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Aides à l'agriculture. Et après 2013 ?

Après avoir bénéficié de la manne européenne à partir des années 60, l'agriculture voit les aides communautaires se modifier au fil du temps. Elles sont assurées jusqu'en 2013. Ensuite, c'est l'inconnu.

Au démarrage de la politique agricole commune, à la sortie de la guerre, l'objectif était de nourrir la population européenne. Aujourd'hui, les assiettes sont pleines, la concurrence est devenue mondiale. L'Europe a changé son fusil d'épaule et distille ses aides avec parcimonie. La Bretagne s'interroge, même si elle ne fait pas partie des principales régions bénéficiaires.

Copie revue
L'année 1992 a marqué un virage déterminant dans la politique de soutien à l'agriculture européenne. Jusqu'alors, le revenu des agriculteurs était assuré par la vente des produits : l'Union européenne garantissait une protection aux frontières, et mettait en oeuvre des outils de régulation des prix. Certains secteurs étaient encadrés par une organisation commune de marché, à l'exemple de la production laitière contingentée par des quotas. D'autres bénéficiaient d'aides à l'exportation, notamment la volaille en Bretagne. Pour aligner ses prix sur la concurrence mondiale et alléger son budget agricole, l'Union européenne a revu sa copie : au lieu de soutenir les produits, elle accorde des aides compensatoires (partielles) aux exploitations. Depuis l'an passé, les agriculteurs perçoivent des aides forfaitaires à condition de respecter certains critères (environnement, bien-être animal...). La répartition de ces soutiens, souvent déconnectés de la production, ne fait pas l'unanimité chez les syndicats agricoles. L'agriculture européenne consomme 40 % du budget communautaire. A elle seule, la France, grand pays agricole, perçoit 20 % des crédits attribués aux Etats-membres, soit 10,5 milliards d'euros.

Une bonne part du revenu
La Bretagne se situe dans la moyenne nationale en matière d'aides (elle recevra 630 millions d'euros en 2008), les principaux secteurs concernés dans notre région étant la viande bovine et la production laitière. Il serait difficile pour les exploitations, notamment les plus petites, de s'en passer. Dans plusieurs secteurs (à l'exception notamment des légumes, et de l'élevage porcin), le revenu agricole est aujourd'hui principalement constitué par ces aides. Les aides européennes représentent en 2006 quelque 97 % du résultat courant des aides françaises, ce chiffre est largement dépassé dans des productions comme la viande bovine, et la production laitière. Malgré ces aides, le revenu des agriculteurs n'est pas mirobolant. En 2005, 50 % des paysans avaient un revenu agricole inférieur au Smic. Les aides européennes, garanties jusqu'en 2013, vont toutefois baisser d'ici là entre 18 et 22 %. L'agriculture a quelques années devant elle pour s'adapter au marché mondial et apprendre à vivre sans les subsides européens. Dans l'espoir aussi que le pouvoir d'achat augmente dans plusieurs pays émergents.
La FDSEA
Jacques Jaouen, tête de liste FDSEA dans le Finistère. « Oui, il faut continuer à accompagner et aider l’agriculture car nous sommes dans un domaine très concurrentiel. On n’est pas tous au même niveau d’égalité en Europe et dans le monde. Si on n’aide pas l’agriculture, c’est tout l’aménagement du territoire qui va être remis en cause. Ce sont aussi nos emplois (...). Mais je tiens à rappeler que nous devons aussi vivre de la vente de nos produits. La valorisation de cette vente n’est pas effectuée à son juste niveau (...). On a fait un choix de politique alimentaire : on a voulu que le panier de la ménagère ne flambe pas. Ce choix-là, il faut l’assumer jusqu’au bout. (...) »

La Coordination rurale
Jean-Michel Favennec, tête de liste Coordination rurale dans le Finistère. « La Coordination rurale a été créée en opposition à la mise en place de la PAC de 1992 car certains agriculteurs estimaient que le système de primes allait asservir les paysans. Ils souhaitaient plutôt des prix rémunérateurs. (...) Les Européens doivent nourrir les Européens, les Américains doivent nourrir les Américains. Aujourd’hui, on est à peine autosuffisant en Europe dans une grande partie de nos productions. Il faut déjà rééquilibrer les productions au niveau de la zone Europe : on a trop de céréales mais il nous manque des oléoprotéagineux. Il faut produire un peu moins de céréales, un peu plus d’oléoprotéagineux. Ensuite, on importe ce dont on manque (....). »
La Confédération paysanne
Thierry Thomas, tête de liste Confédération paysanne dans les Côtes-d’Armor. « Si l’on veut que l’agriculture continue d’alimenter la population, il va bien falloir l’aider. Par contre, pour que ces aides puissent être pérennisées dans le temps, pour que le contribuable continue d’accepter d’aider ce secteur, il faudra qu’elles soient mieux réparties. Aujourd’hui, 20 % des aides vont à 80 % des agriculteurs. C’est une situation anormale. D’autre part, il faudra revenir sur la possibilité offerte (....) aux agriculteurs détenteurs d’aides de pouvoir les vendre. Il n’est pas normal que des aides rentrent dans le capital privé des exploitants (...). Il va falloir que les agriculteurs rendent des comptes à la population. »
Le Modef
Xavier Compain, président national du Modef, tête de liste « Union paysanne » dans les Côtes-d’Armor. « Les aides compensatrices instituées en 1992 étaient là pour compenser les pertes de prix agricoles. Aujourd’hui, elles sont profondément inégales et mal réparties. Aujourd’hui, je propose de réorienter la façon de distribuer ces aides agricoles. Je pense aux oubliés de la politique agricole commune, aux jeunes qui s’installent sans référence aujourd’hui avec le système des droits à paiement unique. Au-delà d’une redistribution plus juste des aides, je dis aux agriculteurs de ne pas se laisser tromper par le slogan de la FNSEA qui dit : notre métier a un prix, surtout si ce prix est celui du prix mondial. »


En Bretagne, ce sont les secteurs de la viande bovine et de la production laitière qui sont les premiers servis par les aides européennes. Comment pourront-ils s'en passerr après 2013 ? (Photo François Destoc)
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