Dans notre édition du 1er septembre dernier, nous révélions la note adressée aux parties civiles par le juge Richard Foltzer. Exit « la force exogène ». Pour la première fois dans cette instruction où chaque mot compte, le magistrat y parlait de « bâtiment sous-marin ». Cette nouvelle formulation, le juge se la permettait « compte tenu de certaines conclusions déjà déposées par les experts » qui analysaient les câbles du chalutier bigouden.
« L’origine de l’élément titane reste inexpliquée »
Ces conclusions, les parties civiles les ont reçues hier. Des anomalies y sont constatées par les spécialistes. Notamment ce point majeur : il existe des parties minérales « exogènes » au câble bâbord, c’est-à-dire des parties qui ne sont pas des constituants de la fune du chalutier. Ces parties renferment « les éléments sodium, calcium, magnésium, silicium, chlore, soufre, potassium et titane. (...) ». Et les experts analysent : « Si l’on soustrait (...) les éléments contenus dans l’eau de mer, seule l’origine de l’élément titane reste inexpliquée. Il est à noter que cet élément entre en particulier sous forme de dioxydes dans la composition des peintures pour leur fort pouvoir opacifiant et leur stabilité chimique ».
Du titane sur le ragage
« Le titane n’est pas un élément des câbles du bateau. C’est une certitude ! », assène Christian Bergot, avocat des familles des victimes qui modère : « Maintenant, est-ce que titane veut dire sous-marin ? » Les parties civiles et nombre d’observateurs tranchent plus radicalement : ce nouvel élément de l’enquête désigne quasi définitivement l’implication d’un sous-marin dans le drame. Les traces de titane ont notamment été relevées sur la fune bâbord, celle-là même qui avait été retrouvée déroulée de plus de 140 m par rapport à la fune tribord, et décalée de 60 degrés par rapport à l’épave du bateau. Et le titane a été retrouvé sur la partie du câble où s’est exercé un frottement fort, un ragage. Entre 40 m et 60 m de profondeur. Un sous-marin qui aurait accroché et tiré le Bugaled de gauche à droite aurait pu provoquer pareil naufrage. Le juge Foltzer avance aujourd’hui assez franchement vers cette piste. Car la présence de titane sur au moins l’un des câbles et les pliures non-expliquées de ces mêmes funes ne se marient guère avec l’hypothèse de la voie d’eau ou encore avec celle de la vague scélérate, un temps suivies par les enquêteurs. « Il apparaît de plus en plus important d’examiner, avec toute la compétence et la technicité nécessaires, l’hypothèse d’un bâtiment sous-marin qui se serait pris dans l’une, voire dans les deux funes, du train de pêche du Bugaled-Breizh », indiquait Richard Foltzer aux parties civiles, en août dernier.
Sur la piste du titane avec un nouvel expert
Avec l’élément « titane » en main, le magistrat a ainsi annoncé qu’il allait vite nommer un nouvel expert sous-marin qui va l’accompagner dans sa nouvelle phase d’investigations. Deux ans et demi après le naufrage, les parties civiles croient à nouveau en l’action de la justice.