Ce n'était rien qu'un petit geste, peut-être passé inaperçu. Mais ce signe portait en lui, toute l'émotion et la douleur d'un pays de gens de mer, qui vient de voir disparaître cinq des siens. La cérémonie officielle à la mémoire des cinq marins du chalutier loctudiste Bugaled-Breizh, qui ont péri le 15 janvier, à la suite d'un abordage, au large de la Cornouailles anglaise, s'est déroulée hier à l'église de Loctudy, puis au cimetière, en présence d'une foule immense.
2.000, 3.000 personnes ? Combien étaient-ils à être venus rendre hommage à Georges Le Métayer, Yves Gloaguen, Patrick Gloaguen, Pascal Le Floch et Eric Guillamet. Deux mille, trois mille ? Peut-être davantage. Les familles et les amis, l'ensemble de la communauté maritime, les élus du Pays bigouden, mais aussi de tout le département, maires, sénateurs, députés, conseillers généraux, président du conseil général, ainsi que représentants des administrations civile et militaire. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports et à la Mer, s'était déplacé au nom du gouvernement, porteur d'un message du Premier ministre aux familles. L'église n'a pu contenir l'immense foule. La plus grande partie a dû rester à l'extérieur pour suivre la célébration, relayée par des micros, des vagues de fleurs inondant le parvis.
«Ils n'ont pas eu leur compte de vie» L'évêque de Quimper, Mgr Guillon, l'abbé Abgrall de Loctudy et le père Porsmoguer, aumônier diocésain de la mission de la mer, ont célébré l'office qui se voulait apaisant et chargé d'espérance. Un petit mot était adressé à chacun des marins disparus. «Ils n'ont pas eu leur compte de vie, mais nous les portons dans notre coeur et, si nous sommes croyants, dans notre prière». «Des voix s'élèvent, elles sont l'expression de doutes, de besoin de vérité. D'autres voix se sont tues, laissant de la peine, à cause du silence». «Il fait nuit sur nos chemins, reste avec nous Seigneur». La cérémonie se terminait par les chants «Jézuz pegen Braz eo» et le «Kantig ar Baradoz», le chant d'adieu.
Ce n'est pas la fatalité La longue procession s'est rendue au cimetière. Le vent était glacial. devant la stèle des péris en mer, la foule a entonné le cantique des marins. Le maire de Loctudy s'est avancé pour prononcer quelques mots. Très ému, Joël Piété a parlé de témoignages venus de toute la France, des trente plaques apposées au monument, à la mémoire des 58 péris en mer, ces dernières années. Il a parlé de la vie des marins, «de la droiture de leur caractère, forgé par une nature qui ne leur pardonne rien. Mais ce drame n'est pas à mettre sur le compte de la fatalité». «L'origine est autre. Il y a eu abordage et délit de fuite. Les auteurs ne méritent pas d'être appelés marins. Cette présence aujourd'hui est significative de la forte attente du milieu maritime et des familles à qui nous exprimons toute notre compassion».
Dominique Bussereau. " On mettra les moyens ! "
Avant la cérémonie du souvenir, Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports et à la Mer, a rencontré les familles des victimes du naufrage du Bugaled-Breizh. Il leur a assuré que la recherche de la vérité ne sera pas un problème de moyens financiers. «On mettra le paquet pour rechercher le présumé coupable. Cela a déjà été vu avec le garde des Sceaux», a affirmé Dominique Bussereau à l'issue de la rencontre. Il ajoutait : «Le directeur de l'Enim a remis des aides de premiers secours, cette semaine». Le secrétaire d'Etat a aussi assuré que la France travaillait avec les gouvernements étrangers et que la collaboration ne rencontrait pas de difficultés. «Il n'y a pas de guerre des justices».
Renflouement : la décision appartient à la Justice
A ses côtés, M. Tricot, du BEA mer (bureau d'enquête et analyses) faisait savoir que l'enquête se poursuit pour reconstituer les heures de passages des navires au moment du naufrage, ainsi que les vérifications sur les coques des bateaux recensés. Celles-ci ont lieu dans les grands ports européens, dans les ports de l'Amérique du Nord et du Canada. Parallèlement l'enquête judiciaire suit son cours. «Concernant le renflouement du Bugaled-Breizh, la décision de Justice appartient au magistrat».
«Révoltant»
C'est à l'église de Loctudy que Dominique Bussereau a choisi de s'exprimer en son nom, celui du gouvernement et de la nation tout entière, avant de lire le message du Premier ministre aux familles (lire encadré). «(...)Nous venons à nouveau de vivre en moins de 18 mois, l'inconcevable : des hommes abandonnés, des hommes ignorés. Après le Cistude en août 2002 et le Pépé Roro en février 2003, maintenant le Bugaled-Breizh. Trois abordages, trois naufrages dont le dernier est encore plus révoltant. Ces accidents ne relèvent pas de la fatalité. (...)C'est une négligence humaine suivie d'un acte inqualifiable». «Le gouvernement a alerté les centres de sécurité des navires français, européens, et internationaux afin que les contrôles des navires faisant escale dans leurs ports soient intensifiés. Discrète, mais implacable la traque continue».