Dans un dossier publié la semaine dernière par Cols Bleus, le magazine officiel de la Marine, l’état-major retrace la démarche initiée autour du Clemenceau. Du jamais vu dans le traitement d’un navire de cette taille avant de l’acheminer vers un chantier de découpage indien.
Bonne intention mauvais résultat
L’article reprend les différentes étapes du processus. A partir d’une étude sur plans, conduite en 2003, l’amiante a été localisé et estimé à 1 % du tonnage du navire, avant le chantier de dépollution effectué à Toulon, en 2004-2005. Une partie de l’amiante a été retirée, mais cette première opération a été « limitée dans son ampleur parce que la structure du navire devait rester suffisamment intègre afin d’autoriser le remorquage de longue durée vers l’Inde ». Le plan de localisation de l’amiante a été remis aux autorités indiennes. Un suivi était prévu sur place pour achever le travail. Les marins enfoncent le clou : « A ce jour, aucun autre navire, tant de commerce que de guerre, n’avait été partiellement désamianté pour en retirer l’amiante friable (le plus dangereux) directement accessible ». Reste que la machine s’est enrayée à plusieurs reprises et que la communication n’a pas du tout été à la hauteur de la démarche engagée. Sans parler des remorquages à répétition et des piteux demi-tours à cinq nœuds.
Les écolos apprécient
Certaines associations écologistes et pas des moins virulentes, n’ont pas eu peur de souligner la qualité et le caractère innovant du dossier. Robin des Bois, par exemple, écrivait à la mi-janvier qu’il fallait « prendre en compte la valeur positive et exceptionnelle de ce désamiantage volontaire et de l’ensemble des dispositions prises en Inde par des industriels soucieux d’améliorer la filière de démantèlement des navires et du recyclage des métaux ». L’association prônait même d’appliquer cette méthode à l’échelle des armateurs européens, afin d’arrêter l’abandon pur et simple des navires rouillant dans des ports ou des cimetières marins. Même son de cloche chez les Verts qui ne manquaient pas de souligner le changement de cap d’une Marine choisissant, enfin, une autre alternative que le pourrissement sur place ou l’océanisation.
« L’exemple de ce qu’il faut faire »
Francis Vallat, président d’Ifremer, ajoute, dans le dernier numéro de « Pour la Science », re²prenant des déclarations d’experts britanniques ou américains : « Le travail qui a été réalisé pour nettoyer le navire avant son arrivée, la programmation des travaux sur le site de démolition sont l’exemple de ce qui devrait toujours être fait. Les critiques ont pris ce bateau pour cible, alors qu’il est l’exemple de ce qu’il faut faire ».
Sita France , la filiale propreté de Suez Environnement, s ’ est porté e candidat e, auprès du ministère de la Défense, pour « la déconstruction et la dépollution du porte-avions Clemenceau », indique dans son édition d’aujourd’hui La Tribune. Elle a , pour cela, formé un groupement d ’ entreprises avec deux partenaires, Endel, une autre filiale de Suez, active dans la maintenance industrielle, et Sirec, spécialisé dans le recyclage de métaux, indique le quotidien, en citant le P - DG de Sita France, Patrice Dauvin. Sita France se lance dans le démantèlement de navires et vient de démarrer cette nouvelle activité en démantelant une frégate à Cherbourg.
Et que dire du chantier indien choisi par la France ? « L’entreprise indienne qui avait été choisie possède les qualifications Iso 9001 (qualité du management), Iso 14001 (respect de l’environnement) et OHSAS 18001 (conditions de sécurité et de santé des ouvriers) ». « Autant de qualifications vérifiées in situ par des membres de l’ambassade de France et des officiers de l’état-major », appuient les autorités militaires. Par ailleurs, cinq cadres indiens de cette entreprise ont été formés en France et du matériel devait être acheminé sur place. Des experts français devaient s’assurer du bon déroulement du chantier sur place... Un expert européen devait vérifier les conditions de travail, dans le respect de la réglementation européenne en vigueur. Même si l’option de faire traiter ailleurs un bateau pas entièrement dépollué n’était pas satisfaisante, des dispositions étaient bien prises pour achever le travail dans les meilleures dispositions.
Une démarche unique
Grotesque, ubuesque, affligeant a été le remorquage de la Q 790. Unique et innovante a été la démarche initiée par les autorités, à l’heure où bon nombre de Marines continuent d’exporter leurs coques brutes de produits dangereux ou de les « confier » aux poissons. Autant de navires que l’on coule, sans trop se poser de questions, notamment outre-Atlantique, en dépit d’un magnifique et officiel chantier américain de démantèlement.