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Clemenceau. De Brest à l'Angleterre ? Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Piteux changement de cap

Jacques Chirac tente de mettre un point final au feuilleton du Clemenceau. Appliquant immédiatement une décision du Conseil d’Etat annulant le transfert en Inde de l’ancien porte-avions, le président français a décidé hier de rapatrier sur Brest l’ancien fleuron de la Marine nationale. Reste à trouver une solution pour le désamiantage du navire…

Jacques Chirac a tranché. Le Clemenceau va revenir en France. A vrai dire, le président de la République n’avait guère le choix, le Conseil d’Etat ayant infligé hier une nouvelle claque au gouvernement en ordonnant la suspension du transfert de l’ancien porte-avions vers le chantier indien d’Alang, où il devait être désamianté. Le navire, actuellement dans l’océan Indien, va donc faire demitour « dans les prochaines heures ou les prochains jours », a précisé la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie. Il mettra « environ trois mois » pour gagner Brest, en passant par le cap de Bonne Espérance. Contrairement à son voyage aller, il n’empruntera pas le canal de Suez, dont l’Egypte lui avait dans un premier temps refusé le passage.


Rien de réglé pour le démantelement
La décision prise par Jacques Chirac laisse entière la question du démantèlement de l’ancien porteavions, et plus largement de l’ensemble des navires civils et militaires en fin de vie. Plus de 700 navires de commerce sont détruits par an dans le monde, et ce chiffre devrait doubler d’ici 2008. Aucun chantier européen n’a la capacité de démanteler les navires du tonnage du « Clemenceau ». Jacques Chirac a souhaité que cette question soit abordée au niveau européen. De son côté, Dominique de Villepin a annoncé la création d’une mission interministérielle sur le sort des navires en fin de vie.


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GREENPEACE. « LA MORALE ET L’ÉTHIQUE ONT GAGNÉ. »
Les associations écologistes qui se sont battues devant les justices française et indienne pour empêcher le transfert du Clemenceau en Inde se sont déclarées « satisfaites » hier de la décision de Jacques Chirac. « La morale et l’éthique ont gagné. Cette affaire est emblématique de la fin d’une époque où le cynisme et le mépris pour les pays du sud prévalaient », s’est réjoui Yannick Jadot (ci-contre), directeur des campagnes de Greenpeace-France. L’organisation souhaite que le cas du Clemenceau « fasse jurisprudence » et que la France « développe une filière de dépollution de ses navires en fin de vie ». (Photo AFP)
ROBIN DES BOIS. ATTENTION AUX « EFFETS PERVERS ».
La décision de rapatrier le Clemenceau « pourrait avoir des effets pervers », a estimé hier l’association de défense de l’environnement Robin des Bois, la seule à avoir défendu le choix du ministère de la Défense sur le désamiantage partiel du bâtiment en France. Parmi les risques, l’association évoque le « prolongement d’exploitation de navires hors d’usage » ou encore la « revente avant ferraillage à des sociétés off-shore l’affranchissant du droit français ».
PS. HOLLANDE EXIGE UNE « ENQUÊTE COMPLÈTE »
Le Premier secrétaire du PS François Hollande a exigé hier qu’une « enquête complète » soit menée sur le « fiasco » du Clemenceau, afin que « soient connues en toute transparence les responsabilités ». « Cette affaire d’Etat ternit gravement l’image de la France et du président » qui « a sciemment violé nos engagements internationaux », a-t-il déploré. Selon lui, le rapatriement du navire « aurait dû intervenir il y a déjà plusieurs semaines, dès les premiers doutes connus sur la présence de plusieurs tonnes d’amiante dans la carcasse du porte-avion ». (Photo AFP)
INDE. LES CHANTIERS DÉPITÉS.
La décision de Jacques Chirac porte un « coup dur » à l’industrie indienne des chantiers navals, a estimé hier Girish Luthra, directeur de la compagnie qui devait se charger du désamiantage. « Ce navire en particulier aurait pu fournir des emplois à 300 ou 400 ouvriers. Au total, je suis sûr que cela aurait fait travailler de 5.000 à 10.000 personnes », a-t-il ajouté. Les chantiers en déclin (116 navires démantelés en 2005 contre 361 en 1989) espéraient relancer leur activité grâce au Clemenceau et attirer dans la foulée de nouvelles commandes.


Combien de tonnes de produits amiantés sont encore à bord ? 45 selon les chiffres officiels du ministère de la Défense, 75 selon une note interne de la Marine... Entre 500 et 1.000 selon Greenpeace. (Photo d'archives, DR)
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