Naufrage. Des plongeurs sur le Liberté
Grâce à un robot sous-marin, l a Marine nationale a pu identifier, hier matin, au large de l ’ île de Sein , l ’épave du Liberté, moins de deux jours après son naufrage qui a coûté la vie à Edouard Michelin et probablement à Guillaume Normant. Des plongeurs tenteront aujourd’hui de retrouver le corps du patron du ligneur et de comprendre les causes du drame.
La découverte matinale et l’identification du Liberté, par un robot sous-marin de la Marine nationale, auraient dû permettre d’échafauder un scénario sur le déroulement du naufrage qui a coûté la vie à Edouard Michelin et, probablement, à Guillaume Normant. Il faudra attendre. Tout simplement parce que les images sous-marines n’apportent aucun élément de réponse. Couché sur bâbord, le ligneur ne présente pas de dégâts, ni de trace de choc sur la partie visible de sa quille. Son hélice est intacte et la porte de la cabine est ouverte. Mais pas la moindre trace de Guillaume Normant. « Il n’est pas exclu qu’il s’y trouve. Il peut être coincé à l’intérieur ou dans une soute », envisage Jean-Marie Figue, officier de relations publiques de la préfecture maritime. Le robot n’a, en effet, pas pu rentrer dans l’habitable. Autant d’éléments qui écartent au moins une thèse, celle d’une collision. « Aucune trace d’avarie. Nous restons dans l’hypothèse d’un accident de mer avec des conséquences dramatiques », confirme le procureur de la République de Quimper, Anne Kayanakis. Toujours l’éventualité d’une grosse vague En cas de plongée infructueuse des démineurs ce soir (lire ci-dessous), c’est-à-dire si l’examen du pont, de la cabine, des équipements de sécurité, du moteur ou encore du poste de pilotage n’offrent aucune piste, cela signifierait très certainement la clôture du dossier. Et l’absence de renflouement. « Il n’est pas envisagé car nous ne sommes pas, actuellement, dans le cas d’une collision suspecte impliquant un navire, explique le parquet. Et puis l’épave est accessible aux plongeurs pour un examen ». Parmi les pêcheurs capistes, l’éventualité d’une grosse vague venue surprendre l’équipage du Liberté reste l’hypothèse la plus courue. Dans le cas d’Edouard Michelin, l’accident de mer ne fait guère de doute. Son corps ne portait aucune trace de coups. « Ni hématome, ni fracture », confirme le parquet. Ce qui laisse augurer une chute précipitée dans l’eau. Lorsqu’il a été découvert, son mollet gauche était entouré d’un fil de pêche de 2,30 m rempli d’hameçons. Une « mitraillette » pour les spécialistes. Une météo acceptable La question de la météo fait toujours débat. « Des conditions pas optimales mais ne faisant pas obstacle à une sortie », assuraient, la veille, les enquêteurs. André Le Berre, président du comité des pêches de Bretagne, et l’un des organisateurs avec Jean-Guy Le Floch (P-DG Armor Lux) de cette sortie prévue de longue date, estimait, hier, que « si les conditions météo avaient vraiment été mauvaises, Guillaume Normant ne serait pas sorti ». Le parquet de Quimper confirme cependant que le marin pêcheur a tenté de persuader les deux patrons de différer leur sortie de 24 heures pour profiter d’une journée plus douce. Compte tenu de leurs agendas respectifs, Edouard Michelin et Thierry Bolloré, un ami intime de retour d’un séjour en Chine et avec qui le patron de Michelin s’était entendu pour pêcher le week-end de l’Ascension, avaient souhaité maintenir la date. Avec les conséquences que l’on sait. Réagir à cet article
UNE ÉPAVE QUI SEMBLE INTACTE
Le Liberté a été localisé, hier matin, gisant, intact, par 70 m de fond, grâce aux moyens d’acoustique sous-marine du chasseur de mines Cassiopée. Sur réquisition du parquet de Quimper, des plongeurs de la Marine nationale vont inspecter l’épave ce soir, à l’étale de courant.
Le seul indice, une tache de gazole repérée samedi par l’équipage du navire de pêche Le Brisant, s’est finalement avéré capital. Bien que le patrouilleur Cormoran n’ait rien trouvé de plus en surface (Le Télégramme dimanche), le sonar du chasseur de mines Cassiopée, arrivé à son tour sur zone, a finalement capté un écho dans la soirée. En raison d’une faible visibilité et des courants redevenus importants à la faveur de la marée montante, il était alors impossible de mettre à l’eau un « PAP » (poisson autopropulsé relié au bateau par un câble optique). Recherches en surface suspendues Mais, hier matin, dès 6 h 30, le Cassiopée a repris les recherches dans ce même secteur. A 7 h 57, un poisson autopropulsé a renvoyé l’image de l’épave du ligneur Le Liberté, gisant par 70 m de fond, à 15 kilomètres à l’ouest de la pointe de l’île de Sein. La coque, l’hélice et la quille semblent intactes. Des plongeurs démineurs ont pour mission de le vérifier aujourd’hui. Le parquet de Quimper a, en effet, réquisitionné les moyens de la Marine nationale pour investiguer la coque, afin d’y retrouver éventuellement la dépouille de Guillaume Normant. Les recherches pour retrouver son corps en surface ont été suspendues, hier à 15 h, après un essai infructueux de l’hélicoptère de la Sécurité civile, Dragon 29, gêné par la brume persistante. Plongées à l’étale de courant Le Groupement des plongeurs démineurs de l’Atlantique (GPD), basé à Brest, rejoindra donc aujourd’hui la zone du naufrage sur le bâtiment support Styx, notamment équipé d’un caisson hyperbare. Il sera accompagné du chasseur de mines Cassiopée. Ces « plongeurs profonds », aptes à intervenir jusqu’à 80 m de profondeur, devraient effectuer leurs plongées peu après 19 h, aujourd’hui, à l’étale de courant. Ils tenteront de visiter toute l’épave et d’effectuer des prises de vue afin de les remettre à la justice. Quant au renflouement du Liberté, il n’est, selon le procureur, pas d’actualité (lire ci-dessus).
ECUEILS, HOULE, COURANT... DES DANGERS AU QUOTIDIEN
Yves Madec
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Relié par un câble optique au bateau, en l’occurrence le chasseur de mines Cassiopée, le PAP (poisson autopropulsé) mis à l’eau hier a permis d’identifier formellement l’épave du Liberté qui a fait naufrage vendredi. (Photo Marine nationale)
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