5. Océans. Un goût amer
Si rien n’est fait, vous pourriez ne plus trouver un seul poisson à mettre dans vos assiettes d’ici à 2050, pouvait-on lire récemment dans la revue scientifique Science. Crustacés, écosystèmes marins, et biodiversité sont eux aussi menacés. Revue de détail, plus mesurée, avec notamment l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).
Dans l’eau aussi, l’augmentation de la température déclenche des réactions en chaîne. Un degré de plus, c’est déplacer la mer 120 km plus au nord. Les poissons peuvent suivre. C’est beaucoup plus difficile pour les crustacés et les végétaux. Bon pour le bar pas pour le cabillaud Certains poissons vont se développer. Leur aire de présence va s’étendre (bar, daurade grise). D’autres vont simplement se déplacer pour trouver une aire favorable. Le thon rouge est l’un de ces réfugiés climatiques : présent au Pays basque, il remonte vers la mer d’Irlande. Mais le Nord n’est pas extensible. Enfin, certains s’adapteront mal et leur nombre diminuera (cabillaud, merlan, merlu, lotte, anchois, sole). Prenons le cas du poisson le plus consommé : le cabillaud. Sa survie est liée à sa nourriture de prédilection, un petit crustacé qui a le même cycle de vie que lui. Ce crustacé n’a pas pu se déplacer. Le cabillaud l’a remplacé par un autre crustacé, quasiment identique, mais dont le cycle de vie est décalé. Ce décalage condamne un grand nombre de larves de ce poisson. D’autres ressources... mais pas très agréables au goût Faut-il s’attendre à des étals vides dans les poissonneries ? Sur les quelque 140 espèces actuellement pêchées, seule une soixantaine est commercialisée. « Les consommateurs ne seraient pas forcément perdants, analyse Jean Boucher, spécialiste de cette question à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer Brest). Il faudrait seulement qu’ils s’adaptent à ce qui est pêché, même si ce n’est pas très agréable au goût. » Moins bon, mais moins cher En attendant, il est déjà possible de s’intéresser aux poissons réputés moins « nobles ». Le merlan, le chinchard, le carrelet, la tombe, la mostelle, le maigre ou la sardine, par exemple, ont aussi cet autre avantage : ils sont beaucoup moins chers (*) ! 2048 : plus aucun poisson ! Le pire, une étude américaine, publiée dans Science, en novembre dernier, l’annonce pourtant. Selon elle, si rien n’est fait, la quasi-totalité des espèces de poissons et de crustacés pêchés pour la consommation auront totalement disparu des océans en 2048. Les scientifiques qui ont mené ces travaux pendant quatre ans (1.000 ans étudiés, les cinquante dernières années passées au crible) se sont déclarés « choqués » par ce phénomène dont ils ne « soupçonnaient pas l’ampleur ». Selon eux, la disparition d’une seule espèce contribue à dérégler l’ensemble de l’écosystème. A terme, c’est la qualité des eaux côtières et la sécurité alimentaire mondiale qui sont menacées. L’espoir est cependant permis, assurent-ils : là où des mesures de protection (réserves, interdictions de pêche) ont été prises, la biodiversité a pu se réinstaller. (*) Comptez 3 € le kg de sardines, 7,50 € le merlan, 20 € le carrelet, contre plus de 100 € le turbot ou la sole en filets.
La surpêche aussi
Autre cause à la raréfaction des poissons : la surpêche. Des spécialistes ont calculé que chaque cm² de la grande vasière (zone allant de Douarnenez à Lorient) était ainsi chaluté trois fois par an !
Trop d'acidité dans les eaux marines !
Les océans sont les poumons de la Terre. Ce sont eux qui absorbent la plus grande partie du CO2 que nous émettons. Mais l’augmentation de CO2 est telle que les océans ne suivent plus. Résultat : ils s’acidifient. Les eaux deviennent corrosives. Pas pour nous. En revanche, « ce phénomène va perturber la calcification (fabrication du squelette) des organismes marins », relève Paul Tréguer, directeur de l’Institut Universitaire Européen de la Mer, à Brest. C’est un peu comme si on plongeait un sucre dans l’eau... L’ensemble de la chaîne alimentaire C’est déjà une réalité pour les coraux. Pourraient suivre, si rien n’est fait, mollusques, oursins, calamars, et même les micro-organismes du plancton. Problème : ils constituent les aliments de base de nombreuses espèces : crevettes, baleines, saumons, morues, maquereaux, etc. En clair, l’ensemble de la chaîne alimentaire marine risque d’être déstabilisé.
Fruits de mer. Plutôt négatif...
Pour le tourteau, les effets du réchauffement climatique seront « négatifs sur l’abondance, sur la façade atlantique française et une partie de l’Espagne », avance Jean Boucher, chercheur à l’Ifremer (Brest). Cette tendance pourrait être la même pour le homard. Impossible de prédire les conséquences pour les araignées. Effets difficiles à cerner Pour les crustacés, moins étudiés et plus complexes, les effets sont beaucoup plus difficiles à cerner. Pour les huîtres, le réchauffement des eaux favorise déjà un « très fort développement » des espèces creuses sauvages (en rade de Brest, par exemple). Les conditions sont, en revanche, moins favorables dans le sud de la France, surtout à long terme. D’autant que les huîtres ne pourront pas migrer...
Ressources en eau. Trois fois moins dans 20 ans
Le nord de l’Europe épargné En 1950, nous étions 2,5 milliards sur Terre. En 2025, nous serons 8,5 milliards à vivre... avec les mêmes réserves d’eau. Soit trois fois moins par habitant. L’Unesco prévoit que « la très grande majorité de la population mondiale devra s’accommoder de « réserves basses » et même « catastrophiques » pour 30 % des pays (près de trois milliards d’habitants) ». Le nord de l’Europe, le Canada, l’Alaska, l’Amérique du Sud (25 % des ressources mondiales pour 6 % de la population mondiale), l’Afrique centrale, la Russie et l’Océanie seront épargnés. 20.000 litres pour faire un kg de bœuf L’agriculture consomme 73 % de l’eau douce utilisée dans le monde, devant l’industrie et la production d’énergie (21 %) et les particuliers (6 %). Il faut près de 20.000 litres d’eau pour produire un seul kilo de bœuf (100 litres pour un kg de pommes de terre, 1.000 litres pour un kg de blé). 600 litres par jour par Américain, 30 par Africain Des solutions techniques existent : système d’irrigation goutte à goutte pour l’agriculture, cher mais efficace; réutilisation des eaux usées, déjà le cas pour 10 % des terres irriguées dans le monde, etc. Mais cela ne suffira pas. Il faudra impérativement adapter notre consommation. Actuellement, un Américain utiliserait en moyenne 600 litres d’eau par jour. Un Européen 150 à 300 litres. Et un Africain, 30 litres. En France, 26 % de l’eau potable n’arrive pas au robinet du consommateur (fuites). Quimper qui disparaît tous les deux jours Selon les sources, entre 22.000 et 34.000 personnes meurent chaque jour (la population de Quimper qui disparaît tous les deux jours, la population vivant en Bretagne tous les trois mois), faute d’accès à une eau saine.
Hervé Chambonnière. 12/01/2007
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