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Clemenceau. De Brest à Gand ?

Clemenceau. Les Belges en favoris

On connaîtra officiellement, avant la fin de l’année, l’entreprise qui sera chargée de désamianter et de découper l’ex-Clemenceau (26.000 t), le porte-avions immobilisé depuis un an et demi à Brest. Parmi les cinq opérateurs encore en lice, la proposition du groupe belge Galloo Recycling tient la corde.

Le groupe, qui compte 25 filiales en Belgique et dans le nord de la France (Douai, 59), a eu le temps de se forger un nom dans le recyclage de navires en tous genres. Group Galloo Recycling (1) avait participé au renflouage du Tricolor, ce ferry coulé en Mer du nord avec ses voitures à l’intérieur. Choisis parmi une trentaine d’opérateurs européens, les Belges ont également remporté, cet été, le marché du HMS Fearless, un bâtiment militaire anglais de 158 m. Son démantèlement est prévu en début d’année à Gand, le Clemenceau étant programmé dans la foulée.
600 mètres de quai et un vaste slipway
Pas étonnant que leur dossier technique et que leur potentiel industriel aient autant fait sensation. Ils disposent à Gand d’un quai de 600 m et d’un vaste slipway pour finir le travail. Mais pas question d’effectuer eux-mêmes le désamiantage : ils ont prévu de faire appel à un sous-traitant des plus pointus dans le domaine et appliqueront une méthode éprouvée. La découpe est prévue en tronçons, du quai, bateau à flot. Des équipes légères se chargent du désamiantage et découpent niveau par niveau, des blocs de plusieurs tonnes saisis par des grues. Une fois dépollués et déposés à terre, ces ensembles sont découpés à l’aide de cisailles installées au bout de puissants bras métalliques. Il suffit de hisser sur le slipway la coque allégée au maximum, avant de la soumettre au même découpage mécanique. « Ces 36 mois de chantier au maximum sont une belle opportunité de faire parler de son savoir-faire », commente sobrement un spécialiste français du groupe. « Au moment de son départ pour l’Inde, nous avions été terriblement vexés lorsqu’on avait claironné qu’aucune entreprise européenne n’était capable de mener à bien cette opération ! »
Appelés à affiner ses coûts
La société gantoise Van Heyghen Recycling est invitée à affiner ses coûts au plus tard pour la semaine prochaine, pendant que les candidats les moins bien placées ont ou s’apprêtent à recevoir un courrier leur expliquant le choix définitif. Retenus ou pas, les Belges ont relevé le gant avec brio et une certaine suite dans les idées : le Colbert, la Jeanne d’Arc et les nombreuses frégates à suivre sont déjà dans leur ligne de mire. (1) 500 employés, 400 M€ de chiffre d’affaires en 2006, entre 10.000 et 20.000 t de navires recyclés chaque année. Le groupe belge a déjà traité plusieurs navires industriels de pêche bretons.
Le prix ne fait pas tout
Deux Françaises, une Italienne, une Anglaise et une Belge. Le casting final de ce premier appel d’offres du genre en France est on ne peut plus européen. Exceptionnellement, les autorités françaises ont raccourci la procédure et se sont gardées de favoriser les candidats nationaux. Les cinq candidatures retenues ont été jugées sérieuses mais l’absence de certification ou le défaut de licence a fait la différence. On peut schématiquement retenir, d’un côté, les deux grands groupes français, Sita France (filiale de Suez Environnement) et Veolia (Environnement), aux reins suffisamment solides pour abaisser leurs coûts de production face à un spécialiste belge (Galloo) reconnu au niveau européen, disposant d’un site personnel autorisé et du label « Green ship recycling » qui manque à certains. Simont, le modeste opérateur italien basé à Naples, jouit d’un site de traitement certifié mais n’a plus déconstruit depuis la fin des années 90. L’Anglais Able Uk basé à Hartpool, sur la côte Nord-Est, court après des autorisations qui lui ont été retirées. Les Anglais ont reçu un nouvel avis défavorable, l’automne dernier.
La solution technique avant tout
Restent les deux références du recyclage à la française, largement capables d’absorber financièrement ce chantier mais sans doute moins convaincantes sur le montage technique (ne disposant pas de chantier à part entière), 60 % de la décision finale s’inspirant de la qualité technique de la solution et 40 % du prix. Les Belges gardent précieusement la pole position, totalement opérationnels, 100 % certifiés (selon les critères admis en France). Ils ont produit de loin la proposition la plus rassurante dans un dossier où l’Etat français n’a plus le droit à l’erreur. Mais il leur faudra tenir la distance sur le coût.
Le chantier Van Heyghen à Gand (Belgique)
Le chantier est situé dans le port de Gand et est accessible par des navires de grande taille (10 à 12m de tirant d’eau) depuis l’Escaut, puis le canal de Gand à travers l’écluse de mer de
Terneuzen. Il pratique habituellement le démantèlement de petites unités fluviales ou maritimes (navires de pêche et navires jusqu’à 5000 tonnes) mais est capable de traiter des navires bien plus gros. Le chantier possède 600 m de quai et il est implanté dans une unité de recyclage de métaux du même groupe (Galloo) ce qui permet de bénéficier des compétences, des équipements de traitement (cisailles, manutentions,…) et des moyens de réexpédition et de commercialisation des ferrailles produites. Il possède de longue date toutes les licences et autorisations de l’Etat belge pour les travaux de démantèlement et de recyclage des navires.
L’effectif total du chantier est d’environ 40 personnes. Le chantier serait en mesure de traiter annuellement un maximum de 120000 tonnes lège de navires. Le chantier possède la certification ISO 9001, il satisfait en Belgique aux textes réglementaires équivalents du classement ICPE français. Ce chantier a participé par le passé au démantèlement du navire Tricolor.

Stéphane Jézéquel. 30/11/2007



Avec la solution belge, le démantèlement est dépaysé et échappe complètement aux partenaires industriels locaux. Hormis la préparation du navire avant le remorquage où des sous-traitants bretons pourraient être sollicités avant le 31 mai, tout s’effectue à Gand. Exit l’option du dock flottant disponible au Havre et qui aurait pu être acheminé jusqu’à Brest. (Photo archives Stéphane Jézéquel)
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