2. Tendances. Ça va chauffer !
De quel climat allons-nous hériter dans vingt ans ? Et en 2100 ? A quelles températures risquons-nous d’être exposés ? Avec quelles conséquences sur notre santé ? Réponses, notamment avec l’Organisation mondiale de la santé, l’Onu, et Météo France, dans le deuxième volet de notre série consacrée aux conséquences du réchauffement climatique.
2ºC en plus dans le monde et 3ºC en plus en France. La fourchette de prévisions, pour 2100, varie de + 2°C à + 6°C, selon des scénarios plus ou moins optimistes. Et pour une hausse annuelle moyenne et mondiale de 2°C, comptez un +3°C (+4° à +5°C en été) pour la France. 2ºC en plus : une hypothèse très optimiste. Deux degrés à l’échelle mondiale, c’est l’hypothèse très optimiste. Celle qui suppose que nous soyons parvenus à maîtriser les causes du réchauffement climatique : dégager notamment moins de CO2, donc consommer moins d’énergie, surtout dans les transports et le logement. Du jamais vu. Même avec cette élévation minimale, en moins d’un siècle, ce sera du jamais vu. Le siècle précédant, la hausse a été de 0,8ºC (dont 0,6ºC pour les seules 25 dernières années et 0,2 pour les cinq dernières !). Bref, le phénomène s’accélère et s’accentue. Plus fort et plus vite. La hausse actuelle n’a d’ailleurs jamais été aussi élevée au cours des 650.000 dernières années ! « De telles variations climatiques, il y en a eu, convient le sénateur costarmoricain Claude Saunier, co-auteur d’un alarmant rapport sur le réchauffement climatique, en juin dernier. Mais elles se sont étalées sur des milliers d’années. Là, ce changement risque de se produire en quelques dizaines d’années. Cela va être un vrai choc et ce sera très brutal. » Pour imaginer plus 5ºC... Imaginez cinq degrés de plus. Une paille ? Avec cinq de moins, la Manche était une banquise (dernière période glaciaire) ! Canicule de 2003 : la norme dès 2050. Si rien n’est fait, ou si peu, comme c’est le cas actuellement, l’été caniculaire de 2003 pourrait être un été normal dès 2050 (avec une élévation particulière des températures nocturnes). « Cela veut dire qu’un été sur deux, il fera encore plus chaud ! », observe Marc Gillet, directeur de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), organisme qui joue le rôle d’interface entre les scientifiques et les instances gouvernementales. Plus de 35ºC en été. Selon ce scénario, la probabilité d’avoir, à la fin du siècle, une température maximale supérieure à 35°C en été sera multiplié par cinq à Lille, six à Bordeaux, neuf à Rennes, onze à Paris et Lyon, 12 à Toulouse et 27 à Marseille (source Imfrex) ! « Une chose est sûre, intervient Serge Planton, directeur de la recherche climatologique à Météo France. Les périodes de sécheresse seront plus fréquentes, plus intenses et plus longues (jusqu’à + 50 %). » Des pluies plus intenses en hiver. A quoi ressemblera alors notre climat ? Il devrait y avoir davantage de précipitations en hiver (jusqu’à + 20 %, surtout jusqu’en 2020, moins ensuite), surtout dans le Nord et l’Ouest, mais beaucoup moins en été (jusqu’à - 35 %, surtout dans le Sud). Ces pluies seront également plus intenses (risques d’inondations). Davantage d’incendies. Quant aux événements extrêmes (inondations et feux de forêts), ils seraient plus fréquents et plus intenses
Santé. Une arme de destruction massive
Si nous ne diminuons pas nos émissions de gaz à effet de serre, des dizaines de millions de personnes seront menacées de mort.
300.000 morts par an ? Cent cinquante mille morts, en 2000, directement imputables au changement climatique. C’est l’évaluation la plus récente fournie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2003). Ce chiffre risque de doubler d’ici à 2030. Pour les années 90, l’Onu a dénombré près de 600.000 morts et plus d’1,8 million de sinistrés.
Etés : une surmortalité multipliée par 1.000 à New York ! Pour une augmentation moyenne des températures de 3°C à 3,5°C, on constaterait, en France, une baisse de la mortalité de 5 à 7 % en hiver (plus doux), mais une hausse d’au moins 12 % à 18 % en été. La surmortalité estivale serait même multipliée par 500 à 1.000 dans une ville comme New York, rapporte l’OMS.
Maladies tropicales. Risque d’extension de maladies parasitaires, infectieuses, etc. : virus du Nil, paludisme (60 % de la population mondiale exposée en 2050, contre 45 % actuellement), fièvre jaune, dengue... Certaines pourraient arriver jusque dans le bassin méditerranéen.
Davantage d’allergies, de prématurés... Risques accrus de maladies cardio-vasculaires, respiratoires (allergies, rhinites et crises d’asthme au printemps et en été), de cas psychiatriques (stress, etc. ), de mortalité périnatale (prématurés), de calculs urinaires, d’intoxications alimentaires (moins bonne conservation des aliments), de légionnellose (climatisation-humidification)...
Les anciens, les pauvres, les malades, les femmes. Populations les plus fragiles : les malades, les personnes âgées ou en bas âge, les femmes et les plus pauvres (logements mal ventilés, mal isolés...). En 2050, la France pourrait compter 4,5 millions de personnes très âgées (plus de 85 ans), contre 1,2 million en 2003. Une vague de chaleur comme celle de 2003 pourrait théoriquement provoquer non pas 15.000 morts, mais plus de 50.000 morts... un été sur deux !
94 millions de victimes des inondations de tempêtes (2080). Les tempêtes ne seraient pourtant pas plus nombreuses mais plus puissantes.
Manque de ressources. On comptabiliserait de 2,8 à 3,4 milliards de victimes du manque d’eau et 91 millions de personnes en plus exposées à la famine.
Conflits armés. Tensions et conflits armés entre pays, pour l’accès à la nourriture et à l’eau. Combien de morts et d’infirmes en plus ?
Réfugiés climatiques. Le phénomène a commencé
Cinquante millions de réfugiés d’ici à 2010, assure l’Onu, qui avance le chiffre de 20 millions de personnes déjà déplacées pour des raisons liées au changement climatique (érosion et submersion marine des terres arables, pollution des nappes phréatiques, etc.).
Les régions gagnées sur la mer, comme les Pays-Bas, seraient menacées. Toutes les régions basses comme les deltas des grands fleuves (Nil, Niger, Gange), régions très peuplées puisque très fertiles, seraient inondées. De nombreuses îles et atolls proches du niveau de la mer seraient condamnés à disparaître. Exemple : le territoire le plus plat du monde, les îles Maldives, qui culminent en moyenne à un mètre au-dessus du niveau de la mer. Que vont devenir ses 320.000 habitants ? Et avec eux, que va devenir leur culture ? Un exil de 150 millions de personnes Le nombre de personnes contraintes à l’exil pourrait atteindre 150 millions d’ici à 2050, selon le Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Quels pays pourront accueillir deux fois et demi la population de la France ? Comment réagiront les Etats face aux tensions que vont nécessairement générer ces exodes ?
Hervé Chambonnière. 09/01/2007
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