pour le compte de la France, le rapport du Giec « est un signal d’ alarme que personne ne peut laisser passer . Il arrive pile au début des véritables négociations dont nous avons besoin d ’ ici à 2009 pour mettre en place un système complet et universel de lutte contre le changement climatique ». Négociations à l’arraché Le plus haut responsable du climat aux Nations unies, Yvo de Boer, a lancé un appel aux pays industrialisés à conclure « d ’ urgence un nouvel accord de réduction des émissions » de gaz à effets de serre et à convaincre ainsi les pays en développement de limiter les leurs. C ’ est sous son égide que se tiennent chaque année les négociations à l ’ arraché qui font vivre le Protocole de Kyoto. Ce traité est le seul outil international à fixer des objectifs contraignants de réduction des émissions polluantes . La première phase de Kyoto expire en 2012 . T out l ’ enjeu des négociations à venir est d ’ assurer sa survie. Si possible en y associant les Etats-Unis qui n ’ ont pas ratifié le texte , afin de convaincre la Chine et l ’ Inde de s ’ engager à leur tour.
Canicule en France
Le réchauffement de la planète se traduira probablement en France par une multiplication par dix du nombre de canicules à partir de 2070, selon les modèles climatiques utilisés par Météo France pour affiner les projections mondiales. « Les prévisions des experts (du Giec , publiées hier ) tombent tout à fait dans nos simulations sur deux scénarios », constat ait hier Serge Planton, responsable du groupe de Recherche sur le climat à Météo France.
03.02.2007
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Un constat encore plus critique pour les pôles.
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