« C’est un sous-marin ». Le mot est lâché par Robert Bouguéon, président du comité local des pêches du Guilvinec. Après deux heures d’un entretien très technique avec le juge Foltzer, il est le premier à sortir de la salle du tribunal. « Pour nous c’est une victoire », poursuit-il.
La thèse du BEA écartée
Une victoire, Nathalie Gloaguen, belle-sœur d’une des victimes du naufrage, ne dit pas autre chose. « Je suis heureuse d’avoir entendu dans la bouche du juge le terme de sous-marin », souligne-t-elle. « Ce mot-là nous a soulagés ». Un mot prononcé et par « le juge » et par « les experts » confirme Christian Bergot, l’avocat des familles. « Le juge a indiqué que la thèse la plus plausible était celle d’une croche avec un sous-marin ». Une thèse que, depuis le naufrage du chalutier bigouden au large du Cap-Lizard, les familles et parties civiles n’ont cessé de défendre. Rejetant avec force le rapport du Bureau enquête accident (BEA) mer qui, en novembre dernier, avait conclu à un ensouillage ou « croche molle ». Hier, « les experts ont écarté la thèse du BEA mer », a constaté Christian Bergot. En procédant par élimination, « la cause la plus probable est celle d’une croche avec un sous-marin, par-dessous ». Reste à savoir lequel.
Pas de nom ni de pavillon
« On ne sait pas. Nous n’avons pas de nom, pas de pavillon », regrette Robert Bouguéon. « Le juge pense qu’il n’aura pas le nom ». Seule certitude, le submersible en question ne serait ni français, ni même anglais. « Si ce n’est pas un sous-marin de l’Otan, ce ne peut être qu’un sous-marin espion », constate Christian Bergot. Et dans ce cas, la possibilité de l’identifier est presque nulle. De fait, l’affaire pourrait bientôt « quitter le terrain judiciaire pour le terrain politique », notent conjointement Michel Douce, armateur du navire, et son avocat, Michel Kermarrec. Pour ce dernier, « seuls les états-majors sont capables de dire ce qui s’est véritablement passé entre 12 h et 13 h ».
Deux hypothèses
Dans l’après-midi, reprenant les conclusions de l’expert sous-marinier Dominique Salle, Anne Kayanakis, procureur de la République a considéré comme « sérieuse » l’hypothèse du submersible. Ajoutant aussitôt : « Quant à savoir si elle est dominante, je serais plus nuancée ». Car selon elle, s’« il y a des faisabilités théoriques, des obstacles de contexte la rendent peu plausible » (lire encadré). A contrario, la magistrate note que la thèse de l’accident de pêche « est toujours une hypothèse envisagée ». Elle s’appuie en cela sur le rapport d’expertise générale de Jean-Daniel Troyat qui retient l’option de la croche. « Le chavirement pouvant s’expliquer par un phénomène de tension et de relâchement de tension de la fune bâbord ». Un dossier qui, selon elle « sera clôturé dans les mois qui viennent ». Avec, en l’état actuel un probable non-lieu. « Si c’est une croche, on n’ira pas plus loin que la fortune de mer. Si c’est un sous-marin, il y a une limite à la recherche, celle de la souveraineté des États ».
« Une croche par un sous-marin est possible par le safran inférieur arrière », a précisé Anne Kanyanakis. Un sous-marin qui aurait dans ce cas « rattrapé le chalutier selon un angle assez faible, par l’arrière ». Des sous-marins présents sur zone, « et à supposer qu’un sous-marin soit impliqué, il ne peut s’agir d’un sous-marin de l’Otan ». D’autant que la zone du naufrage du Bugaled-Breizh n’était pas affectée à la navigation d’un sous-marin dans le cadre des exercices. Même si une commission rogatoire est en cours pour connaître la position de trois sous-marins britanniques : Talent, Triomphe et Tyreless. Reste alors la possibilité d’un sous-marin espion. « Il existe des réserves, sur la provenance, les raisons de la présence d’un sous-marin à cet endroit-là ».
Stéphane Guihéneuf. 29/06/2007.