16 janvier 2004. Le naufrage du Bugaled-Breizh
Le Bugaled Breizh, un chalutier de 24 mètres immatriculé au Guilvinec et basé à Loctudy, a coulé hier, dans une mer très forte, au large de l'Angleterre . Deux marins ont péri dans le naufrage. Trois autres sont portés disparus.
Les quais en deuil. L'annonce du naufrage a très vite jeté la consternation dans les quatre ports bigoudens, hier en fin d'après-midi. A la douleur vient s'ajouter l'incompréhension. Un bateau assez récent (1986), en bon état et déjà confronté à des conditions de mer très difficiles; un équipage aguerri et habitué à ce secteur de pêche, bien que naviguant sans le patron-armateur. Une communication radio lapidaire et explicite laissant présumer de la rapidité du naufrage : autant d'éléments qui interrogeaient, dès hier soir, le monde de la pêche, en pays bigouden. Nécessaire, bien entendu, de comprendre pourquoi. Mais l'impératif reste à la marge, pour le moment, du drame humain qui vient en premier lieu frapper les familles : «Je suis catastrophé», livrait hier soir Joël Piété, maire de Loctudy, port d'où est originaire Eric Guyamet, l'un des matelots disparus et auquel est rattaché le navire hauturier dont le propriétaire est aussi de la commune. Une commune aujourd'hui d'autant plus sous le choc qu'elle était déjà confrontée à la disparition en mer d'un patron fileyeur, le 29 novembre. «C'est très dur de voir deux fils de pêcheurs aguerris disparaître prématurément», complète Joël Piété. La flottille hauturière du port de Loctudy compte 45 navires de 19 à 25 m. Le Bugaled Breizh en était l'un des plus gros. L'un des chalutiers de 24 m parmi la dizaine enregistrée au quartier du Guilvinec. Tout autant abasourdi par le drame, le président du comité local des pêches Robert Bougueon évoque un message radio dans lequel l'interlocuteur du Bugaled Breizh aurait juste dit «On chavire» : «Les gars n'ont pas dû avoir le temps de déclencher quoi que ce soit»; commentait-il sans trop d'espoir, et visiblement sonné. «Pas une fatalité» Hier soir sur les quais, les observateurs avertis évoquaient différents scénarios pouvant expliquer le naufrage : «Abordage, croche, erreur de manoeuvre ou conjonction de l'un et l'autre dans des conditions météo difficiles». «Il ne faut pas envisager ce genre d'événement comme une fatalité», complétait l'administrateur du quartier maritime du Guilvinec, Francis Klietzel, soucieux de rappeler : «Les hommes qui embrassent ce métier ne le font pas pour perdre la vie».
L'équipage du chalutier
L'équipage du Bugaled Breizh était composé d'Yves Gloaguen, 45 ans, patron, d'Audierne ; Georges Le Métayer, 60 ans, chef mécanicien, de Pont-l'Abbé ; Patrick Gloaguen, 35 ans, de Plonéour-Lanvern, second mécanicien ; Pascal Le Floch, 50 ans, de Riantec ; Eric Guyonnet, 42 ans, de Loctudy. De source officielle les corps retrouvés sont ceux d'Yves Gloaguen et de Pascal Le Floch.
Drame en mer
Un chalutier de Loctudy, le Bugaled Breizh a coulé hier à une vingtaine de milles au large du Cap Lizard. Au vu des conditions atmosphériques et de la température de l'eau (5 à 6 °), cet accident fera vraisemblablement cinq victimes. Deux marins ont été retrouvés morts et les trois autres sont portés disparus. Les recherches ont été interrompues hier soir.
Appel de détresse Le drame s'est produit à 12 h 38, heure locale et GMT (13 h 38, heure française) lorsque Bugaled Breizh a lancé un appel de détresse, aussitôt confirmé auprès des garde-côtes britanniques et des Cross français par l'Eridan, un autre chalutier de Loctudy, appartenant à la société coopérative CAPAL, qui se trouvait à proximité du lieu du naufrage.
Important dispositif Aussitôt, un important dispositif de secours se mettait en place. Deux hélicoptères, l'un des garde-côtes anglais et l'autre de la Royal Navy, deux vedettes de sauvetage, un patrouilleur britannique, et même un sous-marin néerlandais se rendaient sur les lieux pour tenter de sauver l'équipage. Plusieurs chalutiers anglais et bretons dont «Alya» de l'armement Furic (Le Guilvinec) s'associaient aux recherches. Une heure après le départ de l'alerte, un hélicoptère retrouvait un canot de survie vide. Deux corps étaient repêchés. Le second canot était découvert peu après, également vide, tandis que trois hommes étaient toujours portés disparus. Plus tard aussi, l'épave du Bugaled Breizh était localisée par 90 mètres de fond.
Quelle explication ? Il faudra attendre les témoignages des hommes de l'Eridan qui se trouvaient à proximité pour expliquer le naufrage. Le Bugaled Breizh, qui pêchait le merlu et le cabillaud dans ce secteur du Cap Lizard, semblait être toujours en action de pêche au moment du drame. Mais les conditions de visibilité étaient mauvaises. Selon les Affaires maritimes, le vent soufflait alors à 35 noeuds (environ 70 km/h) et la mer, très remuée au cours des jours derniers par la tempête, restait très agitée. Pourtant 35 noeuds de vent n'ont jamais fait peur à des pêcheurs bigoudens... Y a-t-il eu une croche malheureuse sur le fond ? S'agit-il de l'effet d'une énorme déferlante, queue de la tempête passée, qui aurait eu raison du chalutier ? Ce naufrage n'est-il pas la conjonction d'une mer trop forte et d'une croche ? L'enquête et les témoignages permettront d'y voir plus clair. La mauvaise saison ne fait que commencer. Mais la grande famille des pêcheurs bretons pleure déjà cinq frères...
16.01.2004
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photo d'archives AFP
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