Pour initier une requête en révision, il faut des éléments nouveaux. Quatre-vingts ans après les faits, il n’est pas simple d’en produire. Ceux présentés par les avocats de la famille Seznec n’étaient pourtant pas minces au point d’avoir été jugés suffisamment probants par la commission de révision. Mais la cour n’a pas eu le même avis.
Même le témoignage de Colette Noll (Le Télégramme d’hier), considéré comme déterminant lors de l’audience du 5 octobre dernier, n’a finalement pas été retenu par les magistrats.
« Impossible techniquement »
Les propos de la résistante confortaient pourtant ceux qui, depuis toujours, défendent la thèse d’une machination policière. Une thèse que l’avocat général, Jean-Yves Launay, avait fait sienne lors de l’audience du 5 octobre, dénonçant « l’orchestration d’une véritable mise en scène » par l’inspecteur Bonny, soupçonné d’avoir fabriqué des faux et déposé lui-même la fameuse machine à écrire chez Seznec. Mais cette thèse a été jugée impossible techniquement. Les magistrats de la cour de révision se sont ralliés à l’argument développé par le conseiller rapporteur selon lequel, pour qu’il y ait eu machination, il aurait fallu « l’implication de deux unités de la police et non d’un seul homme ». Les juges ont, par ailleurs, considéré que rien ne prouve avec certitude que Boudjama Gherdi, vu par Colette Noll, et avec lequel Bonny aurait eu des connivences, soit bien l’homme des voitures américaines.
Témoignages indirects et différés
Pas plus que le témoignage de Colette Noll, les magistrats n’ont été convaincus par « les témoins de survie », comme les avait appelés M e Yves Baudelot, l’un des avocats de la famille Seznec. Des témoins, dont un receveur des postes, qui avaient assuré avoir croisé Pierre Quemeneur après la nuit du crime. Mais le conseiller rapporteur avait contesté la fiabilité de ces témoignages les qualifiants « d’indirects et différés dans le temps ». Un autre fait nouveau aurait pu jouer en faveur de la réhabilitation de Seznec. Il s’agit d’une expertise de la gendarmerie qui avait conclu que la promesse de vente avait été tapée par la même main qu’un document des enquêteurs. Mais, là encore, il n’a pas été retenu par les magistrats.
Yvon Corre. 15/12/2006