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Bugaled Breizh. Enquête sur le naufrage Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Mars 2007. Bugaled, le procureur élimine deux suspects

Dans l’affaire du Bugaled-Breizh, les dernières commissions rogatoires internationales (CRI) lancées par le parquet de Quimper, à destination de la Grande-Bretagne et de la Hollande, sont en possession des enquêteurs depuis le début 2007. Elles sont en cours de traduction par l’expert sous-marin. Anne Kayanakis, procureur, explique que ces documents « écartent » l’hypothèse de la responsabilité du Turbulent et du Dolfijn, les deux submersibles suspects dans le naufrage du chalutier bigouden et de ses cinq hommes en Manche, le 15 janvier 2004.


Dans l’hypothèse d’une croche du Bugaled avec un sous-marin, les deux principaux bâtiments suspects sont le hollandais, Le Dolfijn, et l’anglais, Le Turbulent. Que vous disent les documents reçus à leur sujet ? Les Hollandais ont répondu fin janvier à notre CRI. On a fait un point avec le juge d’instruction. Ils nous ont donné le journal de bord du Dolfijn. Sur ce journal, la route, la vitesse, le cap du sous-marin le 15 janvier 2004 sont notés avec une chronologie détaillée qui nous permet de suivre sa progression le jour du drame. Et à 12 h 23, - on est aujourd’hui sûr qu’il s’agit de l’heure du naufrage -, Le Dolfijn se trouve à une dizaine de milles nautiques du Bugaled-Breizh.

Et Le Turbulent ? Pour Le Turbulent, la CRI, à laquelle les Anglais ont répondu à la mi-février, montre qu’il se trouve à quai à Devonport, le 15 janvier 2004. L’audition du commandant anglais et les journaux de bord des différents bâtiments britanniques nous le disent.
Est-ce que ces documents vous donnent une explication sur la présence troublante d’un hélicoptère, vu par le patron de l’Eridan sur la zone du naufrage avant l’arrivée officielle des secours ? Tous les membres de l’Eridan ne l’ont pas vu. On a donc interrogé les Anglais là-dessus et on a découvert que cet hélicoptère, présent sur la scène, était un MK7 849 qui participait à des exercices et non, en effet, l’hélicoptère rouge et gris des secours. Les enquêteurs britanniques ont donc interrogé les membres d’équipage du MK7 849. Ce bâtiment a capté le message d’alerte du naufrage et a fait un tour sur zone, mais n’est pas intervenu car il n’était pas opérationnel pour ces secours. Ces éléments ont été recueillis par des enquêteurs britanniques. Rien ne m’autorise à mettre leur travail en doute.
Et les trois radeaux ? La question est sans objet. L’affaire est claire. Il n’y en a que deux. Les Anglais ont apporté des compléments aux éléments initiaux. Le travail des enquêteurs britanniques permet de reconstituer le parcours exact des documents récupérés par le plongeur Brian Hall sur le radeau. Il n’y a rien d’anormal sur ce parcours. Brian Hall a, à nouveau, été entendu. Il a reconfirmé avoir crevé le radeau selon la procédure maritime pour ne pas polluer la zone.

Comment expliquer que les gendarmes maritimes n’aient pas vu cette déchirure lors de leur première inspection du pneumatique ? C’est un examen pas suffisamment minutieux des gendarmes de Brest. Mais ils ne cherchaient pas spécialement un coup de couteau dans ce grand pneumatique.
Est-ce que, pour vous, ces éléments écartent définitivement la piste du sous-marin ? Je ne peux pas me prononcer définitivement sur cette piste. Mais les nouveaux éléments écartent des responsabilités évoquées jusqu’à présent : celle du Dolfijn et celle du Turbulent.
Quelle est aujourd’hui la piste que vous privilégiez ? Je n’en privilégie aucune. On m’a un temps prêté des intentions malsaines. Il n’en est rien. On attend toujours des rapports définitifs des différents experts : expertise générale, fûne tribord, train de pêche, simulation de stabilité du Bugaled qui a été faite en novembre.
Suspects « écartés » mais questions en suspens
Certes, l’hypothèse d’une implication de sous-marins pour expliquer le naufrage du Bugaled-Breizh n’est pas « définitivement exclue », à ce stade de l’enquête. Mais elle prend sévèrement l’eau dans les couloirs de la Justice, dès lors que le parquet « écarte » deux des principaux suspects : le Dolfijn et le Turbulent. Au grand dam des parties civiles.
Et la force exogène, et le ragage, et le titane... ?
Car les familles des victimes, l’armateur du chalutier bigouden et le comité local des pêches font de cette hypothèse l’explication « la plus sensée » au drame. « Tant que le juge ne m’aura pas dit que les sous-marins, c’est écarté, j’y croirai encore. On veut être reçus au tribunal avec lui pour faire un point. Depuis juillet 2005, il n’y a pas eu de contacts », notait, hier, Nathalie Gloaguen, belle-sœur de l’une des victimes. Un besoin de rencontre avec le juge partagé par Michel Douce, armateur qui, comme M e Bergot, l’avocat des familles et du comité local des pêches, attend les traductions des commissions rogatoires anglaises et hollandaises pour réagir. Car, les deux suspects « écartés », des questions restent en suspens. En effet, si la piste des submersibles s’éloigne, comment s’explique la « force exogène » que l’instruction a pourtant mise au jour et qui s’est exercée sur le câble bâbord du chalut du Bugaled, entre 40 m et 60 m de profondeur, le jour du drame ? Que deviennent également le ragage, ce frottement fort, constaté sur la fûne, et plus tard la découverte de titane sur cette portion de câble ? Anne Kayanakis répond : « Cette expertise qui a parlé de "force exogène" a fortement favorisé l’hypothèse du sous-marin. On attend encore l’expertise finale des experts George et Théré à qui le juge a transmis officiellement les conclusions du BEA Mer ». Conclusions du BEA Mer qui expliquent principalement le naufrage du chalutier de 23 mètres par un ensouillement de ses câbles dans la vase. Un propos qui avait entraîné la colère des parties civiles et atterré le monde maritime bigouden lors de sa présentation. Sur la « force exogène » toujours, la procureure indique que « les traces et déformations que les experts ont observées sur le câble bâbord demeurent discrètes ». Pas du tout l’avis des parties civiles là non plus.
Titane : controverse
Pour ce qui est du titane, Anne Kayanakis indique : « Les expertises de peinture du Bugaled n’ont pas révélé de titane sur l’antifouling, mais il y en a dans les peintures des composants du navire », ce qui sous-entendrait que le titane proviendrait du navire lui-même. Une hypothèse à laquelle les parties civiles se sont déjà opposées. La partie expertisée du câble ne pouvant pas, selon elles, « avoir frotté le bateau pendant qu’il coulait ». La controverse n’a pas fini de sévir sur le dossier Bugaled.

Propos recueillis par Pascal Bodéré. 13.03.2007


« Les nouveaux éléments écartent des hypothèses de responsabilités évoquées jusqu’à présent : celle du Dolfijn et celle du Turbulent », assure le procureur de Quimper, Anne Kayanakis. (Photo archives Le Télégramme)
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