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Bugaled Breizh. Enquête sur le naufrage Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Juillet 2005. Bugaled, la piste d'une "force exogène" renforcée

« Il y a eu une force exogène sur la fune babord du Bugaled Breizh ». En clair, le câble bâbord du chalutier bigouden a rencontré un obstacle lors de son naufrage au large du Cap Lizard, le 15 janvier 2004. Telle est l'information majeure des expertises présentées, hier, par Anne Kayanakis, procureur, aux parties civiles.

Ces dernières considèrent que ce nouvel élément « confirme » leur thèse de naufrage causé par un sous-marin. Le procureur quimpérois modère : « D'autres pistes restent viables ».
Au lendemain du lever du secret défense prononcé par Michèle Alliot-Marie, le dossier du Bugaled-Breizh a connu «une autre avancée», selon les familles des victimes, l'armateur du chalutier et les membres du comité local des pêches, tous parties civiles.

Un frottement entre 40 et 60 m de profondeur
Après avoir admis, il y a quelques semaines, «un événement sous-marin», les autorités en charge de l'enquête ont parlé, hier, d'une «force exogène» exercée sur le câble bâbord du chalut du Bugaled. Cette «force» a joué «entre 40 m et 60 m de profondeur». Telle est, en effet, la conclusion sortie des murs d'Ifremer-Lorient sur le train de pêche du Bugaled. Et l'avancée n'est pas que sémantique. Plusieurs faits donnent un nouvel éclairage à l'enquête. Cette pression exercée par un obstacle sur la fune et le panneau bâbord a fait passer ceux-ci par-dessus la fûne et le panneau tribord. Les câbles du chalut se sont donc retrouvés croisés sous l'eau, la fûne bâbord se déroulant sur 500 m pendant que le câble tribord se maintenait à 360 m. Les experts ont également constaté un ragage, c'est-à-dire un frottement, du câble bâbord. L'étude se poursuit sur ce point afin de voir si les épines d'acier de cette fûne portent des traces de peinture ou d'autres signes. De tels indices permettraient sans doute d'identifier la nature de l'obstacle qui a plongé, en 37 secondes, les cinq pêcheurs bigoudens et leur navire au fond de la Manche.

«C'est évident que c'est un sous-marin»
Pour l'ensemble des parties civiles, cela ne fait aucun doute : «C'est évident que c'est un sous-marin». «Quand il a senti la résistance sur le câble, Yves Gloaguen, qui était à la barre, a dû choquer son câble. J'aurais fait la même chose. Mais si le sous-marin l'a tiré de travers, au bout de 100 m, la fune s'est tendue et le bateau est parti au fond tout de suite», analysait Robert Bouguéon, du comité local des pêches. Bertrand Le Floc'h, frère d'une des victimes, prenait acte de «l'avancée» mais ne décolérait pas : «Aujourd'hui, on fait un pas en avant. On reprend confiance dans le travail des juges. Mais on veut aller au bout. On veut savoir qui a tué nos proches ». Michel Douce, armateur, trouvait aussi un réconfort dans l'entrevue du jour. «Cette expertise met le bateau hors de cause », jugeait-il. Les parties civiles devraient revoir le procureur en décembre prochain. Hier, ils ont repris un peu de confiance en la justice de leur pays.
Le procureur n'écarte pas la voie d'eau
Hier après-midi, le procureur de la République a organisé une conférence de presse afin de présenter les éléments des dernières expertises du Bugaled-Breizh. Extraits des points abordés par la femme de loi.
«Force exogène» et sous-marin.
«Une force exogène, c'est une force extérieure au bateau qui agit sur le câble, qui pousse... On peut envisager un sous-marin. C'est la plus plausible des hypothèses pour les experts, mais il faut rester prudent et s'armer de patience. Toutes les analyses ne sont pas encore finies. Il reste encore des études en cours sur les câbles (...) Compte tenu des nouvelles précisions sur l'hypothèse sous-marine, on va s'orienter sur ce qui s'est passé sous l'eau, mais on enquête aussi sur la voie d'eau».

