Novembre 2004. Bugaled, La piste sous-marine se précise
Le procureur de la République de Quimper Anne Kayanakis a indiqué, hier soir, que les juges d'instruction chargés du dossier du Bugaled-Breizh semblaient écarter toute collision avec un navire en surface. C'est désormais, a-t-elle indiqué, l'hypothèse d'un « événement sous-marin » qui est privilégiée dans le naufrage du chalutier breton le 15 janvier 2004 à proximité du Cap Lizard, en Angleterre.
«Les premiers éléments semblent exclure maintenant l'hypothèse d'une collision avec un bâtiment de surface», a déclaré la magistrate. «Ce qui se dessine, c'est un événement nautique sous-marin avec l'observation notamment d'une tension d'un chalut. (...) Pour ce qui est des sous-marins présents sur zone, les juges d'instruction Muriel Corre et Richard Foltzer ont clarifié leurs positions et donné des indications qui, à ce jour, ne permettent pas de retenir l'hypothèse de l'intervention d'un sous-marin connu, tout en restant prudents sur ce qui serait inconnu», a-t-elle poursuivi en fin de journée. Transparence L'après-midi avait vu les deux juges d'instruction, en présence du procureur et des enquêteurs de la gendarmerie maritime techniciens en information criminelle, dévoiler, photos et plan à l'appui, l'état de ce dossier toujours extrêmement sensible sur les quais. Les familles ont apprécié le souci de transparence. L'avocat des parties civiles, Me Christian Bergot, considère que le rapport de l'expert maritime ne pourra être rendu avant l'été 2005. Le président du comité local des pêches du Guilvinec, Robert Bouguéon, a confirmé qu'il n'avait pas été question pendant les deux heures de réunion d'un possible choc avec un bâtiment de surface et que l'expertise de peinture n'avait rien donné. «Enfin !» «Ils finissent quand même par aller chercher sous l'eau», a commenté la compagne d'un des marins, pendant que le propriétaire Michel Douce continuait à défendre l'hypothèse «personnelle» selon laquelle un sous-marin pris dans un des câbles tractant le chalut aurait entraîné le Bugaled vers le fond. Me Christian Bergot a tenté de démêler l 'écheveau : «L'expertise sur les apparaux de pêche n'apporte pas d'explication sur le fait qu'un des câbles soit plus déroulé que l'autre, qu'un toron soit cassé... Les magistrats ne privilégient ni n'écartent actuellement aucune hypothèse.» En l'absence de croche et parce qu'il semble que le chalutier a été tiré avec rapidité vers le fond, il reste selon lui les possibilités suivantes : une voie d'eau qui aurait provoqué le naufrage, éventualité mise à mal par le fait que «le système d'alarme ne s'est pas déclenché», ou «un événement nautique sous-marin».
Abordage, sous-marin croche, tout reste possible
«Hier, nous pensions avoir quelques pistes, à défaut de certitudes. Aujourd'hui, nous avons l'impression de repartir à zéro. Toutes les causes d'accidents restent possibles...» Cet expert qui travaille sur le naufrage du Bugaled-Breizh depuis l'arrivée de l'épave est devenu dubitatif. «Nous ne pouvons rien écarter. Ne faut-il pas rouvrir totalement le dossier ?» Difficile d'être plus clair... Ces propos sont confirmés par d'autres aveux : «Nous ne travaillons pas sur une cause mais sur au moins dix hypothèses...» Dix causes possibles. Ce chiffre est énorme. Mais les accidents de mer ont des raisons multiples.
L'abordage. On y a cru fermement. Puis on a démenti. Aujourd'hui, personne n'écarte la possibilité d'un abordage avec une unité de dimension moyenne.
La croche classique. Elle peut se produire lors du chalutage sur un rocher, une épave ou un câble sous-marin. On ne peut écarter formellement le rocher. Le fond que l'on disait sableux est parfois très rocailleux. Mais les cartes l'ignoraient.
La croche sur un fond sableux. A ne pas exclure dans la mesure où les fonds sableux deviennent parfois des surfaces dunaires et que l'on peut y bloquer chalut et filet.
Le blocage des panneaux d'écartement sur le fond. Il s'agit d'une forme de croche voisine des précédentes qui ne peut être écartée.
Un défaut structurel. Un panneau de la coque qui souffre ou lâche. Personne n'y croit vraiment. Il y a aussi le possible accident de vanne. Une fuite mal colmatée et le phénomène de carène liquide (l'eau contenue déséquilibre le bateau) non maîtrisé.
Incident de treuil. Difficile d'écarter un accident de treuil gérant les longueurs et tension des funes (câbles). Si l'un relâche un câble alors que l'autre reste hyper-tendu, le bateau se bloque, se cabre en virant sur place et va se coucher du côté où la tension reste évidente. L'eau embarque. Le phénomène de carène liquide est difficile à éviter.
Collision avec un sous-marin. Cette hypothèse ou celle de l'accrochage d'un sous-marin dans les funes reste d'actualité. Les marines nationales sont, certes, de grandes muettes, mais on imagine mal des marins français, anglais ou hollandais qui ont fait réparer leur sous-marin après cette manoeuvre se taire à l'infini. Restent les sous-marins «espions amis», qui ne sont jamais loin des champs de manoeuvres des marines occidentales. Russes ou Américains, par exemple. Ils en ont déjà coulé plus d'un. On dénombre en effet une quinzaine d'accidents de ce genre, parfois mortels, au cours des dernières années. Mais chez les uns comme chez les autres, les militaires apprennent d'abord à... se taire. (29.10.2004)
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Les expertises menées sur le Bugaled-Breizh, stationné dans l'arsenal de Brest depuis le 15 juillet, ont permis d'écarter l'hypothèse d'une collision de surface. (Photo Eugène Le Droff)
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