Le ridicule n’a jamais tué personne, heureusement ! Mais il peut faire très mal… Comptant apparemment parmi les seuls à l’avoir trop tardivement compris, le président de la République a pris acte en quelques minutes d’une décision de bon sens du conseil d’Etat, qui interrompt définitivement l’épopée
burlesque de l’épave de feu le porte-avions Clemenceau.
Tous derrière et elle devant
Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Défense qui a seule géré ce dossier depuis le début, se retrouve encore un peu plus seule depuis hier. Non seulement Jacques Chirac a pris sa décision après avoir annoncé la veille qu’il s’était « saisi directement du dossier, mais les petits camarades de la ministre ont fait preuve d’une célérité rare à lui refiler la patate chaude. Car n’oublions pas, comme la ministre l’a rappelé hier dans sa conférence de presse, que l’épave délabrée et amiantée n’est plus depuis longtemps la propriété de la Marine nationale ou de la Défense, mais bien celle des Domaines, donc du ministère du Budget. A-t-on entendu le pâlichon François Loos - titulaire de ce portefeuille - se prononcer sur le sujet ? Jamais. Son ministre de tutelle, Thierry Breton, en a-t-il dit un mot ? Jamais. Le pourtant loquace Philippe Douste-Blazy s’est-il exprimé sur les déboires diplomatiques avec l’Egypte ou l’Inde ? Pas du tout… Le Premier ministre a-t-il donné son avis avant de maugréer, mardi à Moscou ? Vous n’y pensez pas ! Tous les planqués, tous les fils d’archevêques ont laissé la soldate Alliot-Marie sortir seule de la tranchée, alors que ce n’était pas à elle de le faire. Eux ont senti le vent du boulet, elle l’a pris en pleine face…
Elle s’est plantée ? Certes. Mais en politique, on survit à ce genre de bévue. Après Charles Hernu voici plus de vingt ans, la ministre apprend à ses dépens qu’on ne doit plus compter pour quantité négligeable des acteurs comme Greenpeace, et qu’il est particulièrement mal élevé, et de surcroît illégal, d’envoyer vers le tiers-monde des monceaux de déchets qu’on ne veut pas assumer en Europe.
Chirac n’avait pas le choix
Evidemment, à quelques jours de sa visite en Inde, Chirac n’avait pas d’autre choix. Mais en fait, il aurait fallu ramener le Clemenceau bien plus tôt, et pour tout dire, la meilleure idée aurait été de ne jamais le laisser partir. Dans les bonnes familles, on apprend qu’il faut laver son linge sale en famille, et le précepte vaudra pour la suite, quand l’Europe sera dotée de l’outil nécessaire. Gageons que, quel qu’en soit le prix, les vieux navires amiantés, civils et surtout militaires qui symbolisent mieux que tout autre outil la grandeur des Etats, n’iront désormais plus se faire désamianter dans des pays où le prix de la vie humaine n’est pas le même que chez nous. Politiquement, cette leçon vaut bien un naufrage, sans doute.
Réagir à cet article