Juillet 2004. Bugaled, l'épave sortie de l'eau
Toujours en remorque du Discovery dans la baie de Falmouth, le Bugaled Breizh a été sortie de l'eau, hier, vers 22 h (23 h, heure française). L'épave devait vraisemblablement être hissée dans la nuit sur la barge qui la ramènera à Brest
Après deux jours d'interruption en raison d'une mauvaise météo, les opérations de renflouement ont pu normalement se poursuivre, dès hier matin. L'épave a été une nouvelle fois relevée des 30 mètres de fond où elle avait été mise en attente par le Discovery, durant le coup de vent. Silhouette Selon différents témoignages, la silhouette du chalutier breton est apparue à fleur d'eau, vers 19 h locales, derrière le navire de sauvetage. Les opérations se sont déroulées à environ un mille nautique de la côte, devant Mannichals, à côté de Falmouth. «Pour des raisons de sécurité», le responsable du port de Falmouth n'aurait pas souhaité que l'attelage se rapproche davantage. En attente Dès la fin de l'après-midi, la barge portant la grue devant hisser le Bugaled et celle qui le recevra, se trouvaient en attente, à trois milles du Discovery. Selon Jean-Yves Goueffon, procureur de la République adjoint à Quimper, l'épave du chalutier breton sera «vraisemblablement» au sec aujourd'hui, sauf incident technique. De plus, le magistrat confirme qu'aucune opération de recherche des corps des trois marins disparus n'a été conduite hier : «Nous le ferons dès que les conditions de sécurité seront optimales.» Par ailleurs, l'avocat des familles parties civiles envisage l'intervention de trois experts conseils en biologie marine, navigation et mécanique. «Les juges nous ont donné un accord de principe, à condition que l'expert judiciaire qu'ils ont désigné soit le premier à inspecter le bateau».
Un seul corps dans l'épave renflouée
Remorquée par le Discovery, la barge transportant le Bugaled-Breizh devrait faire route sur Brest dans les heures qui viennent. Hier après-midi, le corps d'un seul des trois marins disparus a été retrouvé.
L'épave du Bugaled-Breizh a finalement été hissée sur la barge hier vers 22 h (21 h heure locale), alors que les conditions météorologiques se dégradent de nouveau dans la baie de Falmouth (Grande-Bretagne).
Identification Ainsi que l'a confirmé le procureur adjoint de la République de Quimper Jean-Yves Goueffon, le corps de l'un des trois marins portés disparus (sur les cinq victimes de ce naufrage) a été retrouvé dans le poste d'équipage du chalutier loctudiste «complètement exploré». Sans qu'il n'ait pu être formellement identifié, le corps est attendu à Brest ce matin, où il doit être rapatrié à bord du chasseur de mines français L'Aigle.
Le Bugaled va-t-il parler ? Selon le magistrat, il fallait encore, hier soir, «entre cinq et dix heures», pour amarrer l'épave en toute sécurité sur la barge. Après quoi, en remorque du Discovery, le convoi devrait traverser la Manche en une grosse trentaine d'heures. Sans que le procureur-adjoint ne s'engage sur un nouveau calendrier, l'arrivée à Brest du Bugaled-Breizh paraît peu vraisemblable avant mardi matin.
Du côté des enquêteurs comme de celui des familles, le chalutier coulé le 15 janvier au large du Cap Lizard dans des conditions inexpliquées constitue une pièce à conviction essentielle : un examen approfondi de la coque pourrait livrer la signature de l'autre navire impliqué. Les images filmées en noir et blanc quelques jours après le naufrage avaient révélé un choc massif sur le flanc tribord du bateau de pêche. Les enquêteurs ont très rapidement évoqué la thèse d'une collision avec un puissant et large navire de surface, type vraquier. Sur cette piste, le seul suspect sérieusement soupçonné par la justice française - le cargo philippin Seattle Trader - aurait été définitivement mis hors de cause, il y a quelques jours. Plusieurs faits troublants ont vite éveillé la suspicion dans le monde maritime : la nature du dernier message radio lancé du Bugaled («On chavire !»); le comportement d'un sous-marin hollandais rapporté par un autre patron pêcheur; arrivé sur les lieux du naufrage 20 mn après l'alerte, cet homme n'a par ailleurs aperçu aucun bateau à l'horizon alors que la visibilité le permettait; enfin, la proximité géographique d'un exercice militaire dont les navires, s'ils ne sont acteurs, pourraient avoir été témoins. Aujourd'hui, cet ensemble d'éléments nourrit, selon les proches, l'hypothèse d'une collision avec un sous-marin. La justice, en tout cas, n'a pas réussi à les convaincre du contraire.
