« Ça fait quatre ans qu’on souffre et nous n’avons toujours pas de réponse. Je reste persuadée qu’il s’agit d’une affaire d’État. Il faut que ceux qui savent parlent. La seule solution qui nous reste, c’est de faire appel à Sarkozy », lance Françoise Jolivet, plus que jamais persuadée de l’implication d’un sous-marin dans le naufrage du Bugaled-Breizh. Le dernier rapport écartant la thèse de la croche molle est un signe fort pour la sœur d’Yves Gloaguen, le patron du chalutier, décédé dans le naufrage survenu le 15 janvier 2004 au large du cap Lizard. « Ils veulent qu’on lâche, mais on ne lâchera pas ».
Le juge en Angleterre
C’est la piste du sous-marin que semble suivre le juge d’instruction. Il devait se rendre en Grande-Bretagne courant janvier. « Un déplacement reporté en février ou en mars », expliquait, hier, Christian Bergot. Pour l’avocat des familles des victimes, « il faut une intervention rapide et efficace des autorités françaises, au plus haut niveau, afin de demander aux Britanniques de collaborer à la recherche de la vérité ». Une lettre ouverte sera rédigée dans les prochains jours à l’intention du président de la République et du Premier ministre britannique. Les parties civiles attendent que la lumière soit notamment faite sur le « Thursday war », un exercice britannique organisé le jour du naufrage, parallèlement à celui de l’Otan. « Il faut que les Anglais collaborent, cette fois. Nous avons le sentiment qu’ils ne communiquent que les éléments qui les disculpent », souligne M e Kermarrec, l’avocat de l’armateur du Bugaled-Breizh.
Le treuil en question
Et si l’instruction semble désormais concentrer ses efforts sur la thèse du sous-marin, elle n’écarte pas définitivement d’autres pistes, à la demande de la procureure. Elle a souhaité que l’armateur du chalutier soit interrogé sur les travaux réalisés sur le treuil bâbord qui avait laissé filer 140 mètres de câble. « C’est vrai, le moteur du treuil a été changé la marée avant le naufrage, mais il a été remplacé par un moteur identique », indique Michel Douce. « De toute façon, la cause du naufrage n’est pas la croche », renchérit son avocat. Des parties civiles pas insensibles à l’annonce du départ de la procureure de Quimper pour Bayonne : « A chaque élément nouveau dans le sens de la croche avec un sous-marin, Mme Kayanakis est montée au filet pour allumer un contre-feu », regrette Christian Bergot. Un avocat d’abord satisfait de la poursuite de l’instruction à Quimper, confirmée cette semaine.
Écartée un temps, la thèse de la présence d’un autre bâtiment - témoin ou responsable - sur les lieux du naufrage est à nouveau d’actualité, selon M e Kermarrec, l’avocat de Michel Douce. « Le juge d’instruction pensait que le radeau crevé par le plongeur des Coast Guards était celui ramené par l’Hermine (NDLR : il portait une entaille de 10 cm dans le fond). Mais le plongeur a été une nouvelle fois interrogé et a bien confirmé que le radeau avait coulé après qu’il l’a entaillé dans le fond et le tube latéral ».