Concentration. Agrandir ou installer ?
D’un côté, des exploitations qui s’agrandissent et se concentrent, des agriculteurs qui se regroupent et se spécialisent. De l’autre, des paysans qui quittent le métier prématurément. L’agriculture bretonne a changé d’époque et continue à vivre une profonde restructuration.
Entre 1988 et 2005, le nombre d’exploitations agricoles est passé de 61.000 à 40.600 en Bretagne. Les départs en retraite et en préretraite ces dernières années n’ont pas été compensés par l’arrivée de nouveaux agriculteurs. D’autant que la démographie s’affiche à la baisse dans les campagnes et que les enfants ne reprennent plus systématiquement la ferme des parents. Nombre d’exploitations se sont renforcées pour atteindre une taille économique leur permettant de répondre aux besoins du marché. Les crises successives dans différentes productions ont éclairci les rangs de la profession. Le développement des formes sociétaires Faut-il conforter les exploitations en place, ou bien favoriser l’installation des jeunes agriculteurs ? C’est une question de fond et un sujet de débat dans le monde paysan. La reprise d’une ferme, dont le coût est élevé, peut faire reculer plus d’un candidat à l’installation. Par ailleurs, les nouvelles générations aspirent à la fois à une qualité de vie (loisirs, vacances) tout en travaillant dans une structure qui a les reins solides. C’est ce qui explique la progression des formes sociétaires, comme les GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) et surtout des EARL (exploitation à responsabilité limitée). Ce choix leur permet de mieux organiser leur travail et de libérer du temps pour leur vie privée. Les formes sociétaires rassemblent désormais en Bretagne plus de 40 % des unités professionnelles. Parallèlement à ces exploitations qui regroupent plusieurs associés, des agriculteurs font le choix de l’exploitation individuelle et du salariat. Les raisons de l’agrandissement L’agrandissement suscite des controverses entre les syndicats agricoles, certains craignant de voir la production entre les mains de gros élevages et concentrée sur une partie limitée du territoire breton. La course aux terres d’épandage et le traitement du lisier pour répondre à la réglementation environnementale, la volonté de réduire les coûts de production pour rester compétitif, restent les arguments essentiels de la frange libérale du monde agricole. La concentration va-t-elle se poursuivre ? Sans doute à un degré moindre dans la production porcine, davantage freinée par les considérations environnementales et une rentabilité plus aléatoire, que dans la production laitière. L’évolution de la politique nationale et européenne n’y sera pas étrangère. Mais l’exploitation bretonne a conservé une taille humaine par rapport aux grandes unités d’Europe du Nord.
La FDSEA
Jacques Jaouen, tête de liste FDSEA dans le Finistère. « Il y a une tendance depuis un certain temps : on perd des agriculteurs. Mais, à un moment donné, on arrivera à un certain palier. Si on est capables d’installer des jeunes et de valoriser nos produits à un très bon prix, on maintiendra sur notre territoire un nombre suffisamment important d’agriculteurs. Par ailleurs, il y a une évolution sociologique : les agriculteurs veulent travailler avec des salariés pour se donner du temps libre. Les structures vont évoluer : le nombre d’actifs va diminuer avec peut-être un peu moins d’agriculteurs et un peu plus de salariés. »
La Confédération paysanne
Thierry Thomas, tête de liste Confédération paysanne dans les Côtes-d’Armor. « La concentration des exploitations correspond avant tout à la demande de l’agroalimentaire de limiter le nombre de lieux de collecte des produits que nous produisons, que ce soit du porc, de la volaille ou du lait. On aurait pu penser que s’agrandir aurait permis de dégager plus de revenus. Aujourd’hui, la preuve est faite que la restructuration qui est déjà en marche depuis de longues années n’a pas apporté ce résultat. Cette orientation, qui est d’abord politique, n’est pas une bonne orientation. »
Le Modef
Xavier Compain, président national du Modef et tête de la liste Union paysanne dans les Côtes-d’Armor. « La baisse considérable du nombre d’exploitants ces trente dernières années est le fruit d’une politique ultra-libérale (...). Il faut réorienter notre agriculture bretonne, française et européenne sur un pilier fort : la rémunération du travail. C’est à partir de cela que nous maintiendrons demain une agriculture forte, notamment dans les Côtes-d’Armor (...). Nous appelons dès maintenant à la tenue d’une conférence nationale sur les prix agricoles. »
La coordination rurale
Jean-Michel Favennec, tête de liste Coordination rurale dans le Finistère. « Dans les années qui viennent, l’agriculture va être confrontée à de très nombreux départs en retraite avec très peu de jeunes qui veulent reprendre des exploitations. Forcément, les fermes, en moyenne vont grossir. L’agrandissement ne doit pas être un but en soi mais doit permettre à des exploitations de se réaménager, d’améliorer leurs conditions de travail. Je pense que nous irons sans doute vers des exploitations un peu plus grosses.
Frédérique Le Gall et Yves Drévillon. 24/01/2007.
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