A la veille du jugement, Denis Seznec disait ne pas pouvoir imaginer de perdre. « Ce serait tragique, hallucinant, car cela voudrait dire que la Justice ne reconnaît pas d’ erreur » , confiait-il. Se projetant dans l’ avenir, il ajoutait : « Il faudra que j’ apprenne à survivre. Cela va être très dur.
Heureusement que j’ ai des proches qui tiennent à moi... » Cet homme qui porte dans son regard clair la détermination de son aïeul , est né le 29 décembre 1946, quelques mois avant le retour du bagne de Guillaume Seznec, condamné en 1924 aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre de son ami Pierre Qu e meneur.
« Je le considérais comme mon père »
Son grand-père ne se satisfaisait pas de sa grâce, mesure destinée , selon lui , « aux coupables » . Lui qui a toujours clamé son innocence voulait la révision de son procès, exigence bientôt portée de père en fille et en petit-fils. La figure grand-paternelle a marqué, voire hanté, la vie de Denis, qui n’ a quasiment pas connu son père, mari violent tué en octobre 1948 par son épouse, la fille de Guillaume Seznec. Elle sera acquittée à l’ unanimité. L’ enfant mutique trouve du réconfort auprès de ce septuagénaire qui le « comprend » et l' « élève » dans le modeste deux-pièces familial du XIV e arrondissement de Paris. « C’ est mon parrain, je porte d’ ailleurs son prénom : Denis Guillaume Marie. En fait, je faisais un transfert et le considérais comme mon père » , confie le petit-fils, qui parle toujours avec émotion de ce « très bel homme, aux yeux grands et délavés, que les gens saluaient dans la rue comme un héros » . Quand ce dernier décède, Denis est inscrit au pensionnat et croit son grand-père au sanatorium. Il apprendra sa mort avec cinq années de retard. Denis Seznec a alors douze ans et demi. Il se trouve comme investi d’ une mission pour la réhabilitation de son grand-père. L’ adolescent étudie les lettres et non le droit, ce qui n’ hypothéquera pas son combat juridique, long et complexe. « Je suis dans la situation d’ un patient qui a une maladie rare et la connaît mieux que son médecin » , s’ amuse-t-il.
« J ’ ai mené un combat inhumain »
Denis Seznec devient correcteur-réviseur aux Journaux officiels, travaillant le matin uniquement, ce qui lui laisse du temps pour son combat. Fondateur d’ une association de soutien à sa cause (France-Justice), il a multiplié les conférences-débats dans toute la France (plus de 1.000 à ce jour, plus de 300.000 personnes rencontrées). « J’ ai mené un combat inhumain, un combat de fou. Mais on ne peut pas regretter une lutte comme celle là, même s’ il y a des moments de découragement, raconte-t-il . Cet héritage moral très lourd a rendu ma vie plus belle ».
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15/12/2006.