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Clemenceau. De Brest à l'Angleterre ? Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Clem. « J’ai tenu la barre à ses débuts en mer »

En 1959, le porte-avions Clemenceau débutait ses essais au large de Brest avant sa mise en service deux ans plus tard. Gérard Le Picard, 72 ans, qui vit aujourd’hui à Binic (22), sur le littoral costarmoricain, en fut le bosco (maître de manœuvre) durant cette période. Retraité de la Marine nationale depuis 1979, il revient sur les six mois de sa vie à bord du Clem.

Gérard Le Picard est entré dans la Marine nationale en 1949. Avant d’atterrir sur le pont du Clem, il a fait l’Indochine, puis Madagascar. « La première fois que j’ai vu le Clemenceau, c’était à Brest. En juin 1959, je revenais de mission où j’étais embarqué sur la Grandière, un aviso colonial (bâtiment stationnaire en outre-mer), qui accompagnait la vieille Jeanne d’Arc. Mon bateau a été désarmé et tout l’équipage a été affecté sur le porte-avions qui devait démarrer ses essais en mer ».
Début de l’aventure, le 1 e r octobre 1959
C’est le 1 e r octobre 1959, avec la prise de commandement du navire, qu’il effectue, comme quartier-maître première classe, ses débuts en service actif sur le Clem. « J’étais à la barre et je faisais les manœuvres de pont, sous les ordres du commandant pour les départs, qui était à l’époque le commandant de vaisseau Lorrain, puis de l’officier de quart en mer. C’était une barre à roue démultipliée à laquelle il fallait ajouter deux barres de secours à l’arrière. Un tel engin n’était pas plus dur à manœuvrer qu’une voiture », se souvient, sans fanfaronner, l’ancien quartier-maître. La date exacte de sa première sortie en mer, notre homme ne s’en souvient plus très bien; « c’était à la fin 59 ou début 60, avance-t-il. Nous sommes partis au large de Brest pour des essais. Les catapultes avaient été mises au point par les Anglais, avant d’aller en mer. Je me souviens que c’est un Bréguet Atlantique (avion à hélices) qui fut le premier avion à apponter sur le Clem ».
L’Algérie plutôt que le Clemenceau
De sa vie à bord, Gérard Le Picard ne garde pas forcément que des bons souvenirs. « Il y avait environ 1.000 hommes d’équipage avant l’arrivée des flottilles de l’aéronavale; c’était une véritable usine sur l’eau avec une discipline très rigoureuse. Dans les coursives, il y avait des seaux tous les dix mètres pour ceux qui avaient le mal de mer. Alors, quand ils ont cherché des hommes pour partir en Algérie, je me suis porté volontaire ».
Ravitaillement au Cap Horn
L’aventure du quartier-maître sur le Clem se termine le 21 avril 1960. Au cours de sa carrière de marin, de ses deux tours du monde et de ses 22 ans de service en mer, le plus souvent sur des pétroliers ravitailleurs, il va pourtant le croiser au hasard des missions. En 1966, sur l’Isère, un ravitailleur, il le retrouve à Tahiti. « Cette année-là, nous l’avons suivi jusqu’au Cap Horn où nous l’avons ravitaillé. Lui rentrait sur Brest, quand nous repartions à Tahiti ». Il l’a ensuite vu à quai à Toulon, avant de prendre sa retraite en 1979, après une dernière affectation sur la base aéronavale d’Aspretto en Corse. Aujourd’hui, notre jeune quartier-maître a vieilli, mais moins que le Clem, désarmé en 1997. De la dernière aventure du porte-avions pour son désamiantage en Inde, puis son retour à Brest, il parle d’un beau gâchis. « Ça fait vraiment une drôle d’impression, surtout quand on l’a vu tout neuf », confie-t-il.
Impérativement ce matin !
Le Clemenceau doit impérativement passer le goulet ce matin ! La fenêtre météo n’est pas énorme puisque les conditions se dégradent dès cet après-midi, avec des vents annoncés à plus de 20 nœuds, la limite fixée par les marins chargés de sa manœuvre dans le port. En cas de contre-temps technique ou si le vent se mettait à souffler plus tôt dans la journée, la Marine serait dans l’obligation de différer l’accostage, en renvoyant plus au large le convoi. Un demi-tour si près du but qui réalimenterait la polémique. Vulnérable dans le vent fort, aussi proche des côtes, il faudrait déployer des moyens supplémentaires pour le placer sous haute surveillance. « Ce sera mercredi matin ! », assurait, hier après-midi, l’amiral Mérer, plutôt pressé d’en finir.
Démantèlement. Des Brestois intéressés
Des industriels brestois sont en train de constituer un groupement pour postuler au démantèlement du Clemenceau. Il s’appellera Brest Force +.
« On va essayer d’obtenir ce démantèlement parce que nous sommes compétents et avons de l’expérience dans le milieu maritime », expliquait, hier, Michel Guyot, patron de Brest Récupération. Outre cette entreprise, spécialisée dans la ferraille, le groupement comprend la société d’ingénierie d’André Jacq, qui pourra intervenir en encadrement des travaux de désamiantage, ainsi qu’en coordination et planification. Sa société a travaillé pour des grands comptes sur plusieurs sites industriels, dont l’île Seguin, pour Renault.
Sur le Foch
La SIB interviendrait, elle, pour le désamiantage proprement dit. Cette société l’a déjà fait, notamment sur le Clemenceau, par le passé, lors d’immobilisations pour entretien, également sur le Foch. Ce, pour des opérations de désiamantage partielles. Bretagne Echafaudage prêterait son concours dans sa spécialité, qu’elle assure en réparation navale notamment, depuis 18 ans. NPI (Nettoyage pétrolier industriel) apporterait son expérience acquise, entre autres, dans la dépollution des sols du plateau des Capucins à Brest, dans l’arsenal. Pierres Services, spécialiste en engins de levage complète la palette qui comprend également deux avocats. M e Richard Le Roy interviendrait sur l’aspect droit public, et son homologue Marcel Hascoët plutôt sur le commercial. Par ailleurs, Jean-Paul Congos (assurances Axa) est à l’écoute de ce qui va se faire.
Appel d’offres européen à l’automne
C’est à l’automne qu’un appel d’offres européen doit être lancé. On en saura alors plus sur ce que demande l’Etat et qui va pouvoir alors répondre. Pour l’heure, faute de savoir la quantité d’amiante restante et les endroits où il faut la chercher, les pronostics sont difficiles à effectuer sur ce chantier.

Lionel Samson


L’ex-Clemenceau se trouvait, hier après-midi, à une centaine de kilomètres au sud de Brest. Il devrait se présenter ce matin vers 7 h 15, à l’entrée du goulet de Brest. (Photo Claude Prigent)

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