Voie d'eau.
«La voie d'eau existe. Elle est là. Les expertises ont révélé une déchirure avec enfoncement de la coque au niveau du sabot de sonde (ndlr : sous la coque avant du bateau), une fissuration et une perforation de 2 à 3 mm. Ces voies d'eau ne sont pas liées au choc du chalutier sur le fond. Elles étaient antérieures. A ce niveau de l'expertise, nous ne savons cependant pas si elles sont la cause du naufrage ou si c'est l'implosion du bateau, sous la pression, qui les a causées. La piste d'une voie d'eau n'est donc pas écartée, mais elle n'est pas non plus privilégiée».

Vague scélérate.
«Cette piste ne peut pas non plus être totalement exclue».

Pistes exclues.
«La collision de surface et la croche naturelle sont désormais exclues».

Troisième canot.
«Le radeau de survie repêché par l'Hermine est bien celui du Bugaled-Breizh. Il présente bien une trace de couteau sur le fond du radeau. Celle faite par le plongeur anglais. Les expertises clarifient une bonne fois pour toutes cette question de troisième radeau. Et les documents récupérés par le plongeur sont bien ceux du Bugaled-Breizh. Le troisième canot n'existe pas».



Les experts des familles. Une croche avec un sous-marin
C'est une croche avec un sous-marin qui aurait fait couler le Bugaled : telle est la conclusion d'un rapport d'experts effectué à la demande des familles. Bien qu'il ne repose que sur l'étude de documents techniques et donc sur l'intime conviction des experts, il conforte un peu plus une hypothèse qu'aucun élément tangible ne vient contredire.
"Depuis le départ, c'est ce qu'on pense". Hier, dans les locaux de l'étude de Me Bergot à Brest, quatre femmes, membres des familles des victimes, ne peuvent qu'approuver les conclusions de ce rapport. Il a été effectué par un cabinet brestois spécialisé, «gratuitement», précise l'avocat pour mettre en exergue la neutralité des experts. Ces derniers n'ont travaillé qu'à partir de la somme de documents et témoignages rassemblés depuis le début de l'affaire et n'ont pas eu accès à l'épave. Le juge d'instruction a estimé la demande prématurée, préférant attendre la fin des travaux des experts officiels.

Confrontation souhaitée
Les conclusions du rapport, qui confirme des éléments évoqués récemment dans nos colonnes, ne peuvent prétendre constituer un tournant décisif puisque les experts, un ancien capitaine au long cours et un ancien officier de la Marine, parlent eux-mêmes d'intime conviction. Mais les experts officiels en sont au même stade, faute d'avoir trouvé une preuve irréfutable. Ce compte rendu, dans lequel les experts passent en revue onze hypothèses pour arriver à la conclusion que celle du sous-marin est aujourd'hui la plus vraisemblable, met en évidence des contradictions entre différents témoignages. Pour Me Bergot et les familles, une confrontation entre le commandant du Dolfjin, sous-marin hollandais, et les patrons des chalutiers britannique Silver-Dawn et français Eridan, les trois bâtiments les plus proches lors du naufrage, pourrait apporter des éléments décisifs. Mais ils savent la difficulté d'aboutir à une telle procédure quand ils constatent à quel point les commissions rogatoires internationales, lancées par la Justice française, se sont révélées à ce jour peu fructueuses.

La «certitude absolue» du ministère
Sous-marin ? Peu de doute, donc, selon ce dossier que l'un des deux experts achève sur cette conclusion : «Je ne conçois pas qu'un sous-marin occidental puisse cacher ce genre de tragédie. Ce n'est pas dans l'éthique des sous-mariniers». Hier, à Paris, le ministère de la Défense est allé plus loin en disant «sa certitude absolue» de l'absence de lien entre le naufrage et les manoeuvres militaires qui débutaient le lendemain. Son porte-parole a rappelé que «le sous-marin néerlandais naviguait en surface et a porté assistance au chalutier» et qu'il n'y a pas le moindre mystère sur la position exacte des navires qui, ajoute-t-il, «a été communiquée par la préfecture maritime de Brest». Un argumentaire qui ne convainc toujours pas les familles, suspectant les autorités de ne pas se donner tous les moyens de lever les ombres qui planent sur ce naufrage.

09.07.2005


Bertrand Le Floc'h a perdu son frère Pascal dans le naufrage du Bugaled-Breizh. Hier, face aux médias, lui et l'ensemble des parties civiles ont estimé que les nouveaux éléments de l'enquête constituaient « une avancéée » pour la thèse qu'ils défendent : la responsabilité d'un sous-marin. (Photo P. B.)
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