La pêche au bar est loin d’être un long fleuve tranquille. « Il faut savoir, en effet, que ce poisson à la chair réputée se pêche dans des endroits difficiles », explique le Sénan François Spinec, par ailleurs sous-patron de la vedette de sauvetage Ville de Paris. « Non seulement, il évolue dans peu d’eau et au milieu de rochers mais également dans une mer très oxygénée, battue par les courants ». Une accumulation d’éléments qui obligent le pêcheur à s’approcher au maximum de l’écueil, de la roche, dans des zones de bas-fond et contre le courant, dans une eau bouillonnante. Aussi est-ce à une prudence de tous les instants que sont confrontés quotidiennement ces professionnels chevronnés qui doivent également composer, parfois, avec la houle ou la brume.
Houle, brume...
S’il y avait une forte houle ces derniers jours, François Spinec pense toutefois que la brume a peut-être été un facteur aggravant, à l’origine du drame. Un avis partagé par Jean-Paul Coatmeur, maire d’Audierne. « Ce poisson se pêche au mètre près et toujours au même endroit, précise François Spinec. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas rater notre coup de ligne dans une zone où les courants, leur vitesse, mais également la hauteur d’eau, changent d’heure en heure ».
Faire face aux échéances
Confrontés à un mois d’avril pauvre en apport de bar et « un mois de mai qui n’a jamais été aussi catastrophique, nous sommes amenés à prendre de plus en plus de risques. Car il faut être réaliste. Si la pêche avait été meilleure depuis le début de l’année, nous n’irions pas en mer compte tenu des conditions météorologiques actuelles. Mais il faut bien faire face à différentes échéances ». Attristé, comme tous ceux qui connaissent Guillaume Normant, par « la disparition d’un homme qui a toujours été un leader pour la profession », François Spinec s’insurge, en outre, contre « les scientifiques qui prétendent qu’il y a abondance de bar, alors que les pêches se traduisent non seulement par des prises de plus en plus petites, mais aussi de plus en plus rares ».
Très exposé, le métier de ligneur dans le raz de Sein, est une profession emblématique de la pointe de Bretagne. Souvent seuls à bord de petites unités (de cinq à douze mètres) surpuissantes, les pêcheurs affrontent les dangers du raz de Sein et les parages d’Ar-Men, des endroits parsemés d’écueils et battus par de forts courants. C’est dans ces eaux tumultueuses, face à une côte déchiquetée, qu’ils traquent le bar, l’espèce noble par excellence qui se négocie aux environs de 15 euros le kilo. Souvent taxée d’individualisme, la profession s’est structurée depuis 1993 en association, dans le but de défendre le bar de ligne, qui fait l’objet d’un véritable label identifié par une étiquette apposée sur chaque poisson pêché à l’unité, selon des techniques exclusivement traditionnelles. Le port d’Audierne compte une vingtaine de ligneurs de bar sur les 200 réunis au sein de l’association des ligneurs de la pointe de Bretagne.