Le jour où l'épave est apparue sur son écran
Que s'est-il passé le jour où le second-maître Guillaume Boulin a découvert sur son écran l'épave du Bugaled Breizh ? Embarqué sur le chasseur de mines Andromède, le jeune homme, opérateur sonar (le quatrième portrait de notre série sur les métiers de la marine), s'est retrouvé au coeur d'une douloureuse enquête judiciaire.
Le drame s'est joué le 15 janvier dernier par mauvais temps. Le chalutier loctudiste de 24 m avait sombré au large de l'Angleterre, avec cinq hommes à bord, éperonné par un navire qui avait pris la fuite sans se manifester.
Le poids de la mission Dans les tout premiers jours de l'enquête, la cause du naufrage étant complètement inconnue, le chasseur de mines Andromède est dépêché sur zone, avec la mission de retrouver l'épave et de tourner les premières images du navire posé par 90 m de fond, au large du cap Lizard. «Nous nous apprêtions à partir en week-end, ce vendredi 15 janvier, quand, une demi-heure avant de quitter le bord, l'ensemble de l'équipage a été rappelé à l'ordre. Nous avions suivi de près le naufrage via les actualités et avons immédiatement compris quelle serait notre mission. Je crois que tout le monde a immédiatement saisi l'importance de cette mission».
Conditions difficiles Le lendemain à 18 h, le chasseur appareillait avec à son bord le patron-pêcheur qui, resté à terre, avait laissé la barre à son second. Un gendarme maritime, chargé de l'enquête, ainsi que deux représentants du comité local des pêches et des affaires maritimes étaient à ses côtés. L'Andromède quitte Brest, de nuit, en pleine tempête, le mauvais temps et le mal de mer n'épargnent d'ailleurs personne. L'équipage arrive sur zone six heures plus tard et attend le lever du soleil pour rejoindre la position indiquée par un chalutier voisin le jour du drame. Le temps s'est calmé, la fenêtre météo est courte, l'équipage se met au travail après une nuit particulièrement éprouvante. «En moins de quinze minutes, nous avons détecté un point sur les écrans, à 90 m de profondeur». Une épave était bien localisée à cet endroit, mais était-ce la bonne ?
Un grand trou à l'avant Quelques minutes plus tard, un mini sous-marin équipé d'un projecteur et d'une caméra descend à la verticale de l'épave et filme le nom du chalutier. Plus de doute possible. «Je travaillais au-dessus de mon écran et sentais la présence derrière moi du patron-pêcheur». Emotion et chape de plomb dans la salle. «Je n'ai pas osé me retourner pour le regarder». Peu de mots ont été prononcés. «Je ne pouvais m'empêcher de penser que ses cinq collègues étaient là, par 90 m de profondeur». C'est en se déplaçant vers l'étrave que les signes de l'abordage sont apparus nettement. Un grand trou sur l'avant tribord. « Le patron a découvert les images au même moment que nous, nous n'avions pas le choix, nous nous devions de jouer la plus grande transparence», ajoute le commandant Laurent Bost. Les images mises sous scellés, le chasseur de mines est rentré vers Brest avec ses tristes preuves. Les cinq marins bretons avaient bien été victimes d'un chauffard de la mer. L'enquête ne faisait que commencer.
10.07.2004
|
 |
Le Bugaled-Breizh a pu être « complètement exploré », selon la justice. L'examen approfondi de la coque, qui va pouvoir commencer une fois l'épave arrivée à Brest, pourrait maintenant donner des indications sur l'autre navire impliqué dans le naufrage. (Photo David Brenchley)
|