Assis côte à côte, Robert Bouguéon, président du comité local des pêches du Guilvinec, et Michel Douce, armateur du Bugaled-Breizh, ont réfuté la thèse de l’ensouillement, développée par le bureau enquête accident mer (BEA Mer) dans son rapport. Qui, selon l’armateur, « décline à l’infini les inexactitudes ». Et « ne s’intéresse pas du tout au processus qui a conduit au naufrage », précise encore son avocat, M e Kermarrec.
Conditions normales
Chaîne qui flotte, fond vaseux alors qu’il « est composé de sable et de cailloux », précise Michel Douce. Croche « molle » ayant entraîné le naufrage, le dossier « est truffé d’inexactitudes », souligne M e Kermarrec. Comme les conditions climatiques considérées mauvaises par le rapport. « Du mauvais temps, d’après le BEA-Mer, car 25 nœuds de vent, ce n’est pas du mauvais temps », note Michel Douce. « C’est un temps normal pour ce type de navire », note même André Le Brun, armateur du chalutier Jéricho (de même type que le Bugaled-Breizh) et président de la commission de sécurité du comité local. Qui considère que la fûne aurait dû se briser et libérer le navire de son matériel de pêche. « Aucun bateau n’a coulé avec un ancrage à 400 m du bateau ». « A moins que la traction ne se fasse plus près du bateau et en travers du navire ». Qui va dans le sens de « l’événement militaire ».
La thèse du submersible
Pêcheurs et parties civiles comptent désormais sur la Justice pour le démontrer. « Cela reste notre thèse », précise M e Kermarrec. Pour qui « la réticence que mettent les autorités à jouer le jeu d’une instruction ouverte démontre qu’il y a bien une vérité qu’on nous cache ». Il évoque ainsi la présence d’un hélicoptère de la Royal Navy, les deux radeaux de survie dont un, récupéré par L’Hermine, a fait l’objet d’une expertise, souligne aussi l’anomalie constatée dans un message du sous-marin britannique HMS Turbulent. M e Bergot, avocat des familles, se dit, quant à lui, « confiant », considérant que le rapport du BEA-Mer n’est qu’« une péripétie ». « Le juge va le prendre comme un élément du dossier, je ne suis pas inquiet ». Il compte également sur le rapport d’analyse de la fûne tribord et sur la nouvelle commission rogatoire lancée par le juge Foltzer.
La profession mise en cause
Quant aux marins, ils ne digèrent pas, à l’image de Robert Bouguéon, que le dossier « accuse cinq innocents, emportés par le fond par un sous-marin, assassinés. Tout le monde maritime est sur le pied de guerre ». Faisant état des nombreux soutiens reçus de la part des différents comités, il note que « c’est toute la profession qui est mise en cause » par ce rapport. De son côté, Michel Douce ne dit pas autre chose. « On accuse l’équipage, on accuse le patron, c’est inadmissible ».
Dans un courrier adressé au ministre des Transports, Dominique Perben, et à celui de l’Agriculture et de la Pêche, Dominique Bussereau, daté du 29 novembre, André Le Berre, président du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne, juge « souhaitable qu’une seconde expertise soit ordonnée pour déterminer la cause du naufrage ». Selon lui, le rapport du BEA-Mer « privilégie la thèse de l’accident consécutif à une croche, alors que les autorités judiciaires se sont engagées sur la piste de l’événement sous-marin et évoquent même l’implication d’un sous-marin ». Thèse qui, selon lui, perturbe « les familles des victimes du naufrage et l’armateur », d’autant qu’« une large majorité des marins pêcheurs a l’intime conviction que le navire a été emporté par un sous-marin ». De fait, « il règne autour de cette affaire dramatique un climat d’incertitude, de suspicion et je pressens d’interminables débats sur la cause du naufrage ». Et de conclure qu’« une telle expertise permettrait de revenir à plus de sérénité et de contribuer à faire la lumière sur les raisons de ce naufrage, particulièrement compliquées à déterminer ».
Stéphane Guihéneuf. 1er/12/2006