Moins de jeunes dans les campagnes, des fils d’agriculteurs qui ne reprennent plus systématiquement la relève des parents. L’agriculture bretonne se trouve confrontée à un problème crucial de renouvellement des générations. Les candidats aux élections aux chambres d’agriculture font tous de cette question une priorité. Dans la première région agricole française, qui compte 41.000 exploitants professionnels et plus de 20.000 salariés, l’agriculture sert aussi de levier à une industrie agroalimentaire qui emploie 70.000 personnes. Pour trouver les bras qui lui manquent, la profession fait appel aux personnes extérieures au métier.
Manque d’exploitations
Depuis une dizaine d’années, les installations aidées ne cessent de baisser : 960 en 1996 en Bretagne, 507 en 2004. La légère embellie enregistrée en 2005 (571) devrait se poursuivre en 2006. « Contrairement aux idées répandues, les candidats à l’installation en recherche d’exploitation restent nombreux », commente Jean-Michel Marsoin, président de l’Adasea (*) 22. « Le problème, c’est la pénurie d’exploitations. » L’observatoire des répertoires à l’installation révèle un déséquilibre important entre les offres des exploitations (près de 350 en 2005 en Bretagne) et les candidats à l’installation (près de 890). L’installation se heurte à plusieurs freins. L’un des principaux est la transmission de l’exploitation dont le coût est souvent surévalué par rapport à sa valeur économique. Au moment de prendre sa retraite, le cédant veut tirer profit au maximum de la vente de sa ferme ou de ses terres, et succombe facilement aux sirènes financières du voisin aisé qui veut s’agrandir.
Concilier travail et loisirs
La profession doit également faire face à un déficit d’image à l’heure où les 35 heures attirent les enfants de paysans vers d’autres métiers. D’autant que nombre de conjoints ou conjointes exercent un métier extérieur à l’agriculture et recherchent une qualité de vie familiale associant harmonieusement travail et loisirs. Ce qui explique l’attirance des jeunes candidats à l’installation vers les formes sociétaires où les associés organisent leur travail et libèrent du temps pour leur vie privée. Le monde agricole élargit la communication vers les lycées et les collèges et propose des stages de découvertes dans les exploitations en collaboration avec l’ANPE pour attirer les jeunes citadins. Les syndicats ont su aussi balayer devant leurs portes : depuis des années, ils évoquaient sur un ton misérabiliste un métier sans perspectives. Le discours a changé : les organisations professionnelles proposent, avec des variantes, des mesures d’incitation pour les cédants ou d’accompagnement pour les jeunes qui s’installent.
* Association départementale pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles.
Olivier Allain, tête de liste FDSEA dans les Côtes-d’Armor.
« Il ne faut pas installer pour installer. Nous, nous disons, à la FDSEA et aux JA, qu’il faut installer des jeunes dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, on constate que les agriculteurs qui arrêtent prématurément, à 40 ou 45 ans, sont souvent des gens qui se sont installés sur des structures de dimension trop petite, qui ne dégagent pas assez de revenus. Cela, nous considérons que c’est un échec. Dans les Côtes-d’Armor, c’est pour cela que nous avons revu le plan agricole départemental en augmentant l’attribution laitière à tout jeune qui s’installe, jusqu’à 80.000 litres (...). Pour nous, le renouvellement des générations est une priorité. C’est un objectif qu’on a atteint dans les Côtes-d’Armor, on peut le dire, avec 140 installations en 2006, ce qui en fait l’un des tout premiers départements de France. »
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Joëlle Huon, tête de liste dans le Finistère. « Nous proposons la création d’une réserve foncière destinée à l’installation, ainsi que l’instauration d’une indemnité viagère de départ, assujettie au maintien sur le site pendant dix ans. Nous préconisons de mettre en place des mesures de valorisation des retraites pour les cédants et de repenser totalement le schéma des structures. Nous voulons parallèlement faciliter l’accès aux aides des porteurs de projets, en supprimant le critère d’âge pour la dotation des aides à l’installation et faciliter ainsi l’accès à la profession de personnes qui ont travaillé auparavant dans d’autres domaines. Nous demandons de supprimer la condition de demi-SMI (surface minimum d’installation) pour la remplacer par des mesures d’équivalence pour des projets non conventionnels. Notre volonté est aussi de prendre en compte, dans le cas de revenus estimés inférieurs aux seuils fixés, le taux d’endettement qui est aussi un critère de viabilité économique d’une exploitation. »
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Xavier Compain, président national du Modef et tête de la liste « Union paysanne » dans les Côtes-d’Armor. « Nous constatons aujourd’hui qu’il y a une reprise pour quatre départs en retraite, et qu’un jeune sur deux s’installe hors aides faute de répondre aux critères conventionnels requis pour y accéder. L’installation est corrélée au problème de la transmission des exploitations : une ferme mise aux normes coûte souvent trop cher pour qu’un jeune la reprenne, c’est la porte ouverte à la concentration. Nous faisons les deux propositions suivantes. Pour toutes les installations, nous demandons la création d’un fonds de garantie assuré par 1 % des bénéfices des banques de l’agriculture. Pour accompagner les installations non conventionnelles (hors dotation jeune agriculteur), nous revendiquons une aide minimale à l’installation (autour de 10.000 euros) et l’accès au prêt à taux zéro à plafonner. Pour faciliter les transmissions des fermes aux jeunes, nous proposons une retraite minimum de 1.000 euros pour tout le monde. »
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Yves Georges, tête de liste en Ille-et-Vilaine. « Pour favoriser l’installation des jeunes, il faudrait d’abord favoriser par des prix rémunérateurs les exploitants qui sont en place. Ça les encouragera à prendre la succession de leurs parents. Il faut aussi une simplification administrative : l’installation, ça ne se décrète pas. On en est au tiers des installations préconisées parce que les jeunes se posent beaucoup de questions : ils ont des investissements lourds sur dix à quinze ans alors que la politique agricole est revue tous les deux ou trois ans. Les jeunes ont besoin de voir plus loin. (...) Il faut supprimer toutes les tracasseries administratives, laisser les jeunes travailler comme ont pu le faire leurs parents dans le passé. Ils n’en seront que plus motivés, surtout avec des prix rémunérateurs et non plus des primes qui font de nous des assistés, ce qui est mal vu par l’opinion publique. »
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