Le malaise est apparu avec la pollution des eaux par les nitrates, l’arrivée des algues vertes sur le littoral, mais aussi le remembrement exagéré du bocage et la suppression des talus. Les crises alimentaires, notamment la maladie de la vache folle, sont venues écorner la confiance des consommateurs. L’industrialisation de l’agriculture a accentué le malentendu avec une société qui a gardé une vision passéiste et empreinte de nostalgie de la campagne. Les conflits se sont multipliés entre les paysans et leurs nouveaux voisins, des citadins venus habiter à la campagne.
Procès sur l’environnement
Les agriculteurs n’ont pas vu le coup venir. Les analyses de l’eau des rivières à la fin des années 70 ont fait apparaître les revers de l’agriculture intensive. L’augmentation des cheptels, l’utilisation massive des effluents d’animaux et des engrais chimiques pour fertiliser les terres, et des pesticides pour traiter les cultures, ont déséquilibré les milieux naturels : pollution des cours d’eau, marées vertes sur les plages, même si pour ces dernières les responsabilités sont partagées. Des agriculteurs se sont retrouvés devant les tribunaux, notamment ceux qui ont agrandi illégalement leurs troupeaux. Les paysans ont trainé les pieds pour rectifier le tir, mais les premiers résultats de leurs efforts (stations de traitement, stockage du lisier, mises aux normes...) apparaissent.
Question de confiance
Les différentes crises alimentaires, la maladie de la vache folle et plus récemment la grippe aviaire, ont démontré la fragilité de la confiance du consommateur sur les produits agricoles. Sans renoncer au modèle intensif qui a fait sa puissance économique, l’agriculture bretonne s’engage dans une voie plus respectueuse de l’environnement, de la qualité des produits, et des attentes de la société. Les paysans ouvrent volontiers les portes de leurs fermes pour expliquer ce qu’ils font. Dans le même temps, les agriculteurs, devenus minoritaires dans les campagnes, ont perdu de leurs poids électoral et semblent avoir pris conscience que les manifestations violentes ne jouent pas en leur faveur.
Ouverture sur le monde
Les nouvelles générations d’agriculteurs s’ouvrent davantage sur le monde extérieur, elles suivent des études plus longues et plus poussées qui les sortent de l’isolement de leurs exploitations. Ils se marient souvent avec des personnes non issues du milieu agricole, et veulent s’impliquer de plus en plus dans la vie municipale, associative et culturelle de leurs communes. Demain, confrontés à l’ouverture des frontières commerciales, ils devront apprendre à vivre avec moins de soutiens publics. Ce qui n’est pas pour déplaire aux contribuables. La réconcialiation est-elle en vue ? En tout cas, les multiples sondages montrent que les Français aiment leurs paysans.
A suivre le jeudi 25 : Concentration : agrandir ou installer ?